‹ M. Ambroise Rendu et l'Université de FranceChapitre 29 sur 38 · Histoire de Sorèze^ p · texte numérisé non relu

Histoire de Sorèze^ p

L'instruction primaire en 4 84 5. — MM. Guvier, de Gérando et Rendiu -^ Préparation d'une ordonnante inr l'instruelion primaire. «^Note de M. Rendu. — Les comités, l'enseignement obligatoire. — Ordonnance du 29 fémer 4816, — L'enseigo^nent mutuel et l'enseignement simultané. — Les Frères des écoles chrétiennes.

On a vu qued* après les conclusions du Mémoire de Cttvier(1810), la réorganisation de renseignement primaire en France devait « reposer sur ces trois bases : le bien-être des maîtres^ la surveU*^ lame des inspectev/rsj le perfectionnement des méthodes; » on a vu , de plus, que selon le décret de 1808 les Frères des écoles chrétiennes étaient rendus à leur pieuse mission » en même temps que des classes normales étaient fondées pour la formation des maîtres laïques; on n'a pas oublié, enfin, qu'aux termes du rapport de Carnot en 1815, l'Université devait se proposer dans le développa ment de l'éducation populaire , « non pas de former des demi-savants, mais de donner k chacun des lumières appropriées à sa condition; » et que, dans la pensée de l'Empereur, « l'iustruction primaire devait finir par faire participer tous les individus des classes les moins fortunées aux bienfaits de la première éducation. 9

De telles vues étaient le programme le plus complet que pftt tracer un dévouement éclairé aux intérêts moraux et intellectuels du peuple.

Il était urgent de travailler k l'application de ce programme* Car, malgré les efforts déjà tentés, on l'a vu, la situation de l'enseignement primaire était déplorable^ Dans un très-grand nombre

I. Je Us dans un rapport inédit de 4 847 : a Dans certains départements , il n'est pas rare de trouver vingt ou trente communes d'un même arrondissement au milieu desquels il n'existe qu'un seul maitre d'école. En général , la proportion du nombre des communes à celui des écoles est à peu près comme 42 est à 4 . Aussi celui qui, dans ces cantons, sait lire et écrire, est regardé conmie un homme habile et supérieur

de villages, ni maîtres ni écoles ; presque partout où n'avaient pu être fondés des établissements de Frères, des taudis ou des caves, sous la prétendue surveillance de pauvres diables dont la misère faisait la vocation, ou d'aventuriers que la prison disputait parfois à récole, abritaient une jeune population qui menaçait de s'étioler d'âme et de corps. Cette population, il fallait la replacer sous l'influence active et directe de l'Église et de TËtat unis, au nom de l'intérêt social, dans une sorte de ligue du bien public. Ce qui était en jeu, ce n'était pas la science du deux et deux font quatre; la question était plus haute : il s'agissait de renouer la tradition morale et chrétienne que le souffle révolutionnaire avait brisée.

Trois hommes se placèrent alors résolument en face de ce grand problème. M. Cuvier qui, depuis sa mission en Allemagne, n'avait jamais perdu de vue les intérêts de l'éducation populaire, et qui les représentait au sein de la Commission de l'instruction publique; M. le baron de Gérando, qui défendait au conseil d'État la cause dont il s'était fait le serviteur passionné comme secrétaire général de la Société pour Vinstruction élémentaire; M. Rendu, que sa liaison intime avec ces deux personnages , aussi bien que ses convictions personnelles, portaient à combattre les ravages d'un mal dont ses fonctions d'inspecteur général le mettaient à même de mesurer l'étendue. Des efforts combinés de ces trois hommes allait sortir l'ordonnance célèbre sous laquelle l'instruction primaire en France a vécu jusqu'en 1833 , l'ordonnance du 29 février 1816.

