I. Un mot sur V Université de France. Janvier
ment assisté à la naissance de rtJnivèrsité ; selon uiié ëxpf'ësgion qu'il affectionnait^ il Tavait emmaillottée et bercée.
La chute de TÈdipiredùvrit une carrière nouvelle à Tattif dévouement de M. Rendu. Le coopérateur du premier grand maître allait devenir le soldat de l'Université, les événements allaient entraîner l'administrateur sur le champ de bataille des publicistes.
vu
GaraGlèrede laluUe contre l'Universilé. — Premières atlaqnes, et première brochure de M. Rendu. — Ordonnance du ^ 7 février. — Là CoMmisstod ttinsiructiôn puhttque, — Pamphlets; — Discours de M. de Saint- Romain. — Trois brochures de M; Rëiidu. — Ses Observations, — M. Royér-Gollard et M. Mole. — Lettre de M. Rendu à M. de ÎHussy. — Là rêiHbuiion uùitersitaire. — Nouvelle brodhure.
En 1815, l'Université passe de la période d'organisation à la période de la lutte. Elle est alors attaquée avec la même fureur que rétaitsoncréateurlui-méme; et la passion politique cherche à achever^ dans la ruine du corps universitaire, la défaite des institutions qu'elle peut croire à jamais renversées.
On ne se propose pas seulement à cette époque d'arracher à rUniversité le pouvoir exclusif dont la volonté de l'Empereur et la force même des choses l'avaient investie ; la lutte, à ce point de vue, eût pu être féconde. Ce qu'on poursuit, c'est l'anéantissement de l'institution elle-même. On ne demande pas seulement à l'État d'ouvrir une porte plus large à Tinfluence religieuse : un grand progrès moral eût pu naître du renouvellement d'une alliance intime entre TÉgUse et l'État sur le terrain de l'enseignement; ce que l'on veut c'est supprimer l'élément laïque, et forcer l'esprit moderne h expier ses victoires en livrant son drapeau.
L'UtliVér&ité représente alors, oh peiit lé dire, là Fraricè tioUvelleS la France de 1789 et du Concordat. Les ennemis de la secoridè sefdnt dbnc les adversaires implacables dé là première :
^ . M. diiiizol écrivait téceridinetil : oc Quand l'empereur Napoléoh, eh créant Ttlniversllé, lui donna pour hiissldn de rendre à rinstruction secondaire, aux éludeà littéraires et classiques leur force et leur éclat, il était guidé par un instinct profond de notre élàl social, de son histoire, de sa nature ël de ses besoins. Il savait qu^après les prodigieux bouleverseraehis de notre révolution, après la chute violenle de toutes lés existences hautes, au milieu dé tant de fortunes nouvelles et soudaines, pour consacrer dé tels résultats, pour sanclionher en quelque sorte le Irioinphe des classes moyennes et assurer leur influence, il fallait cultiver et développer dans ces classes les études fortes, les habitudes dé travail d'esprit, le savoir, ta supériorité intellectuelle,
grande occasion de guerre pour TUniversité, mais aussi grand motif de confiance et grand principe de force!
Dans cette phase nouvelle de l'histoire universitaire, M. Rendu resta fidèle à lui-même. Gomme il avait été au premier rang des organisateurs, il fut au premier rang des polémistes; il se jeta dans la mêlée pour défendre l'édifice qu'il avait si puissamment aidé k construire : dès le mois d'août 1815, on le trouve à son poste de combat.
