SCÈNE PREMIÈRE
Les femmes, sur leurs terrasses, célèbrent les Adonies. Elles pleurent la mort d'Adonis. Elles frappent sur leurs tambourins en poussant des cris prolongés.
Je pleure le bel Adonis.
LES FEMMES
Hélas! Hélas! Adonis! lou! loul
Cris et tambourins.
Je plains ton cruel veuvage O Cypris/ Ton jeune amant Est mort : les bêtes sauvages Ont meurtri son corps charmant.
Hélas! le chasseur superbe N'est plus; ses chiens dans le soir Hurlent; autour de lui, l'herbe Se teint des flots d'un sang noir.
Au bois parfumé de menthe En des cris désespérés La Dryade se lamente; Les Amours sont éplorés.
Je pleure le bel Adonis.
les femmes
Hélas! Hélas! Adonis! lou! lou!!!
Cris et tambourins.
Cypris vers son époux vole par
Monts et vaux, franchit torrents et sources,
Dans le vent de sa rapide course
Ses longs cheveux d'or flottent épC78.
Elle va; les ronces malveillantes.
Tentent de l'arrêter, c'est en vain, Et des gouttes de son sang divin Soudain naissent des roses sanglantes.
Auprès de l'aimable Assyrien Elle arrive, l'appelle éperdue, Le presse contre sa gorge nue, Mais son amant ne lui répond rien.
Je pleure le bel Adonis.
LES FEMMES
Hélas! Hélas! Adonis! Iou!! Iouf!!
Cris et tambourins.
Elle lève vers le ciel des bras tragiques
Et crie : Adonis, Adonis, Adonis!
Elle dit en vain les mots d'amour magiques
Et le seul écho lui répond : Adonis.
Et voilà que dans leur tristesse, les fleuves Venus du Liban se colorent de sang.
0 C y pris, retéts la tunique des veuves Et frappe de douleur ton sein frémissant.
Ah! qui ne peindrait la triste Cythérée.
Hélas! Adonis sur son lit parfumé
Ne reposera -plus sa tête, adorée.
Pleure, déesse : il est mort le Bien-Aimé.
LES FEMMES
Hélas! Hélas! Adonis! Iou! Iou!!!
Cris et tambourins. Puis les femmes descendent de leurs terrasses... tout rentre dans le silence. La nuit est venue : clair de lune d'une intensité calme. Un gamin passe en sifflant la marche athénienne. Puis on entend soudain, dans la maison de Lysistrata, le bruit d'une altercation violente, de meubles renversés : la porte s'ouvre brusquement, puis se referme derrière Lycon ainsi jeté à la rue.
ne se passera pas ainsi. (Criant.) Holà! Midas, Phrygien, Masyntias?... Maudits esclaves, ils n^ me répondent même pas. (Il s'assied sur une borne.) Infortuné Lycon, quel sort est le tien. C'est aujourd'hui le premier jour des Adonies et, dès le coucher du soleil, ma femme est montée sur 6a terrasse avec un tambourin, et elle a pleuré la mort d'Adonis. A tout ce que je lui disais, elle me répondait : (( Hélas ! Hélas ! Adonis ! Adonis est mort! » Mais, par Zeus, je ne suis pas mort, moi ; je suis là, bien vivant. Mais allez donc faire entendre raison à une femelle qui pleure la mort d'Adonis; autant vouloir tondre la toison de l'âne. (Il va à la porte de la maison.) Lysistrata! Lysistrata! monstre, tigresse, chienne, sorcière... femme, ouvremoi. (D'un ton plus doux.) Non, sérieusement, je sais que tu es là, derrière la porte. Ma Lysis, ma petite femme, mon petit hanneton doré, ma petite bicbe, ma Lysistratette, ma Lysistratinette... ouvre-moi. Je ne t'ai rien fait en comme... après tout, ce que je te demande c'est mon droit. (Hurlant.) C'est mon droit! Tu vois, je te parle doucement. Allons, voyons, puisque je sais que tu es derrière la porte; je vais l'enfoncer d'un coup de pied et te l'envoyer dans le nez... tu sais ton joli petit nez, ton nez exquis, il va être écrasé par une grosse porte. Tu sais que je le ferai comme je le dis... Tu ne réponds pas... tiens. (Il donne un coup d'épaule.) Et aïe donc!... Elle ne s'ouvrira pas. O porte, tu es aussi dure que le cœur de ma femme. (Il donne un autre coup d'épaule.) Ce n'est pas possible, les ferrures ont été forgées par Hephoestos, le forgeron divin et ses noirs Cyclopes. Tiens, mon vieil Hephoestos, attrape ça. (A pleine volée il lance dans la porte un coup de pied, puis un autre, puis un troisième.) Oh! je me suis fait mal, je me suis rudement fait mal même.
Il boite.