Dès 1811, on Ta vu, M. Rendu avait fait adopter au conseil impérial l'établissement de commissions d'arrondissements et de cantons destinées k encourager et à surveiller les écoles. Les circonstances avaient entravé l'exécution de ce plan ; il s'agissait de le faire consacrer sous le régime nouveau , et de le mettre en œuvre. MM. Cuvier et de Gérando se tenaient prêts à patronner chaleureusement les propositions de M. Rendu, et dans la Commission d'instruction publique et au sein du conseil d'État. Le principe

aux autres habitants ; il se voit consulté par ses voisins comme un docteur, Ce fait est le meilleur ar^umeiit pour démontrer la nécessité sociale de Tinstruction universelle. Quand tout le monde sait lire, qui pen^f) à çi^ é^re 0er et ^ triiWformer l'alphabet en brevet de docteur?

d'une ordonnance sur l'instruction primaire ayant été accepté par le ministre de l'intérieur, M. de Vaublanc, le projet d'ordonnance fut élaboré officieusement entre les trois amis. Je trouve cette note de H. Rendu à la date du 21 octobre 1815 :

« Aujourd'hui, réunion chez de Gérando. Nous sommes d'accord sur la nécessité de fortifier l'influence religieuse, et Cuvier accepte la présidence du comité par le curé du canton. Ne témoignons pas de défiance au clergé ; il viendra à nous si nous allons à lui ; convainquons-le de toutes façons que l'Université veut sincèrement , ardemment la régénération des esprits par la foi chrétienne ; dans cette œuvre capitale il faut assurer, à tout prix, Talliance de TËgUse et des pouvoirs publics.

R Cuvier a demandé que dans les cantons où le culte protestant est en exercice, il soit formé un comité spécial. Cela est de toute justice. Le protestantisme sincère ne fera pas de conquêtes sur le catholicisme ; il n'y a là rien à craindre. Qu'il en fasse sur le vide, et qu'il arrache, de son côté, s'il le peut, de malheureuses âmes au vice et à la dégradation morale. Le catholicisme n'y perdra rien.

« Il faut absolument que la société trouve des garanties d^ordre autre part que dans l'ignorance de ses membres. Nous sommes tous les trois d'accord pour imposer à chaque commune l'obligation d'assurer l'enseignement à tous ses enfants et de donner aux indigents l'instruction gratuite. Ne laissons pas aux amis de la Révolution l'avantage de se faire contre les hommes d'ordre et contre les chrétiens les champions de l'instruction. Sachons être à la tête de tous les progrès raisonnables. »

a Déclarerons-noas l'instruction obligatoire ? J'y incline quant à moi. Je ne verrais là rien de révolutionnaire, tant s'en faut. Nous devons revenir là-dessus dans la prochaine réunion \ »

Le projet d'ordonnance une fois arrêté, le préambule en fut pré-

4 . U eût été très-curieux de connaître l'examen qui fut fait de cette question par des hommes tels que MM. Cuvier, Rendu et de Oérando. Je n'eu retrouve malheureusement point trace dans les papiers de mon père. Le reflet de la discussion qui dut avoir lieu à cette occasion se projette pourtant sur l'article -1 7 de l'ordonnance de 4846 :« Le maire fera dresser dans chaque commune et arrêtera le tableau des enfants qui ne recevant point ou rCayant point reçu a domicile l'instruction primaire, devront être appelés aux écoles publiques, d'après la demande de leurs parents. a>

On voit dans le contexte de cet article, qu'on était tout près de trouver très-bon le principe de l'enseignement obligatoire, mais qu'on hésitait à en régler l'application.

En ce qui est de l'opinion personnelle de M. Rendu sur ce grave sujet, je puis affirmer, complétant par mes souvenirs l'indication contenue dans la note citée cidessus, qu'elle était très-favorable au système de V obligation. On me permettra de dire qoe lorsqu'après avoir rempli ma mission en Allemagne, je traitai spécialement cette question « qui pour de bons esprits, écrivait tout récemment M. Guizot, demeure encore indécise, 9 (Jlfémoirtf^, t. ni,p. 64), mon père approuva sans restriction la manière dont j'avaiscrupouYoir laposer : «Ce n'est pas l'intérêt intellectuel, disions-nous alors, c'est l'intérêt moral qui domine av^nt toutleproblème;ilueB'agitpas de décider simplement si déjeunes enfants devront, de parla loi, savoir lire et écrire : des peuples ont vécu sans cette science I La question est plus haute ; les faits la posent chaque jour sous nos yeux; elle est celle-ci : une partie de la génération qui s'élève ne trouve plus au foyer domestique le dépél des vérités morales et religieuses. Dans un

paré par MM* Rendu et de Gérando; il est bon d'en rappeler les termes : •

« .... Nous étant fait rendre compte de l'état actuel de Pinstniction du peuple des villes et des campagnes dans notre royaume, nous avons reconnu qu'il manque, dans les unes et dans les autres, un très-grand nombre d^écoles ; que les écoles existantes sont susc^tiMes d'importantes améliorations. Persuadé qu'un des plus grands avantages que noua puissions procurer à nos sujets ^ est une instruction convenable à leurs conditions respectives; que cette instruction, surtout lorsqu'elle est fondée sur les véritables principes de la religion et de la mo-

nombre considérable de femilles appartenant aux classes souffrantes, la tradition chrétienne, par là mfime la tradition sociale est brisée. Qui renouera cette tradition?

