CALONICE
eol.
lampito. — Comment la statue de Cypris 6C trouve-t-elle là ?
philinna. — Et se dresse-t-elle, toute blanche, dame l'ombre du lieu sacré?
callyce. — Est-ce que je sais ? Ce n'est pas moi qui l'y ai mise, cette statue, c'est certain.
lampito. — Réponds, mais réponds donc.
callyce. — Comment vous répondre ?
Vous parlez toutes à la fois.
salabaccha. — Elle a raison : vous la troublez cette enfant. Laissez-la reprendre son souffle et ses esprits et parler posément.
callyce. — Ce qui m'est arrivé, Athéniens, est étrange et vous aurez sans doute quelque peine à me croirt ; néanmoins je ne dirai que la vérité. J'étais donc enfermée dans le temple d'Artémis, et je songeais que les guerriers étaient revenus, les durs guerriers, et parmi eux, mon Nicostrate aux yeux clairs, l'époux ignoré et combien désiré.
nicostrate. — 0 Oallyce.
Il l'étreint.
lampito. — Xe l'interromps pas... c'est scandaleux . Continue.
callyce. — Tout à coup, j'entends un bruit épouvantable, semblable au fracas du tonnerre. Folle de peur, je me jette à genoux, je cache mon visage dans mes mains... Combien de temps suis-je restée ainsi? je l'ignore. Quand je revins à moi, le temple était inondé d'une lumière douce : la porte était ouverte et c'était le clair de lune qui entrait calmement.
myrrhine. — Avec qui ?
callyce. — Tout seul.
lampito. — Cependant, qui avait ouvert la porte?
callyce. — C'est l'Amour : je compris, alors que Cypris exauçait mes vœux et que la bonne déesse ne voulait pas que je mourusse avant d'avoir connu ses mystères. Et naturellement, profitant de cette porte ouverte, je courus rejoindre Nicostrate qui m'attendait, le rejoindre nuptialement. Voilà tout ce que je sais.
lampito. — Alors, tandis que moi, comme une imbécile, je tenais mon serment et re-
poussais l'ardeur d'un époux, toi tu te pâmais dans les bras de Nicostrate... Tu paicras (lier cette trahison.
salabaccha. — 0 Lampito, femme au tempérament excessif, Callyce n'a pas prêté le serment ; elle n'est donc pas parjure, et elle n'a fait qu'obéir à des volontés supérieures puisque c'est Eros qui a ouvert la porte, c'est Artémis qui a tenu le flambeau d'hymen, tandis que Cypris reprenait possession du temple où nous l'avions injustement enfermée.
phidon. — Le fait est qu'on ne peut pas être mieux avec l'Olympe !
agathos, s' approchant de Lysistrata. — Le peuple en demeure stupide... Une terreur religieuse pèse sur lui. 0 Lysistrata, tu ■vois comme ils marchent. Courage! et que ton éloquence frappe le dernier coup.
lysistrata. — 0 Athéniens, qui ne reconnaîtrait dans tous ces événements la juste main des dieux.
tous. — Nous la reconnaissons! nous la reconnaissons !
lysistrata. — Ah ! Lorsque tout à l'heure encore je vous disais que les dieux se lasseraient de vos folies, n'avais-je pas raison? Ils viennent de manifester leur volonté d'une façon éclatante ; sachez le reconnaître, car trois fois insensés ceux qui veulent lutter avec les dieux. Obéissez-leur donc et faites la paix.
tocs. — Io ! Io !
lycon. — Oui, puissions-nous passer notre vie à caresser notre femme et à tisonner notre foyer.
cynésias. — Que celui qui préférerait la guerre, ô Dionisos, soit condamné à arracher sans cesse de ses coudes des dards acérés.
ackstor. — S'il est un citoyen qui, avide d'honneurs militaires repousse tes bienfaits, ô divine Paix, qu'il se comporte sur le champ de bataille comme Cleonyme qui a jeté son bouclier.
théorus. — Si un fabricant de lances ou un fournisseur d'équipements militaires désire la guerre pour mieux écouler sa marchandise, qu'il tombe entre les mains des pirates et jusqu'à sa. mort ne mange que des pois frits.
lysistrata. — ■ 0, mes amis, chantons La paix!
Non, je n'ai pas l'amour de lu gloire et des grades, Mais ce que j'aime, c'est, avec des camarades De boire au coin de Vâtre où la femme a jeté Du bois bien sec coupé dans le cœur de l'été, Et qui pétille et qui crépite et dont la flamme En même temps que les jambes vous chauffe l'âme!