Les adversaires qui se levèrent en 1815, comme ceux qui leur succédèrent en 1844, s'accordent à rendre hommage à l'inébranlable fermeté de M. Rendu ; ils le proclament à l'envi « le premier apologiste de l'Université* », « le plus infatigable et le plus intrépide des lutteurs*. » En effet, à peine l'ordonnance du 17 février 1815, copie maladroite du projet conçu primitivement par l'Empereur (V. p. 30), a-t-elle menacé l'Université de mort sous prétexte de reformations, que M. Rendu est déjà sur la brèche : dans une courte brochure* il démontre « que le gouvernement de l'instruction publique serait atteint dans son principe essentiel; que le conseil royal n'aurait qu'une très-faible autorité; que les inspecteurs ne rempliraient pas le but qu'on a dû se proposer en les instituant; que toute la puissance des recteurs, c'est-à-dire toute la force morale que représente ce grand intérêt de l'éducation, tomberait entre des mains étrangères, et que les différents conseils chargés de tout diriger seraient dans l'impossibilité de résoudre la plupart des questions qui leur seraient proposées; en un mot
et par là, les montrer, les rendre en effet dignes de leur rang.... Beaucoup de familles de Tancienne noblesse française ne voyaient pas sans humeur ce foyer d'activité et de force sociale où la bourgeoisie venait s'élever au niveau de ses laborieuses destinées. » {Mémoires. T. 111, p. <0<.)
4 . Le génie de la révolution considéré dans V éducation^ t. III, p. -192. C'est dans ce pamphlet en trois volumes (4 818) que les adversaires modernes de l'Université ont puisé leur érudition.
2. Histoire critique et législative de V instruction publique, par H. de Riancey (4b44). T. II, p. 245. — Le talent et la bonne foi de l'auteur ne l'ont pas toujours préservé de regrettables entraînements.
3. L'ordonnance de 4 816 partageait la France en dix-sept universités, chacune ayant son organisation séparée et complète. Le projet de 4805 que nous avons fait connaître n'admettait que sept universités. — Ainsi que Ta remarqué M. Guizot, en parlant de l'ordonnance de 4845, il n'y a pas en France dix-sept foyers naturels de hautes et complètes études.
4 Quelques observations sur l'ordonnance royale du 47 février 4845.
que cette ordonnance crée une institution qui n*a ni but raisonnable, ni moyens suffisants. »
L'ordonnance du 17 février tomba sous le coup des événements en même temps que sous le coup des critiques. Une nouvelle ordonnance (15 août) maintint « provisoirement l'existence des académies, i> et statua que « les pouvoirs attribués au grand maître et au conseil de VUniversité seraient exercés sous l'autorité du ministre de l'intérieur, par une Commission de l'instruction publique. »» L'ordonnance promettait en même temps « d'établir par une loi les bases d'un système définitif. »
Ce maintien provisoire était une défaite pour le parti qui réclamait la destruction. La Commission était composée de MM. Royer-Collard, Cuvier, Silvestre de Sacy, l'abbé Frayssinous, Gueneau de Mussy. De tels noms méritaient peut-être quelque respect; on pouvait croire que de tels hommes, non plus que leurs prédécesseurs du conseil impérial , ne représentaient pas précisément « l'impiété à la place de la religion , l'intrigue à la place de l'émulation, le charlatanisme k la place de l'expérience ^ » Les inspecteurs généraux qni éclairaient la Commission de leurs rapports étaient ceux que nous connaissons déjà, MM. Rendu, Noël, Poinsot, Dupuytren, Budan, d'Andrezel, etc. De» pamphlets pleins de goût apprirent cependant à la France que « des vampires universitaires, connus sous le nom d'inspecteurs, avaient fait des visites domiciliaires, comme pour saturer leurs regards des spectacles de la misère de ceux qu'ils avaient immolés à leur voracité, i» Ils exhortèrent tous les honnêtes gens à s'unir dans une sainte ligue, sans se préoccuper «des vociférations de l'ineptie dont cherchent à nous assourdir les amants fortunés de la fille du tyran*. »
Le premier devoir, en effet, n'était-il pas de jeter à terre ce co^ losse qui n'est pas le colosse de Rhodes? N'avait-on pas prononcé ce jugement : « De toutes les conceptions de Buonaparle, la plus effrayante, la plus profondément anti-sociale, en un mot, la plus digne de lui, c'est VUniversité. Lorsque le tyran crut avoir assuré par tant d'horribles lois le malheur de la génération pré-