‹ M. Ambroise Rendu et l'Université de FranceChapitre 16 sur 38 · Eiposé de Fourrroy au Corps législatif · texte numérisé non relu

Eiposé de Fourrroy au Corps législatif

des magistrats assez rapprochés des communes pour les bien connaître, assez éloignés pour ne point épouser les passions de clocher, assez indépendants des petites intrigues pour que l'autorité ne soit point paralysée entre leurs mains , aux sous-préfets qui , tous les mois, doivent rendre compte aux préfets de l'état matériel et des progrès obtenus.

Dans ce qu'on appelait alors les petites écoleSj il n'était question que de lecture, d'écriture et de calcul; le progranfme, il faut l'avouer, n'était pas démesurément étendu. Mais, d^jà, n*eût-ce pas été un résultat immense que l'universalité des jeunes Français possédât ces notions premières ? Et qui sera tenté de critiquer ce programme, quand on saura, — ce qu'il faut bien qu'on sache, — que dans la France du dix-neuvième siècle, en l'année 1859, plus de 350000 jeunes garçons et près de 400000 jeunes filles, 750 000 enfants de six à treize ans, ne recevaient aucune espèce d'instruction ?

L'Empereur est à l'apogée de sa puissance. Poursuivi jusqu'au sein de ses triomphes, en Italie, au delk du Rhin, en Espagne, par la pensée d'une grande création intellectuelle, il a fait VUniversité impériale. Eh bien! par le décret de 1808, les écoles primaires sont reliées au vaste plan de l'enseignement national. Par ce décret aussi , les humbles mais ardents apôtres de l'éducation populaire, les Frères des écoles chétiennes, sont associés à la pensée qui groupe toutes les forces intellectuelles de la France au sein d'une puissante unité 1 Ils sont relevés de l'incapacité légale prononcée par le décret de 1792, encouragés, brevetés; la règle des modestes disciples de Jean-Baptiste La Salle fixe l'attention de l'Empereur aussi bien que les statuts de la célèbre Université de Turin.

Mais ce n'est là, en quelque sorte, que l'extérieur du cadre dans lequel est appelé à se développer tout le système du nouvel enseignement primaire. Ce n'est pas assez de rétablir les écoles et d'y placer des maîtres. Il faut que celles-là soient vivifiées par la connaissance des procédés utiles et des méthodes éprouvées ; que les seconds s'animent de ce feu sacré qui en peut faire des instruments de progrès intellectuel et de perfectionnement moral. Aussi le décret de 1808 pose-t-il en principe qu'il sera établi « des classes normales destinées à fournir des maîtres pour les écoles primaires,

et qu'on y exposera les méthodes les. plus propres à améliorer l'enseignement. »

Les événements militaires détournent un instant la pensée de l'Empereur des plans que méditait son génie; mais tout a coup cette pensée éclate. Un décret impérial du 17 octobre 1810 charge un savant illustre, Guvier, d'aller étudier sur la terre classique des écoles, en Hollande et en Allemagne, les établissements d'enseignement public, avec recommandation spéciale « de prendre de l'in» struction primaire une connaissance détaillée. » Cuvier accomplit sa mission en homme digne d'être l'instrument d'une puissante idée. Il visite <ic toutes les écoles primaires un peu importantes, même dans les villages^ ; v étudie, dans toutes ses parties, cette organisation intelligente «> qui donne du charme à l'instruction en même temps qu'elle lui imprime un caractère religieux propre h. en faire durer les effets, qui permet de gouverner un grand nombre d'enfants, sans cris, sans invectives, sans aucune punition corporelle, mais en les intéressant toujours et en les tenant sans cesse en haleine*. » Il approfondit le système de surveillance et d'inspection des écoles ; il examine la manière dont on a provoqué « la composition de petits ouvrages où on traite d'une façon populaire les vérités les plus imporr tantes de la religion et de la morale, de l'économie domestique, de la physique et de l'hygiène'. » Il entre dans des détails minutieux « qui peuvent paraître puérils , mais dont il n'est aucun qui ne puisse influer sur Thabitude et la vie entière*; » prend « note des garanties spéciales de capacité que l'on exige des maîtres et des moyens de recruter un corps si utile; » il constate enfin avec un soin particulier les conditions de bieri-étre accordées aux instituteurs : < très-peu de maîtres d'école, même dans les villages, se font moins de 3000 francs, et la plupart jouissent en outre d'une habitation propre et commode, et d'un jardin plus ou moins étendu. > « Aussi, ajoute Cuvier, pensant aux pauvres instituteurs de France, aussi ont-ils les mœurs et le langage d'hommes dont l'âme n'est point affaiblie par le besoin; une douceur de manières, résultat de ce contentement habituel , se communique à tous ceux

4 . Rapport sur les établissements d'instruction publique en Hollande et en Allemagne, en exécution du décret impérial du 48 octobre 4840. 2. Rapport. — 3. Ibid. — 4. Ibid,

qui vivent avec eux; et la certitude d'arriver à tm sort aussi agréable lev/r fait trouver aisément des aides excellents parmi les meilteurs élèves qu'ils ont formés*. »

Cuvier déclarait « qu'une foule de détails du système d'instruction primaire en Hollande devraient être répandus dans toutes leâ écoles de l'Empire , et qu'ils finiraient par avoir les effets les plus marqués sur les mœurs des classes inférieures^. » Conformément à la haute volonté de qui il tenait sa mission » il concluait à ce qu'un « système reposant sur ces trois bases , qui se tiennent intimement : le bien-^tre du maître , la smveUlance active des inspecteurs^ le perfectionnement continuel des méthodes^ fût adapté à la France entière'. »

Et, en effet, un décret de novembre 1811 porte ces mots : « Le Conseil de notre Université impériale nous présentera un Mémoire sur la partie du système établi en Hollande pour Tinstructiou primaire, qui serait applicable aux autres départements de notre Empire. »

Quelles circonstances empêchèrent l'accomplissement de desseins si mûrement réfléchis ? Nous ne savons; mais , il faut bien le dire, jamais études plus sérieuses n'eussent servi de base à l'œuvre de la régénération de l'enseignement populaire. Si la pensée du fondateur de l'Université eût passé fidèlement de la théorie dans les faits, laFrance, depuis longtemps, n*aurait rien à envier, au point de vue de l'enseignement primaire, ni à la Hollande, ni à l'Allemagne.

Ce que nous savons, c'est que, plus tard, au milieu de préoccupations qui ne lui laissent pas de repos, et déjà presque au bruit du canon de Ligny, le problème de l'éducation des masses revient solliciter la pensée du grand homme. Le 27 avril 1815, l'Empereur signe un décret qui ordonne la création d'une école modèle, destinée à devenir une pépinière d'instituteurs, et dont les considérants veulent être rapportés :

a Considérant l'importance de Péducation primaire pour Pamélioration du sort de la société;

« Considérant que les méthodes jusqu'aujourd'hui usitées en France n'ont pas rempli le but qu'il est possible d'atteindre; désirant porter cette partie de nos institutioUfi à la hauteur des lumières du siècle.... »

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