Itufpuetioiu dictées par l'EDiperenr
cette délicatesse de formes qui n'excluent certes point l'impartiale fermeté, mais qui conquièrent les sympathies et la reconnaissance des accusés eux-mêmes. « Tout membre de l'Université, disait-il, sous peine d'être un membre indigne, a droit à des égards particuliers ; car, voué à une carrière qui suppose des habitudes laborieuses, des principes solides, des sentiments honnêtes, des mœurs pures, il réalise plus ou moins complètement un type très-rare parmi les hommes ; on lui doit, par conséquent, de le faire jouir de ces deux biens qui compensent ce à quoi il a re-> nonce volontairement du côté de la fortune, et sans lesquels, d'ailleurs, il n'est point de grande institution morale : dignité^ sécurité. »
Le défenseur zélé des prérogatives du corps enseignant eût donc regardé comme une faute et comme un malheur d'affaiblir en rien, à aucun degré de la hiérarchie, devant dés exigences arbitraires, les garanties accordées à ses membres par les décrets constitutifs de l'Université. Il détestait les petites tyrannies et les tracasseries mesquines; il entendait^qu'une forte et intelligente discipline, en réprimant les abus et en châtiant sévèrement les désordres, respectât une noble indépendance de caractère et de pensée. « Nous n'avons pas affaire à des commis et à des agents improvisés d'une administration m'atérielle, disait-il, nous avons devant nous non pas des machines, mais des hommes; non pas des instruments dont l'un vaut Tautre, mais des intelligences dont chacune a sa valeur propre, et qui ont formé, au prix de longs et méritoires efforts, le trésor moral qu'elles mettent à notre disposition. Sachons donc leur témoigner du respect. 3> Et il n'avait pas de termes assez sévères pour qualifier l'outrecuidance d'administrateurs vulgaires qui, incapables de s'élever à la notion des devoirs délicats, exerçaient un pouvoir d'emprunt uvec une rudesse et une âpreté qui eussent rendu l'autorité odieuse, sous prétexte d'en relever le prestige.
Pour avoir une idée exacte de la manière dont M. Rendu comprenait Texercice de la juridiction ziniversitaire, il faut étudier son travail sur V Université de France et de sa juridiction disciplinaire; on y voit tout ce qu'un sentiment exquis de la dignité de l'homme, tout ce qu'une conviction profondément, ardemment chrétienne
peuvent inspirer d'égards aux supérieurs envers les subordonnés, de ménagements aux juges envers les justiciables^ ; il faut relire aussi la circulaire mémorable du 19 janvier 1821, circulaire sortie de la plume du conseiller magistrat et dans laquelle il a développé ces deux règles fondamentales de la juridiction universitaire, telle que, dans sa passion de .la justice, il la comprit toujours' : « nul ne peut être condamné qu'il n'ait été entendu; toute accusation doit être éclaircie, à charge ou à décharge. »
a En se tenant à ces 4bux règles essentieUes, disait la circulaire, on parviendra infailliblement à fonder sur des bases durables au dedans, entre les membres de l'Université, comme au dehors vis-à-vis d'eux, la considération, le respect mutuel et les justes égards qui sont à la fois la récompense et la sauvegarde de l'homme public.
« Certain de n'être pas jugé sans avoir été entendu, assuré que tant qu'il ne lui est point fait de reproche, c'est qu'on n'en a point à lui faire, tout fonctionnaire de l'Université recueillera de cette conviction même le plus doux prix de ses travaux, une entière liberté d'esprit, une pleine sécurité; il saura qu'il tient son sort dans sa main, et qu'il ne doit craindre pour lui que luimême....
« Sous cette double influence d'une sécurité qui est le premier droit de l'honnête homme, et d'une vigilance religieuse qui est sa première garantie contre lui-même et contre les autres, il envisagera d'un œil satisfait l'honorable carrière où les talents et les vertus lui permettent d'espérer un bonheur qui peut aussi n'être pas sans gloire. » *
Et l'auteur de ces encourageantes paroles se plaisait à répéter : Ce que vous donnerez aux hommes en témoignages d'estime, ils vous le rendront en dévouement. Pensée bien digne de celui dont le noble cœur aimait toujours à supposer chez autrui l'élévation de sentiments qu'il trouvait en lui-même, et qui fut, dans toute la force du terme, le magistrat de renseignement !
