‹ LysistrataChapitre 8 sur 47 · DIEUX, QUE DIS-TU LA · texte numérisé non relu

DIEUX, QUE DIS-TU LA

je redoute les nuits blanches; elles me paraissent cent fois plus noires que les autres. Tandis que, lorsque mon mari est à mes côtés, je dors tranquille : il n'y a pas de danger, lorsqu'il y a un homme dans la maison; il est prêt à toute alerte.

myrrhine. — Si une souris trotte sur le plancher, vite il saute à bas du lit, prend son casque et son bouclier et la transperce de sa lance.

lampito. — Àh ! quand nos hommes reviendront-ils ? Je me consume et je languis dans cette solitude.

myrrhine. — Tu te languis, avec ce teint vermeil ! Quelle vigueur, ma douce amie, tu étranglerais un taureau.

lampito. — C'est l'exercice, l'exercice que je prends pour calmer mes sens, pour les tromper. Tantôt je parcours des stades aux bords de la mer violette, tantôt je nage éperdument comme Léandre quand il allait rejoindre Hero, sa bien-aimée. Je fais de la gymnastique, comme une Lacédémonienne et tous les matins en me levant, tous les soirs en me couchant, je m'évertue à me donner des coups de pied dans le derrière.

nicodice. — En vérité ! quelle santé tu as, ma chère Lampito.

i,ampito. — Mais c'est en vain... je n'endors pas mes sens ; au contraire je les excite ; l'exercice me profite trop, mon sang coule plus chaud et plus rapide dans mes veines, et je n'ai jamais tant désiré les plaisirs de l'amour. Ce n'est plus une ardeur cachée dans mon âme, c'est Cypris tout entière attachée à sa proie, comme disent les tragiques.

calon'ice. — 0 Lampito, femme au tempérament excessif!

lampito. — Que je voudrais être Hirondelle.

nicodice. — Hirondelle et Rosée. En voilà qui se consolent de l'absence de leurs maris.

myrrhine. — Est-ce qu'on sait? Ne soyons donc pas vipères comme ça entre nous. Vous n'admettez pas que deux femmes soient simplement amies, sans que...

calontce. — Mais certainement, lorsque deux femmes, jeunes, exquises, adorables, ne se jalousent pas, ne se détestent pas, ne médisent pas l'une de l'autre, c'est qu'il y a entre elles quelque chose de plus fort que la médisance et la jalousie.

rhodippe. — Et puis, j'ai des renseignements sur Hirondelle par Thratta, mon enclave, qui était à Milet en même temp3 qu'elle.

nicodice. — Raconte-nous ça; hâte-toi, ne perds pas un instant.

myrrhine. — Que les dieux 6oient bénis : nous allons entendre quelque calomnie terrible!

rhodippe. — Eh bien, il paraît qu'à Milet, elle était encore jeune fille, elle se pro* menait dans les rues avec les cheveux courts et bouclés comme un jeune garçon, elle ne s'épilait pas sous les bras et elle avait un grand manteau sombre, un long bâton et des chaussures laconiennes.

nicodice. — Comme un homme!

rhodippe. — Comme un homme ! Si bien qu'à la fin, elle n'osait plus sortir, parce que les gamins lui jetaient des pierres.

lampito. — Braves enfantai (Petit silence.) Enfin tout cela ne nous rend pas nos hommes : par Cypris ! il est dur de s'endormir sans une tendre caresse. Est-ce vrai, Callyce? Tu ne dis rien, ma petite.

callyce. — O Lampito, femme au tempérament excessif, que sont tes souffrances, au prix des miennes! Toi, tu l'as connu au moins l'amour avec ton Taraxion... s'il meurt...

lampito. — Au nom des dieux, que distu là?... Taraxion! mon Taraxion! non, tu sais, il ne faut pas jouer avec ces choses-là.

callyce. — Je ne joue pas... c'est une supposition,

lampito. — Il ne faut pas supposer...

c'est vrai, tenez, rien qu'à cette pensée, ça me fait chaud dans le creux des mains.

nicodice. — C'est bon, c'est bon. Allons, Callyce, mon enfant, reprends ton discours : je suis suspendue à tes lèvres. Tu disais que...

callyce. — Je disais que 6i mon époux, le brun Nicostrate, périt dans cette malheureuse guerre, je n'aurai jamais connu ses caresses.

lampito. — Comment cela? N'exagèrestu pas? Parle! que veux-tu dire?

calonice. — Callyce ne vous a donc jamais raconté sa nuit de noces?

callyce. — Hélas ! elle ne ressemble pas aux autres. La nuit était venue, nos amis nous avaient reconduits avec des flambeaux et des torches en criant : Hymen ! Hyménée ! Nous arrivons chez nous : les esclaves étaient couchés : on avait tout préparé, nettoyé la baignoire, fait chauffer l'eau et potr: la galette de sésame qui donne la fécondité. Bref, tout était prêt : les amis c'en vont.

nicodice. — Enfin seuls!

callyce. — Nicostrate me serre contre

Callyce. — Si tu crois

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