partie inférieure du visage la petitesse relative des yeux
cl la façon toute particulière Joui s'infléchit la paupière inférieure pour se raccorder, avec quelque brusquerie, à l'angle interne de l'œil ». Considérons d'autre pari le rendu de la chevelure. Ici. le copiste n a pas, connue 1 auteur de la réplique delphienne de I Agrias, cédé «à la tentation d'interpréter le modèle, en adoptant la technique propre au travail du marbre. Il a rendu assez fidèlement, semble-t-il, le détail des boucles 1res divisées, comme si. encore loul humides de la lotion d'huile, elles étaienl emmêlées capricieusement, empruntant à ce désordre même un remarquable caractère de vie que souligne encore la saillie singulière «Tune boucle isolée, toute droite sur I èpi du crâne. A voir cette recherche de réalisme, on comprend l'éloge des critiques anciens qui faisaient honneur à Lvsippe d'une exécution très attentive au détail • 'I lui attribuaienl un souci loul particulier de la vérité dans la manière de traiter la chevelure.
Avec l Apoxyoménos, el surtout avec Y Agios de Delphes, nous possédons des témoignages irrécusables du style de Lvsippe dans ces statues d'athlètes qui ont de tout temps fourni aux sculpteurs l'occasion de formuler leur doctrine et leurs principes d'art. Là. en effet, c'est la forme humaine, dépouillée de loul accessoire, qui devient leur unique préoccupation. C'est là qu'ils peuvent appliquer leur système de proportions, manifester leur conception particulière
du rythme cl <lu mouvement, exprimer leur scntimenl personne] de la beauté, el poursuivre le modelé jus([ue dans ses nuances les plus subtiles. Quand nous eu viendrons à résumer les caractères du style de Lysippe, à définir son canari) c'est à ces statues mie nous devrons surtout nous adresser.
La période du règne d'Alexandre le Grand. Lysippe sculpteur officiel d'Alexandre. - Ses portraits du roi. -- Le groupe des cavaliers tués au Granique. — La chasse d'Alexandre à Delphes. — L'IIéradès Épitrapézios.
La période d'activité de Lysippe s'étendanl entre les années 3o0 et 300, le règne d'Alexandre (330-323) en marque l'apogée. A ce moment le maître bronzier est en pleine possession de son talent el dans toute la force de l'âge. C'est aussi l'époque la plus brillante de sa carrière, et celle où les circonstances le servent le plus beureusement. 11 est probable que les commandes reçues pour les villes de Scotoussa et de Pharsale l'ont attiré en Tbessalie, dans cette Grèce du Nord qui, sans être elle-même un centre de production, ne se désintéresse pas du mouvement d'art dont la Grèce méridionale est le théâtre. Sa renommée l'a-t-elle déjà désigné à l'attention de la cour de Macédoine ? Il esl permis de Je croire. Sans doute trouve-t-il accueil auprès du roi de Macédoine, Philippe, alors qu'Alexandre est encore fort jeune, car nous savons par Pline qu'il avait fait le portrait du futur cou-
quéranl de l'Asie à l'âge de l'adolescence (apuèritiaorsus).
Après l'avènemenl d'Alexandre, le maître sicyonien jouit auprès de lui d'une faveur singulière. Il est vraiment le sculpteur du roi. sou portraitiste attitré. Pline, d'accord sur ce point avec Horace, va jusqu'à dire qu'Alexandre avait, par un «''dit. défendu à tout autre sculpteur de reproduire ses traits: Lysippe aurail eu le monopole des effigies royales coulées en bronze, connue Pyrgotèle l'avait pour la gravure en pierres fines, et Apelle pour la peinture. Faut-il cependant prendre ces textes au pied de la lettre? Gomment expliquer, dans ce cas. que des sculpteurs contemporains de Lysippe, Léocharès, Euphranor, soient connus pour avoir exécuté des portraits d'Alexandre? On i-esie dans la vérité, croyons-nous, en admettant que Lysippe, Apelle et Pyrgotèle axaient seuls l'honneur et le bénéfice des commandes royales. A eux seuls était réservé le privilège d'exécuter d'après nature des portraits du roi; il n'y avait point d'autres portraits officiels. Voilà qui caractérise bien à la fois le rôle de Lysippe et l'époque où il vil. Il réalise un type très nouveau dans l'histoire de l'art grec, celui de sculpteur de cour.
