‹ M. Ambroise Rendu et l'Université de FranceChapitre 20 sur 38 · FONTANES · texte numérisé non relu

FONTANES

Le cher enfant avait alors trente-sept ans. Avec quel sentiment de satisfaction on ^nfei^d se 4égBger, du miljefi 4^s combats et des clameurs, la voix amie dont le teipps et lies révoluti6n§ n'ont pat} altéré l'accent, et qui, dans chaqpq crise nouyelle^ yiept repentir aux oreilles d'Ambroise Rendu, comme un encouragement et comme un conseil)

M. MoIé ne voulut pas rester en arrière dans ces félicitations que l'élite de la société intelligente adressait à M. Ilendu. Je trouve de lui ce billet :

(c J'ai lu ^veç un vif intérêt tout cj9 qui e$t (forti di| yotrç plfimq. Je partage

*. In- 8 de 250 pages.

2. Je citerai ce billet de M. Royer-Gollard : «Faites-moi le plaisir d'envoyer sure-champ un exemplaire à M. Guizol (me du Vieux-Colombier, 26, en face la rue Cassette) qpi met en ce moment la main i la plume.

« ÀPjjittrd'bui ip^m«, Je fais i la Cgnimisfion U propoiitiap ^e yon» répandro. »

le plaisir que vos derniers ouvrages ont fait éprouver à M. de Fontanes. Je vous renouvelle l'expression des sentiments que m'ont inspirés depuis longtemps votre personne et vos talents.

a Comte MoLÉ. »

Les polémistes de 1844, à la suite de ceux de 1815, se sont beaucoup occupés de ces écrits de M. Rendu. Mais n'ayant rien à répliquer aux arguments péremptoires de la brochure dans laquelle le défenseur de l'Université, répondant phrase par phrase à son adversaire, le saisissait corps à corps, ils se sont bornés à faire une allusion rapide aux Observations qui suivirent de si près le fameux discours de M. de Saint-Romain. Il eût été curieux pourtant ^ sinon habile, d'insister sur une lutte dans laquelle, par avance, on pouvait voir et juger bien des luttes ultérieures :

« Tout est remarquable , disait en commençant M. Rendu , dans les dé' veloppements présentés par M. Murard de Saint-Romain sur l'instruction publique.

« On y trouve, à un degré rare, Phorreur de ce qui est, avec l'ignorance la plus complète des faits les plus certains; l'enthousiasme pour le passé, avec l'aveu du plus grand de tous les défauts et de tous les désordres, d'un défaut et d'un désordre tels qu'ils ont fait périr la France; enfin l'abandon de l'avenir auquel on ne donne que des garanties incomplètes.

« Nos premières observations sur ces développements , auront surtout pour objet de faire connaître le présent, persuadé que nous sommes avec d'honorables collègues de M. de Saint-Romain, qu'il serait bon pourtant de cesser de démolir. Nous essayerons aussi de tempérer un peu des regrets qu'on veut croire sincères, mais qui accusent les ruines et ne les relèvent pas. »

Des ruines! c'était là ce que demandait le parti dont M. de Saint-Romain était le fougueux organe. L'Université avait été créée ipsiT Buonaparte; il suffisait : crucifigatur!

a Le vrai mal, le fléau redoutable dont je sollicite la reformations s'écriait l'orateur, c'est l'université fondée par Buonaparte, restaurée l'année dernière sous un ministère dont la France déplorera longtemps les erreurs, et conservée jusqu'à ce jour parce funeste système de ménagements.... Il n'y a de salut pour TËtat, que l'anéantissement total de toutj absolument tout ce que Buonaparte a soutenu et propagé. »

A quoi M. Rendu faisait cette réponse, qui était alors un acte de témérité :

a Que l'Université ait été fondée par Bonaparte, est-ce une raison de la détruire ? Mais la Cour des comptes a été fondée aussi par Bonaparte. C'est sous Bonaparte que tous nos Godes actuels, civil, criminel, commercial, etc., etc.,

ont été discutés et décrétés.... M. de Saint-Romain songe-t-il à quoi il s'engage, et dans quel chaos il jetterait la France, si la France et le roi, mieux conseillés par la révolution môme, n'avaient pas proscrit dès le principe, et pour toujours, ce parti extrême. »

Puis quand Timpétueux député ajoutait :

a La religion, les bonnes mœurs, Tamour pour le roi , jamais rien de ce qui est bon , de ce qui est pur, ne prévaudra dans les établissements révolutionnaires ...»

