‹ LysistrataChapitre 34 sur 47 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

lysistrata, tout émue. — Comment ça s'est-il fait ?

agathos. — Je ne sais pas.

lysistrata. — C'est effroyable! Ah! tu vois, îe châtiment ne s'est pas fait longtemps attendre.

agathos. — Quel châtiment?

lysistrata. — Mais cette statue qui, en tombant, a failli nous écraser ! N'est-ce pas un signe manifeste du courroux de la déesse dont nous avons profané le temple ?

agathos, très calme. — Tu as une fâcheuse tendance, Lysistrata, à attribuer aux effets les plus simples des causes surnaturelles.

lysistrata. — Tu trouves simple, toi,

qu'Artémis se soit brisée en mille miettes sur le sol ?

agathos. — En mille miettes, tu exagères ; elle a le bras et le nez cassés, voilà tout. La statue n'était pas solide, nous étions apgnyés contre le socle et un mouvement trop brusque l'a fait choir. Artémis n'est pas habituée à des offrandes de ce genre.

lysistrata. — Elle a bien failli nous écraser. Ah ! j'ai eu tort de trahir mon serment : nous aurions pu en être cruellementpunis.

agathos. — Tu es étrange; mais si c'était, comme tu le dis, un signe de la colère d' Artémis, la statue en tombant nous eût broyés, tandis que c'est elle qui a le bras et le nez cassés : singulière façon, tu m'avoueras, pour une immortelle de prouver son mécontentement.

lysistrata. — Oh! toi, tu as toujours une

façon d'arranger les choses. D'abord, tu ne ■crois à rien, c'est bien simple.

agathos. — Moi, par Zeus, je crois à tout ce qu'on veut. Mais il y a deux façons d'interpréter l'événement et je choisis, sans hésiter, la plus avantageuse. Or, tu prétends qu'Art émis s'est vengée de ce que nous avons profané son temple, mais considère que ce temple était, il n'y a pas bien longtemps encore, cousaré à Cypris, il est donc aussi logique de prétendre que Cypris prend possession de sa demeure, et alors l'accident, loin d'être néfaste, nous devient le plus favorable du monde. Calme ta conscience.

lysistrata. — Comment raccommoder la statue et la remettre sur son socle?

agatiios. — Ne raccommodons rien, par les augustes déesses, ne raccommodons jamais! Mais achevons au contraire de briser A r ternis et remplaçons-la froidement par la statue de Cypris qu'on a descendue dans les caves du temple... L'histoire est pleine de substitutions semblables.

lysistrata. — C'est égal, dans un temple!...

agathos, simplen\ent. — Dans un temple, Je phénomène prend le ton de miracle.

lysistrata. — Et tu crois que les Athéniens?...

agathos, d'un ton dégagé. — S'ils marcheront? Comme des prêtres! Qui ne connaît l'amour de ce peuple spirituel pour le merveilleux? Sois bien persuadée que ses plus solides croyances ont pour point de départ des petits faits aussi simples et aussi naturels; seulement il ne faut pas le dire, parce qu'alors la religion s'effondrerait {Gravement.) et il en faut pour le peuple..

lysistrata. — Tu n'es qu'un impie et tu 6eras condamné à boire la ciguë.

agathos. — Je ne suis pas un impie, mais un précurseur, et je ne boirai pas la ciguë, parce que j'aurai grand soin de garder mes opinions pour moi-même.

lysistrata. — Mais comment remonter la- statue de Cypris qui est dans les caves du temple ?

agathos. — Quoi de plus facile? N'est-ce pas la plus légère des déesses ?

lysistrata. — Oui, mais en marbre, elle est très lourde. Il est vrai que tu es fort, Agathos !

Je l'étais...

Voyons, tais-toi donc, im-

bécile !

agathos. — lysistrata.

ciel les étoiles pâlicsent.., Hâte-toi et remonte la déesse pendant que je vais faire le guet.

Agathos disparaît dans l'intérieur du temple.

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