QUE C'EST GAI
lui, se jette à mes pieds, embrasse mes genoux...
lampito. — Oh! c'est cruel de nous raconter ça.
myrrhine. — Allons, du courage, Lam- )Pito.
toutes. — Femme au tempérament excessif.
callyce. — H me dit mille choses tendres et jolies, m' appelant de mille noms charmants : mon bijou, mon idole, fille de Cypris, confidente des Muses, sœur des Grâces... moi, je pleurais.
lampito. — Il n'y a^ait vraiment pas de quoi. Ce n'était pas pour t'insulter qu'il te disait tout cela, ce garçon.
callyce. — Je 6ais bien, mais c'était plus fort que moi... mais voilà que tout à coup ou frappe à la porte de la rue.
myrrhine. — L'horrible belle-mère!
callyce. — Non, mais cbose plus horrible encore, c'était un ami de mon mari qui criait avec une voix puissante : << Dépêchetoi, Nicostrate, dépêche-toi ! — Qu'y a-t-il, par Apollon ! — Il y a qu'un messager vient d'arriver... Le stratège demande cinq cents hommes; il faut qu'ils partent pour Pylos cette nuit même, — Tout de suite ? — Tout de suite.
lampito. — Alors?
callyce. — Alors Nicostrate était désigné pour partir. Son nom était inscrit un des premiers sur la statue de Pandion. Il 6' équipe, prend ses armes. Comme nous étions tous deux orphelins, le festin nuptial avait eu lieu chez ma tante Lysistrata, de sorte qu'il n'y avait rien à la maison, pas une sardine, pas une aile de volaille... il a été obligé d'emporter dans son sac le gâteau de sésame qui donne la fécondité, pour ne pas mourir de faim en route. Et, depuis ce temps-là, je ne l'ai plus revu. Tu vois que j'avais raison, Lampito, et que mon sort est encore plus cruel que le tien.
lampito. — Ne crois pa6 cela, ma chère Callyce : entre celui qui n'a jamais bu de vin de Ohio et celui qui, en ayant bu et s'y étant habitué, n'en peut plus boire, le plus privé et le plus à plaindre est celui qui en •a bu.
callyce. — Tu as tes souvenirs, toi.
lampito. — Ça ne tient pas chaud.
catxyce. — Tu peux te rappeler tes nuits heureuses... C'est toujours une consolation lorsqu'on est seule... moi je n'ai même pas de souvenirs.
lampito. — Alors tu n'as pas de regrets : mais au contraire une divine espérance.
callyce. — Et si Nicostrate ne revient pas, s'il est tué!
lampito. — Tu es jeune, tu te remarieras.
callyce. — Mais si je meurs, moi! réfléchis à cela: je n'aurai jamais, jamais connu les plaisirs de l'amour... je ne saurai même pas comment... Si tu crois que c'est gai.
Elle pleure.
toutes. — Pauvre petite.
lampito. — Ne pleure pas, mon enfant. Ta tante, notre chère Lysistrata, nous a convoquées toutes aujourd'hui 6ur cette place, pour chercher un remède à nos maux. C'est une femme d'un grand jugement et d'un esprit subtil, et je m'étonnerais fort si quelque invention sublime ne sortait pas de son cerveau, comme Pallas sortit jadis tout armée du cerveau de Zeus. Mais précisément, la voici