— « M. de Saint-Romain ignore, répliquait M. Rendu, au grand scandale du parti, que le décret de 1808, veut que la religion catholique soit la base de renseignement dans toutes les écoles. Il ignore que l'Université, même sous le règne de Bonaparte ^ n'a cessé de développer par ses statuts, par ses circulaires, par les instructions spéciales données aux recteurs et aux inspecteurs généraux le principe fécond posé par ce décret. L'Université ramenait peu à peu, dans toutes les écoles, les saines doctrines et les pieux usages que l'ancienne Université de Paris avait consacrés dans ses collèges, en même temps qu'elle veillait, pour le bien même, et dans l'intérêt de la religion, aux progrès des études dans les sciences et dans les lettres. Nous devons le dire, et nous ne craignons pas d'être démentis, tout ce que la Commission royale de l'instruction publique a fait de bien sous ce rapport a été la suite et l'exécution de ce que le grand maître de l'Université a voulu et fait. »

— ce Je sens, avait dit M. de Saint-Romain en terminant, je sens combien mon travail sur une matière aussi importante est incomplet; combien la tâche est au-dessus de mes forces. Je n'ai consulté que mon zèle. »

— a Qui pressait donc l'orateur, répondait M. Rendu? Qui sollicitait les efforts de son éloquence? Où était la nécessité de monter à la tribune pour traiter un sujet si grave, quand on ne pouvait présenter qu'un travail incomplet; quand on n'avait que du zèle là où il fallait avoir tout connu, tout comparé, tout jugé au poids du sanctuaire, puisqu'il s'agissait de détruire une grande institution, et d'inquiéter, d'insulter un grand nombre de fonctionnaires modestement utiles, pour qui, quoi qu'on en dise, l'or n'est pas tout, pour qui l'honneur est quelque chose. La Commission de l'instruction publique, non plus que l'ancienne administration de l'Université, n'ont pas besoin de nos faibles armes; et nous briserons là notre plume trop indignée peut-être. Nous finirons en confessant que, sans attacher aucune importance à ces feuilles, ouvrage d'un jour, nous en espérons pourtant ce résultat : c'est que les législateurs qui y jetteront les yeux , frappés peut-être de quelques faits qui n'étaient pas assez connus, et qui suffiraient à venger l'honneur de l'institution, se diront : AtteU' dons et examinons. »

On attendit en effet et on examina. Ce délai seul était une conquête de haute importance; car TUniversité n'avait à redouter qu'une surprise. L'issue de la campagne n'était plus douteuse; et elle était due tout entière k M. Rendu : la Commission nommée par le ministre de l'intérieur (16 juillet 1816) pour s'occuper d'un projet d'ordonnance sur Vinstruction publique^ se garda de proposer au-

4. Cette commission se composait du cardinal deBaasset, de MM. de Chateaubriand, de Fontanes, Royer-Gollard, l'abbé Eliçagaray.

cune mesure i)Qstile , et quand M, Frédéric Giieneau de Miissy * éprivait, dans ces circonstances, à M. Rendu :

oc Nous éteindrons-nous au milieu des pieuses calomnies et des saintes intrigues de nos détracteurs? Si nous devons mourir, mieux vaudrait mourir d'une mort violente que d'une maladie de langueur. »

M. Rendu pouvait répon4re à son ami -

« Mourir! y p^nses-tu? ïfous venons de nous battre, ce semble, comme des gens qui ont de la vie au cœur et du sang dans les veines. On ne meurt pas quand on est une graade In^titutioïi qui représente un grand intérêt moral; on ne meurt pas surtout, quand ou est né de la force même des choses, et qu'on répond à tout un ordre immense d'idées et de faits. L'Université, mon bon ami , est un arbre qu'on ne déracinera pas de notre sol; si on la renversait aujourd'hui, elle renaîtrait demain. Il faut que les pieux calomniateurs tâchent d'en prendre leur parti. >

