‹ LysistrataChapitre 23 sur 47 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

lysistrata, qui revient près d'Agatiios.

— Me voici... je t'ai fait attendre.

agathos. — Un peu.

lysistrata. — Je ne trouvais pas la clef... mais maintenant tout est en ordre.

agathos. — Viens, ma Lysis.

lysistrata. — N'est-ce pas une folie et ne me forceras-tu pas de regretter ce que je fais pour toi ?

agathos. — Je serai ton amant fervent et dévoué jusqu'à la mort.

lysistrata. — Ah ! Callyce avait raison : on ne remonte pas impunément le courant des lois naturelles. La prédiction de cette enfant retombe sur moi.

agathos. — Que veux-tu dire?

lysistrata. — Rien... mais il me semble qu'une force surnaturelle m'entraîne, que ce n'est pas moi, la sage Lysistrata, qui agis en ce moment, mais une autre femme que je ne reconnais pas. Grands dieux, si on le savait !

agathos. — C'est impassible... on ne peut pas te soupçonner; c'est ce qui fait ta force.

lysistrata. — C'est ce qui fait ma faiblesse. Et non contente de ce double sacrilège, c'est dans le temple d'Artémis que je me parjure. Et si la déesse allait me punir, si la chaste Artenus me faisait sentir le poids de sa colère, à moi la femme déloyale, et adultère, et impudique.

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Enlacés, ils s'en vontvers LE TEMPLE.

agathos. — Pourquoi veux-tu qu'elle soit en colère... elle est chaste, il est wai, mais elle est jeune et belle... ce n'est pas une vieille fille jalouse de ce que les autres femmes aiment ou soient aimées,

lysistrata. — Ecoute... n'entends-tu pas?

On entend vaguement les premières phrases de l'hymne d'Artémis.

AGATHOS. — Quoj doilC ?

lysistrata. — L'hymne! l'hymne sacré!

agathos. — Il n'y a personne dans le temple pourtant.

lysistrata. — O Agathos, dans cette nuit calme il me semble entendre le frémissement d'un orage lointain. C'est la déesse, c'est Artémis qui manifeste sa colère et me rappelle au devoir.

agathos. — Non, si la déesse était courroucée, au ciel son astre se voilerait ; mais vois, aucun nuage jaloux ne vient nous en dérober la splendide clarté : S

Il n'a jamais brillé d'un éclat plus intense Et plus calme Regarde : il nous fait un chemin Jusqu'aux portes du temple, un chemin de lumière, Chacun de ses rayons est un sourire bleu. Non, Artémis n'est pas toujours la Chasseresse Qui, farouche, poursuit les liâtes des forêts. C'est par de telles nuits que la qrave déesse Dans son carquois d'argent laisse dormir ses traits, Pour s'en aller, d'un pas léger, selon les Fîtes, Chez son frère Apollon mener jusqu'au matin Les chœurs gracieux des Muses et^ des Charités, Et ce que tu crois être un orage lointain Est la troublante voix des belles Coryphées Dont la cylhare d'or soutient les chants divins. Oh! viens, car c'est l'heure où les Nymphes décoiffées Sur les gazons joyeux se donnent aux Sylvain*. Au fond des bois épais leurs beaux couples nocturne* Echangent des regards et des mots prometteurs, Et d amoureuses fleurs comme de frêles urnes Dan* la nuit attendrie épandent leurs senteurs. Viens! l'inflexible Eros tendant son arc flexible Vise le cœur des Amantes et des Amants, Et dans celte étemelle et pantelante cible Plante ses flèches aux pointes de diamants. La nature n'est plus qu'un immense hyménée : Za fleur de la forêt et la fleur du tombeau Aimeront cette nuit : la caresse ajournée Est sacrilège : oh ! vois, là-haut, c'est le flambeau D'hymen: ne tremble plus, 6 ma Lysis,

Je t'aime!

Enlacés, ils s'en vont vers le temple, dans le chemin large et doux que fait le clair de lune.

SAIiABACCHA. — Et toi, mon beau capitaine, prends plage auprès db moi...

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