« L'Église, dit-on, et la famille. Plût à Dieu que l'Église étendtt sur cette partie des populations dont on parle, sa puissante influence ; que cette influence fût invoquée partout^ ou du moins, partout acceptée ! Plût à Dieu que la famille fût universellement ce qu'elle doit être, c'est-à-dire, le sanctuaire où se conservent avec les vérités morales les mœurs pures qui font les peuples forts ] mais ne le voit-on pas ? Le problème étant formulé dans les termes que nous dictent les faits, répondre directement par l'Église et par la famille, c'est répondre par la question.

a Sans doute les vivantes leçons de la famille et les préceptes de la religion sont le nerf de l'éducation ; sans doute il faut poser la loi chrétienne dans l'enseignement conune point de départ et comme but; qui le conteste? Mais dans les centres manuracturiers, mais dans ces villages trop nombreux où )a foi religieuse est sans vie, com«» ment en ranimer les germes dans le cœur d'une génération qui écbappe à ses enseignements ? En d'autres termes, dans ces communes où un matérialisme théorique et pratique a chassé la population de réglise ou du temple, quels moyens d'action met* trez-vous aux mains du curé ou du pasteur? El si trop souvent la famille elle-même n'est pas demeurée intacte ; si trop souvent par le renversement des lois providentielles, l'instrument de vie est devenu instrument de mort, invoquerez-vous cette même influence, qu'il s'agit de suppléer, qu'il s'agit même de combattre?

a Voilà les considérations que, sous peine de se placer en dehors des faits, et de discuter dans le vide, il est impossible de méconnaître. Eh bien I là où l'indiSérence et un brutal mépris s'élèvent comme un rempart entre l'âme de l'enfant et la main de l'Église ; là où la vie morale s'éteint dans une atmosphère viciée, quelle ressource pourront invoquer encore et la religion et la société? Sur quel terrain engager un dernier combat contre la corruption de l'esprit et du cœur? A noire avis, il n'en reste qu'un, un seul, et ce terrain c'est l'école.

«El maintenant, qu'est-ce que l'école? L'école n'est pas seulement à nos yeux, est-il besoin de le dire, cette salle garnie do bancs et de tableaux où de jeanes drôles^ sous la férule d'un mattre, viennent s'initier tant bien que mal à la science ûxxdetucet dwèm fojit quatre i non l'école a pour nous une destination plus sérieuse : elle se propose avant tout, de rendre quelque dignité aux âmes des pauvres êtres qui lui sont confiés, de purifier leurs sentiments, en jetant, comme des éclairs dans la nuit de leur intelligence, les vérités qui font du chrislianisme le fondement de l'ordre social ; eHe est le lieu où la loi morale, à la lumière des leçons quotidiennes et sous l'autorité de la tradition religieuse, se manifeste à l'enfant. Elle est cela, sous peine de cesser d'éUre elle-même.

« Supprimez l'école, ou, ce qui revient au même, laissez-la supprimer par la .cupidité d'un mattre ou l'insouciance d'une famille : on ne supprimera pas l'enseignement de la place publique, de l'atelier, du cabaret. Que gagnera la société à laisser un tel enseignement sans rival, et son abdication sera-t-elle une sauvegarde?» (Membre sur l'enseignement obligatoire^ \ 853.)

râla, est nonntettlement une des sourees les plus fécondes de la prospérité pnbliqae, mais qu'elle contribue aa bon ordre de la société, prépare Tobéissance aux lois et raccomplissement de tous les genres de devoirs; voulant d'ailleurs seconder autant qu'il est en notre pouvoir le zèle que montrent des personnes bienfaisantes pour une aussi utile entreprise, et régulariser, par une surl^illance convenable , les efforts qui seraient tentés pour atteindre un but si désirable, nous nous sommes fait représenter les règlements anciens, et nous avons vu qu'ils se bornaient à des dispositions qui, jusqu'à ce Jour, n'ont point été mises en vigueur*,.. »

