M. Guizot, Mémoiriê, t. III, p
Napoléon I*' à M. de Fontanes, savez-vous ce qui me frappe? C'est l'impuissance de la force à rien fonder. II y a deux puissances dans le monde : le sabre et Tesprit; et à la fin Tesprit tue le sabreM »
II faut donc compter avec l'esprit, et opposer une éducation saine à la corruption de l'intelligence. Ce principe fondamental est celui sur lequel devait ^reposer l'œuvre de 1808. Mais l'Empereur ne voulut pas être seulement, pour la haute culture de l'intelligence, le créateur de l'Université. Dans la sphère de l'éducation populaire, il fut l'auteur de la loi de 1802, le promoteur des plans de 1810, le consécrateur des idées de 1815.
On a contesté les intentions de la première Université et de son fondateur en ce qui touche l'instruction primaire. Rétablissons la vérité de l'histoire. Montrons dans l'enchaînement des faits la perpétuité des idées.
Le général Bonaparte est sur la route d'Egypte. II s'arrête à Malte, qu'en passant il vient d'enlever d'assaut. Là, les yeux fixés sur l'Orient, l'esprit tout plein déjà des mystères de sa destinée, il a une pensée pour l'avenir intellectuel d'une population qu'il n'a* fait qu'entrevoir. Le 30 prairial (18 juin) an vi, un ordre du géhéral décide qu'il sera créé dans l'île une école centrale et quinze écoles primaires. L'école centrale donnera des cours de géométrie, de physique, de chimie, d'astronomie, de géographie, de langues orientales. Les écoles primaires enseigneront la lecture, l'écriture, le calcul, les éléments du pilotage. Tout y repose, non sur des théories vagues , mais sur une base essentiellement pratique. On y donne aux masses ce dont elles ont besoin , rien de moins, rien de plus. Tout aussi y est largement et libéralement constitué. Le bien-être des instituteurs est assuré; les traitements s'élèvent à 1100 francs dans les villes, à 800 francs dans les villages; sommes considérables pour l'époque , et qui dépassent le traitement de la plupart des maîtres chargés en 1860 de l'éducation du peuple dans les villages de France.
, Voilà le premier acte du créateur de l'Université comme organisateur de l'enseignement populaire. Qu'on ne perde pas cet acte de vue ; il projette la lumière sur tout un côté de l'intelligence du