SCÈNE III
LYCON seul
lycon, sans manteau, l'air ahuri, reste quelques secondés sans bouger. — Par Héraclès, on me jette encore à la porte, et mes esclaves, n'obéissant plus qu'à Lysistrata, me poussent dehors par les épaules. Mais ça
LYSTSTRATA, LYCON
lysistrata, paraissant sur la terrasse. — C'est biexi fait : c'est Hephoestos qui t'a puni. Tu boites comme lui à présent, c'est bien fait. As-tu bientôt flni de faire ce vacarme? Qu'est-ce que ça signifie? Tu n'es pas honteux à ton âge? Tu te conduis comme un gamin; tu m'empêches de dormir... je
vais te faire empoigner. Où «ont les Scythes? ils étaient là tout à l'heure; on ne les trouve jamais quand on en a besoin.
lycon. — Non je n'ai pas fini : voilà deux heures que je suis à la porte... j'en ai assez. Je trouve que la plaisanterie a assez duré.
lysistrata. — Mais ce n'est pas une plaisanterie... Il ne fallait pas m'en laisser perdre l'habitude. Alors ce serait trop commode ; tu t'en irais batailler pour ton plaisir.
lycon. — Pour mon plaisir, ô dieux, vous l'entendez.
lysistrata. — Tu me laisserais un an...
lycon. — Un an, ô dieux, vous l'entendez.
lysistrata. — Mettons sept mois, toute seule, et puis tu reviendrais comme ça, de temps en temps, me parler du pays. Non, tu sais, je le connais, le coup de la trêve, il n'en faut plus.
lycon. — Vraiment, ma obère, tu as des façons de parler... Je suis contrarié, choqué, froissé, vexé, piqué. Si tu m'aimais... lysistrata. — Je t'adore, Lycon.
lycon. — Comment veux-tu que je te croie ?
lysistrata. — Non, sérieusement, je t'aime beaucoup... j'ai une grande affection pour toi.
lycon. — Mais si tu m'aimais, tu serais enchantée de me voir, ne fût-ce que pour trois ou quatre jours... tu en profiterais pour faire provision de tendresse.
lysistrata. — Non, mon ami, je n'ai pas un grenier à la place du cœur. Je te l'ai dit : quand la paix sera faite, je serai ta femme... mais, en attendant, je suis de marbre.
lycon. — Mais moi, je ne suis pas de marbre.
lysistrata. — Tu le seras, le grand air te calmera... les nuits sont fraîches en cette saison. Tiens, voilà ton manteau.
Elle lui jette son manteau.
lycon, le repoussant d'un coup de] pied. — Je n'en veux pas de ton sale manteau.
lysistrata. — Tu as tort, prends-le toujours. Tout à l'heure tu seras bien aise de l'avoir et tu me remercieras. La brise de mer va se lever, et moi je vais me coucher. Bonsoir.
Elle disparaît.