Ce nom, mieux que tout autre, convient à M. Rendu ; ce qu'il voulait, ce qu'il recherchait en toutes choses, de toute l'énergie de sa volonté, c'était le juste manifesté par la loi,
4 . Les premières lignes de cet opuscule montrent quel est l'esprit qui l'anime : « Si je veux m'assurer qu'un pays est bien gouyerné^ qu'il y a sécurité pour tous ceux qui habitent son territoire, je ne m'informe pas si les forts et les puissants jouissent en paix de leur fortune et de leurs honneurs. Je me demande si le petit, si le faible est certain du moins qu'il ne perdra que par sa faute son repos, sa liberté, son pain ; que s'il est accusé, il pourra se défendre. »
2. « Juridiction toute paternelle, a écrit M. Rendu, qui veut surtout prévenir et rérormer, qui doit conséquemment avertir et consulter avant de frapper, et quand enfin elle frappe, frapper juste de manière à forcer l'assenUmentmême du coupable. »
c D est on pniidpe saoé, écrit-il en llt28S qui cooaene àl'iMmiiiie tonte sa dignité, qui protège la maiesté des rois comme la liberté des peuples, la paix de VÈf^iaa comme la paix dn monde, c'est cefaii-ci : La Loi, ou pciUique ou rdigieuiCf est l'oBorre d'mie n)lon«6 généiale supérieure à tonte rolonté indiridnelle. Que tont ordre émané de noos qui serait contraire à la lot n'ait ancone force, ont dit nos rois. Que rien ne soit Talide de ce qui aurait été surpris de ctmirain aws emunu, cmt dit les Gélestin, les Léon, les Adrien, les Hllaire.
c Que dit la lot ? Tel a toujours été le premier cri contre tout despotisme ecclésiastique on politique. Là sont tontes nos libertés et religieuses et civiles.
ce Certes, il faut en conrenir, cette doctrine est essentiellonent amie de la lumière. Loin de redouter l'instruction , elle l'exige ; loin de tuer la science, elle la ranime; loin de dispenser de l'étude, elle l'impose ^elle provoque et nécessite le plus grand développement de l'esprit humain ; elle est enfin diamétralement opposée au système d'une obéissance aveugle et passive; système faux et destructeur dans Tordre religieux conmie dans Tordre civil, ajoutait avec fermeté 11. Rendu, soit qu'il abaisse l'autorité de la loi pour la soumettre aux iUusioBa ou aux caprices d'ane seule volonté; soit qu'il déplace l'infaillibilité promise et donnée à l'Église universelle pour la concentrer dans un seul pontife, chef et non pas maître de toute T£glise. »
Ce culte de la loi Si inspiré tous les éerits de M. Rendu, et Ta poussé à élever le vaste monument de la législation de l'instruction publique qu'on appelle le Code universitaire* \ il lui a dicté ses Réflexwns sur quelques parties de notre législation civile, où il s*eat proposé de mettre en relief Içs rapports qui doivent unir la loi humaine et la loi divine'; il lui a dicté aussi les quelques pages sur le conseil de VUniverwité^ comparé au conseil d'État.
Au double point de vue d'une interprétation et d'une application régulières de la loi, et des intérêts de la grande oàministraHon intelleùtuelle qu'il avait tant contribué à fonder^ M. Rendu ne concevait pas le gouvernement de l'Université sans un conseil permanent^ plus ou moins semblable à celui que Napoléon I** avait placé à côté du grand maître. L'existence d'un tel conseil lui paraissait la condition absolue de la prospérité morale de l'Université. Il y voyait y pour l'institution » un couronnement et un honneur; pour le personnel enseignant, une garantie; poiAr le chef