Observations sur la rétribution universitaire
payer un droit sur la chose, à celui qui a Tusage et le profit de cette chose ? Quoi de plus juste et de plus convenable que de faire servir renseignement à nourrir le maître, comme Tautel à nourrir le prêtre? Quoi de plus naturel encore et de plus juste que de demander le prix de cet enseignement par une contribution spéciale à celui qui le reçoit, plutôt que par l'impôt, à celui qui ne le reçoit pas; aux cinquante mille familles qui veulent une instruction complète, animées qu'elles sont par le sentiment de toutes les espérances et de toutes les jouissances que cette instruction renferme et procure, plutôt qu'aux neuf cent mille autres familles qui ne demandent que les écoles primaires, et à celles qui, plus pauvres encore ou plus isolées, mangent à la sueur de leur front leur blé noir ou leurs châtaignes? — Non sans doute, poursuivait M. Rendu avec une grande élévation de pensée, que le moindre membre du corps social ne soit intéressé à ce que les 50 000 enfants destinés aux emplois, aux dignités, aux sciences et aux arts, soient solidement instruits. Mais, de bonne foi, cet intérêt si général, si éloigné, et, il faut en convenir, si peu senti, peut- il être mis en balance avec l'intérêt personnel, prochain, vif et pressant de ces membres privilégiés de la société au service desquels se consumeront dans leur laborieuse ignorance, les enfants de l'artisan et du laboureur? Il suffit, nous le croyons, de laisser parler ici les sentiments de délicatesse, d'honneur et de noble fierté qui vivent toujours au fond des cœurs. »
Défendue par des arguments si graves, la rétribution universitaire triompha d'invectives « lancées avec plus d'acharnement que de bonheur*. » L'Université continua, jusqu'à la suppression de son budget spécial, de tenir ouverte une source de revenus qui, à l'avantage de ne point grever le trésor public, joignait celui de n'être que la rémunération naturelle d'un service rendu.
Il n'y avait pas, au reste, unanimité d'opinions, il faut bien le dire, au sujet de la rétribution scolaire, parmi les hommes qui envisageaient d'un œil impartial les intérêts de l'Université. Il est curieux de connaître sur ce point la pensée de l'un des membres ecclésiastiques du premier conseil impérial :
a Je suis de votre avis, écrivait à M. Rendu le cardinal de Bausset 2, quant à la futilité des déclamations qu'on n'a cessé de répéter contre la rétribution universitaire. La plupart des déclamateurs savaient à peine en quoi elle consistait, et n'avaient pas la plus légère idée de toutes les mesures de convenance, d'équité, et, pour ainsi dire, de paternité, qui réglaient et qui modéraient la perception de cette taxe.
«Malgré cela, je crois qu'il est préférable que le gouvernement se charge lui-même de cette dépense , qui n'ajoutera qu'un bien léger accroissement au fardeau des dépenses publiques. Je crois qu'on doit le désirer pour la considération personnelle des membres du corps enseignant. Vous savez* mieux que personne combien de détails minutieux exigeait la perception de la taxe, combien elle rendait pénibles les fonctions des inspecteurs généraux , obligés par