Â]^rouvé par la Commission d'instruction publique, le projet d'ordonnance fut discute au conseil d'État (décembre 1815), où le patronage de MM. Cuvier et de Gérando le fit triomphe^ des attaques. Les trois auteurs eurent la satisfaction de voir leur œuvre, revêtue de la sanction royale (29 février 1816), devenir le point de départ et la règle de tous les développements de l'instruction primaire; ils eurent celle aussi, — puisque la contradiction est Tépreuve nécessaire de toute création utile, — ^.de la voir immédiatement en butte aux interprétations les plus hostiles. « Qu'avons-nous fait, écrivait M. Rendu, toujours sur la brèche*, et quelle est notre simplicité? Toutes ces belles apparences sont des chimères, toute cette ordonnance est un piège. La Commission d'instruction publique, en la proposant au roi, n'a voulu ; le roi, en la donnant à son peuple, n'a fait que revenir aux décrets de la Convention, rendre les maîtres d'école indépendants des curés, éloigner les Frères des écoles chrétiennes , et favoriser la multitude des charlatans. C'est le génie de la Révolution qui Ta dit. » Puis continuant la tâche entreprise, les auteurs de l'ordonnance répondaient aux accusations d'un parti implacable par des circulaires où la Commission d'instruction publique tenait ce langage :

n Vous aure^ soin, disait-elle aux recteurs, de faire connaître à MM. les ôrêques et à tous les ecclésiastiques que, dans l'œuvre de l'éducation, vous n'êtes que leurs auxiliaires ; que l'objet de l'instruction primaire est surtout de fortifier l'instruction religieuse. »

Si la Commission instituait des mfSdailles d'encouragement pour les maîtres %

« Le conseil académique, s'empressait-elle d'écrire aux recteurs, par la plume

4. Essai sur V instruction publique^ t. Il, p. 568. 2. Arrêté du 4 5 juin 4848.

de M. Rendu, n'oubliera pas que les soins donnés à renseignement de la religion, d«s mœurs exemplaires, une conduite irréprochable, sont la première condition des récompenses qui leur sont offertes. »

§'est à ce moment que M. Reudu commença d'étendre sur l'institution vénérable à laquelle l'enseignement du peuple avait été si redevable, depuis plus d'un siècle, sur l'association des Frères des écoles chrétiennes^ le patronage qu'il ne cessa d'exercer pendant tout le cours de sa longue carrière. Si ce patronage fut actif et militant, la reconnaissance des Frères l'a proclamé assez haut. Mais ce qy'il faut dire ici, c'est qu'il fut en même temps assez éclairé pour défendre contre eux-mêmes ceux qu'il protégeait. M. Rendu fut plusieurs fois en contradiction avec l'institut qu'il couvrait de l'épée et du bouclier ; et précisément le premier acte de son patronage fut une vive résistance h de périlleux entraînements.

A l'époque où nous sommes arrivés, tout était machine de guerre. De simples et Bien humbles questions pédagogiques étaient érigées en théories menaçantes; à peine pourrait-on comprendre aujourd'hui que, transformées par la baguette magique des partis, plaisamment élevées au rang de luttes de tribune et de presse , les modestes querelles de deux méthodes missent en péril la paix des écoles, et y fissent pénétrer le souffle enflammé des haines politiques. Qui peut se représenter Y enseignement mutuel et l'cnseignement simultané ayant pris corps et vie , sous la forme de héros de bataille ; luttant en champ clos sous les yeux d'un public passionné; et dans l'intervalle de passes d'armes auxquelles applaudissaient deux camps ennemis, s' accusant respectivement de bouleverser l'ordre politique et religieux*, ou d'étouffer, dans la routine, la vie intellectuelle du pays?

Certes l'enseignement mutuel et l'enseignement simultané étaient par eux-mêmes fort innocents des gros mots qu'on échangeait en leur nom. Ils ne méritaient assurément

Ni cet excès d'honneur ni cette indignité.

\. Voyez, entre autres pamphlets de l'époque, la Lettre tPun catholique à M. le comte de Chabrol, préfet de la Seine. On y voit que les partisans de l'enseignement mutuel «c ont été dupes d'une faction ténébreuse, toujours occupée do grand œuvre ; v que a la méthode lancastérienne est un moyen infaillible de désorganiser renseignement et la morale ; * — « qu'au lieu de resserrer les liens qui nous attachent il la monarchie, elle ne tend qu'à les relâcher, etc., etc. »

Mais derrière renseignement mutuel se cachaient rhostilité contre rinfluence religieuse, ou, du moins, les protestations de l'esprit laïque contre les projets menaçants que 1^ passion prétait bu clergé. Derrière l'enseignement simultané, au contraire, apparaissait une association forte par ses œuvres traditionnelles et par l'esprit de corps : l'association des Frères des écoles chrétiennes.

