SCENE VIII
Les Mêmes, TOUS
Aux cris de Salabaccha, tous les convives : cour tisanes, philosophes, guerriers accourent. Clysthène et Phidon séparent Lycon et Salabaccha.
clysthène. — Quels sont ces cris? Qui égorge-t-on ?
salabaccha. — C'est cette brute qui s'est jetée tout à coup sur moi, comme un taureau furieux. Admirez le butor !
lycon. — Par Hermès, mes amis, cette femme n'a que ce qu'elle mérite : voilà trois heures qu'elle me dit qu'elle m'adore, et qu'elle me parle de ses tuniques de soie, qu'elle me fait tâter sa gorge et me montie sa jambe.
phidon. — O malheureux Lycon, quelle infortune est la tienne ! Trompé dans ton ardeur, quelle flamme te dévore ! Ah ! tu me fais pitié et quel mortel pourrait résister à, un pareil supplice?
cynésias. — Maudites femmes ! Ton histoire, Lycon, est la nôtre, et il est clair que ces coquines se moquent de nous.
lycon. — O Salabaccha, infâme créature,, femme sans loyauté.
salabaccha. — J'ai été loyale, j'en atteste les déesses. Je t'ai dit que tant qu'un bon traité avec les Lacédémoniens ne mettrait pas fin à cette stupide guerre...
les courtisanes. — Oui, oui, elle a raison. Faites la paix, faites la paix !
lycon. — Mais qu'entends-ge, mes amis?
Ces femmes prétendent se mêler de nos affaires et décider de la paix ou de la guerre.
acestor. — Quelle audace!
lycon. — Voilà qui est bouffon. Que je meure misérable plutôt que d'obéir à qui porte un voile.
salabaccha. — S'il n'y a que ça qui t'arrête, tiens, prends mon voile, dispose-le autour de ta tête et tais-toi.
cynnah. — Prends aussi ma ceinture.
glycère. — Et mes chaussures persiques..
Elle lui lance son cothurne à la tête.
lycon. — C'en est trop, mes amis... par Cérès, tant qu'il me restera un souftle de vie-, je n'entends pas leur prêter à rire.
cynésias. — Qu'on leur fasse sauter les dents hors des gencives, elles ne parleront plus tant.
philinna. — Ne fanfaronne pas do la sorte, petit Cynésias, ou, par Pallas, quand tu rentreras chez toi, ta vieille mère ellemême ne saura te reconnaître.
lycon. — Quel outrage ! Châtions-les si nous sommes vraiment des hommes. Enlevons nos tuniques... il faut que l'homme sente l'homme et combattons nus des pieds à la tête.
philinna. — Allons, mes amies, enlevons nos tuniques, il faut que la femme sente l'odeur de la femelle furieuse.
cynnah. — Si tu approches, je te jure que tu ne mangeras plus d'ail, ni de fèves noires.
Alors brusquement, Acestor saisit Cynnah et, aidé de Cynésias, veut l'emporter. Il y a une bagarre autour de Cynnah, ainsi enlevée à tour de bras.
les soldats. — Oui, oui... emmenons-la, emmenons-la... c'est elle qui n'aime pas faire l'amour... qu'elle paye pour toutes.
les courtisanes. — Brutes ! lâches ! barbares! satyres!... six contre une femme!... Ils vont la tuer... Doris, va chercher les Scythes.
cynnah, échevelée. — Au secours, mes amies, au secours... Ne me laissez pas emmener... j'ai très peur... ils sont trop!
Cependant, Phidon, Dracès, Clysthène. Sacas, Stilbonide sont mtervenus. Les esclaves se sont précipitées sur la porte pour empêcher la sortie des soldats. Enfin, les courtisanes aidées de leurs amis, parviennent à reconquérir Cynnah... 11 y a quelques instants de détente. Chacun reprend son souffle, ou échange encore des propos sans douceur.
théorus. — Allons, Myrtale Crobylide, fais ton métier, sois bien friponne!
myrtale, à Théorus. — Si tu me touches seulement du bout du doigt, on va tout à l'heure te poser des ventouses.
dercyle, à Glycère. — Et toi, fille d'un ancien officier supérieur...
glycère. — ■ Si je n'avais pas peur de te montrer mon jardin, je t'allongerais un bon coup de pied.
dercyle. — Ne te gêne pas.
glycère. — Tu serais trop content!
salabaccha. — Par Castor! mes chères amies, remettez vos tuniques.
phidon. — C'est dommage!
salabaccha. — Ne voyez-vous pas qu'ila sont ivres. (Montrant Lycon.) Regardez cette figure empourprée, cette couronne grotesque 1
philinna. — Allez-vous coucher, ivrognes!
cynnah. - — Allez cuver votre vin.
CYNNAH. — Si tu approches, je te jure que tu ne mangeras plus d'ail, ni de fèves