Sur les pas de M. Rendu, et à son imitation, d'autres défenseurs entrèrent en lice : ['Université n'a pas ou|)li^ Ips estipiables opuscules de M. Taillefer, inspecteur de TAcadëmie de Paris, et du recteur de l'Académie de Bordeaux. Mais un témoignage plus considérable fut porté dans cette grande cause : l'écrivain, déjà illustre, qui devait présider plus tard avec tant d'éclat à la marche de l'enseignement publjp, ^. Guizot, (ians une brochure où brillait avec les qualités de ce grand esprit une sereine impartialité, vint achever cette démonstration commencée par M. Rendu, que « les plaintes élevées récemment contre l'Université avaient des causes aussi peu légitimes et aussi peu honorables que les plaintes contraires dont elle avait été l'objet avant la Restauration'.» Dès lors le sol était raffermi sous les pas de l'Université; et dans son discours de la distribution des prix de l'année 1817, le président de la Commission de l'instruction publique put prononcer ces paroles :

a Le corps enseignant poursuit sa tâche à travers les difficultés et les contradictions. L'adversité lui a dopné des leçons ; il les a naises à profit. Des privations douloureuses lui ont été imposées par le malheur des temps ; il les a supportées avec dignité. Éprouvé, mais non découragé, par une longue attente, il

4. Frère de tf. Philibert Gueneau ^e Mussy ; plus lai-d directeur de l'École normale supérieure.

3. Efsai fur l'histoire et sur Vàtai actuel de l'instruction publique en France (l 810).

aspire aujourd'hui à Tadoption solennelle qui semble lui être promise, plus éclairée, elle sera plus honorable et plus efficace. Non, iln*estplus permis de le craindre : la France ne yerra point l'instruction publique se rétrécir ou s'abaisser; la capacité ne sera point méprisée, le dévouement méconnu, les services payés de l'oubli. »

La lutte continuait cependant : M. Rendu n'était pas près de la déserter. Cette attaque prenait les formes les plus diverses : brochures politiques, opuscules injurieuxS articles de journaux.

L'un des points sur lesquels portaient les attaques les plus vives était la perception, au profit de l'Université, du vingtièn^e du prix de pension payé par chaque élève, vingtième connu sous le nom de rétribution universitaire^. Cet impôt, essentielkment vanaWe, mais non pas arbitrc^ire, se diversifiant et se modérant suivant les lieux et les personnes , très-peu onéreux conséquemment pour les familles, était une des sources essentielles du revenu de l'Université : inde irx. En décembre 1816, proposition fut faite à la Chambre des députés de supprimer Vinfâme rétribution. Cette proposition à peine connue, une nouvelle brocHure de M. Rendu était distribuée aux membres de la chambre, brochure où la question était élucidée par une discussion nette, nerveuse, incisive*.

Après avoir démontré ce qu'était la rétribution en elle-même, et comment la spéculation dissimulait, en l'attaquant, un sordide intérêt privé sous le masque de l'intérêt général, le publicisle faisait voir que l'idée mère de cette rétribution avait été suggérée au fondateur de l'Université, dès l'année 1800, par ce vœu éminemment raisonnable des conseils généraux : Rendre Cinstruction indépendante de la pénurie éventuelle du trésor public,

« N'était-ce pas une idée heureuse de donner au corps enseignant un moyen d'existence qui lui fût propre , qui naquît de son sein , qui eût pour source et pour aliment les nobles services qu'il rendait aux familles, qui assurât enfin sa sécurité, son indépendance, sa perpétuité, au milieu même des crises et des embarras du trésor ? Idée que certains déclamateurs n'ont pas même soupçonnée, mais qui nous semble bien digne de la méditation des hommes d'Ëtat.... Quoi de plus naturel, en matière de contributions quelconques, que de faire

4. Entre autres, un libelle intitulé : Us Précurseurs de V Antéchrist,

2. Voy. pour les questions relatives aux finances universitaires, le volume plein de faits publié par M. Ch. Jourdain sous ce litre ; Le budget de l'instruction publique (1857). M. Jourdain a su animer cette matière aride, et donner à une étude financière tout l'attrait d'une étude politique et morale.

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