Dans ce qu'on peut appeler la période macédonienne de la vie de Lysippe, ce sont les portraits d'Alexandre qui doivent nous occupe]' tout d'abord. Ils étaient fort nombreux. Pline en mentionne une longue série (rjftultis operibus) commençant avec les images du lils de Philippe encore adolescent. Familiarisé de bonne heure avec la physionomie du jeune prince, investi du privilège de l'étu-
dier sur le vif, le maître de Sicyone étail mieux placé que, personne pour en traduire avec fidélité les traits caractéristiques. Et c'est bien là l'éloge que lui adresse Plutarque dans la Vie d'Alexandre. Voici le passage, auquel nous conservons la saveur du français d'Ain vol : « Or, quant à la forme de toute sa personne, les images faictes de la main de Lysippus sont celles qui le représentent le mieulx au naturel. Aussy ne voulut-il point qu'austre imager le taillast que luy : car plusieurs de ses successeurs et de ses arnys le contrefeirent bien depuis, mais cest ouvrier-là, sur tous les austres, a parfaictement bien observé e! représenté sa façon de porter le col un bien peu panchant sur le costé gauche, et aussy la doulceur de son reguard et l'humidité de ses yeulx. »
Ce passage, un autre qui se trouve dans le traité Sur la vertu ou le courage d Alexandre, quelques mots empruntés à la Vie de Pompée et à la Vie de Pyrrhus constituent les sources littéraires les plus dignes de foi pour l'étude du type physique d'Alexandre. Le trait dominant, celui que Lysippe avait rendu avec tant de bonheur, était le caractère « mâle et léonin » du visage (xo àppEvw-ov xal XeovtûSsç), accusé encore par l'arrangement de la chevelure, redressée sur le front comme une crinière. Notons encore « le reerard nové et humide ». et « la légère inclinaison
du cou sur l'épaule gauche ». Cette pose habituelle de la tête était-elle, comme l'a supposé le IV Dechambre, le résultat d'une infirmité physique ? Je ne pense pas que l'hypothèse trouve encore des défenseurs. Ce détail n'est
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pas rigoureusement respecté dans huiles les images d'Alexandre, ei tel eût été Je cas, pourtant, s'il s'était imposé comme un élément essentiel. 11 ne s'agit là, sans doute, que d'une attitude familière au roi de Macédoine, et volontairement affectée.
Nous n'avons pas ici à traiter la question de l'iconographie d'Alexandre. Le sujet, toujours à l'étude, a été maintes fois repris, et il a fait l'objet de deux publications (•('•(•ciilcs. celle de M. de Ujfalvy, et celle du savant professeur de Leipzig, M. Theodor Schreiber. 11 comporte l'examen critique d'une longue série de monuments. Peu «le figures, en effet, ont ètè plus popularisées par l'art que celle <lu conquérant de l'Asie. Sculptures, peintures, bronzes, pierres gravées, monnaies ont contribué à répandre dans tout le monde grec ses effigies. Entouré du merveilleux prestige de ses conquêtes et de ses victoires, exalté comme un héros surhumain, paré d'une beauté parfaite par l'imagination populaire, divinise après sa mort. honorée l'égal d'un dieu dans les villes qu'il avait fondées, Alexandre offre à l'art un de ces types très rares qui, tout en gardant une sorte de caractéristique individuelle. peuvent se transformer dans le sens héroïque ou divin, et se prêter aux acceptions les plus variées. 11 reçoit les attributs de la divinité; il est Zeus olympien. Jlèlios ou Aniinon. Son beau visage à la longue chevelure devient comme une figure de caractère, où l'art hellénistique fait prédominer L'expression pathétique. Ses amis, ses généraux, ses successeurs, imilenl sa coiffure, son port de tète, et ainsi se
Cliché Moscioni.