De 1815 à 1818, les Frères avaient continué sans bruit, comme ils l'avaient fait sous l'Empire, l'œuvre de dévouement et d'abnégation qui avait été leur gloire. Satisfaits de la protection bienveillante que leur accordait l'Université*, ils étaient demeurés étrangers à tout esprit d'hostilité ou d'intrigue. Tout à coup, refus de l'institut de se conformer aux dispositions de l'ordonnance de 1816, concernant les examens et les brevets. Une main habile et cachée venait d'arracher les Frères à leurs pacifiques labeurs pour les enrôler sous une bannière ennemie; déjà l'affaire était portée à la tribune parlementaire; la lutte allait s'établir; Tissue en eût été fatale et pour les Frères et pour l'enseignement.

M. Rendu se jeta entre les Frères et leurs dangereux amis.

c La question qui s'agite depuis quelque temps, par rapport aux Frères des écoles chrétiennes, dit-il habilement, paraît d'abord extrêmement simple. Il s'agit de savoir si les pieux instituteurs qui dirigent en France un nombre considérable d'écoles, sont tenus de se soumettre aux formalités que les lois, décrets et ordonnances prescrivent à tous les instituteurs primaires.

< Mais bientôt un examen plus attentif prouve que la véritable difficulté n'est point là.

« Jusqu'à présent, la congrégation des Frères ou plutôt ses défenseurs béné- ▼oles, d'autant plus nombreux qu'elle n'a point d'ennemis, n'ont cité en sa faveur aucune exception favorable. Or cependant, l'obligation d'obéir devient un problème insoluble pour ces bons Frères qui, du reste, voués sans partage à leurs saints et utiles travaux, sont fort innocents de tous les débats qu'on excite en leur nom.

c De ces réflexions, il suit naturellement qu'il y a donc quelque autre chose au fond d'une question dont l'apparente simplicité contraste avec la longue et sérieuse discussion à laquelle d'illustres personnages n'ont pas dédaigné de prendre part... . Gomme il sera démontré que les statuts de la congrégation ne sont point la raison de résister, il faudra chercher ailleurs cette puissante raison....

« Nous voulons sauver l'institut des écoles chrétiennes du péril certain où le précipiterait un système dont on ne peut définir l'objet, dont on ne saurait avouer ou justifier les motifs. »

Puis abordant la question dans ses détails, H. Rendu montrait

4 . On peut voir toutes les preuves de cette protection dans l'ouvrage déji ci!é de M. Rrndu.

aux Frères quels étaient leurs véritables intérêts, et où se trouvaient pour eux, avec la sécurité, les conditions d'un succès durable, depuis le jour où, visant leurs statuts (4 août 1810), l'Université, en échange de l'obéissance à ses règtements, leur avait assuré, avec l'existence civile, l'exemption du service militaire.

Si les Frères écoutèrent la voix de la saine raison, si les conseils d'un ami assez dévoué pour contredire et pour déplaire les arrachèrent à des résolutions périlleuses, il faut en savoir gré & leur esprit de modération et de sagesse. En effet, les suggestions passionnées ne leur manquaient pas : se soumettre aux lois de l'Université n'était-ce pas signer leur propre destruction?

a Bientôt, s'écriaient leurs prétendus amis pleurant par avance sur leur ruine, le peuple cherchera vainement au milieu de nous ces hommes objets de son respect. L'influence de leurs leçons et de leurs exemples cessera de se faire sentir dans les familles. Pauvres enfants l continuait-on pieusement, vous aurez d'autres maîtres, vous écouterez d'autres enseignements, et, grâce aux lumières du siècle, l'Université s'occupera de vous fournir le savoir pendant que les tribunaux s'occuperont de vos mœurs '. »

La soumission des Frères aux règlements de l'Université, leur déférence aux conseils de M. Rendu, leur fut en effet mortelle : en 1819 ils avaient en France 70 écoles; quelque temps après la loi de 1833, ils en comptaient 462.

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