Mémoires, i. m
succès, mais avec ëclat, et elle y eut bientôt gagné en puissance autant qu'en dignité. >»
Telle était dès l'époque dont nous parlons l'opinion de M. Rendu. Une note fort curieuse, du mois de juillet 1833, ne laisse aucun doute à cet égard :
« La loi du 28 juin vient de consacrer la liberté dans l'instruction primaire; cela est bien; mais le plus dirfîcile et le plus nécessaire n'est pas fait. Il faut le reconnaître franchement, la charte a transformé les données du problème, et créé pour l'Université une situation nouvelle; je ne vois pas comment toutes les autres libertés trouvant la porte ouverte, on la refermerait sur la liberté d'enseignement. Laissant de côté tant de déclamations absurdes et d'invectives passionnées, il faut bien avouer qu'il y a lieu de penser à une conciliation et à un traité de paix. Les charmantes impertinences dè^M. de Montalembert, à la Cour des pairs, recouvraient après tout des vérités dont on doit tenir compte.
<E Le traité de paix doit être tenté, non pas seulement au nom des principes, mais dans l'intérêt même de l'Université. La grande institution impériale n'est plus aujourd'hui, cela est certain, et depuis longtemps, dans les conditions où l'avait placée l'Empereur. Pouvons-nous affirmer avec assurance que les préceptes de la religion catholique sont restés la base de son enseignement? En droit j oui; mais en fait? où va la philosophie de l'Université? où est l'élément religieux dans le Conseil? Pouvons-nous y montrer des abbé Êmery, des Bausset, des Villaret, des Bonald, etc., etc.? L'Empereur avait donné à son Université le pouvoir exclusif; oui : mais il entendait que dans le gouvernement de l'Université fussent groupées, avec les dépositaires de sa pensée intime, toutes les forces religieuses du pays. Dès lors le clergé n'avait pas à se plaindre ; et l'on sait comment il avait accueilli la création de l'Université ; où en sommes-nous aujourd'hui?
« Que l'Université se juge en jugeant la situation générale, et qu'elle prévienne, en cédant à propos, les assauts redoutables dont l'issue pourrait être fatale à tout le monde. A tout le monde, dis-je; car, si par impossible l'CJniversité était renversée, que deviendrait l'enseignement en France? et qu'est-ce que le clergé serait en mesure de faire de sa victoire? Le monopole que l'Université a exercé et dû exercer pendant si longtemps sera bientôt remplacé par la concurrence. Tâchons donc d'en bien régler les conditions, et cela dans l'intérêt commun de la religion et de l'Université. Nous ne redoutons pas la rivalité des institutions libres : heureux si le sentiment religieux et le patriotisme s'y fortifient et s'en dégagent plus puissants! Tout pour la patrie et pour Dieu! 9
En de telles dispositions d'esprit, M. Rendu ne pouvait qu'applaudir aux plans de transaction qui furent successivement présentés aux chambres, en 1836, par M. Guizot, et en 1841 par M. Villemain. C'est à l'occasion des luttes engagées lors de l'apparition du projet de M. Villemain qu'il écrivit son livre de l'/nstruction secondaire, et spécialement des écoles secondaires ecclésia-
stiques^. Ce livre était un appel éloquent à Tunion de rUniversité et du clergé :
« .... Nous en sommes là, disait M. Rendu, après avoir retracé les périls sans nombre qui menaçaient Tordre moral; et maintenant, dirons-nous aux deux grandes institutions qui portent le pesant mais glorieux fardeau de l'instruction et de l'éducation de la jeunesse, puisque ainsi est faite la société dans le sein de laquelle il nous faut vivre, et marcher et combattre, dans une telle arène, contre de si redoutables adversaires, un premier cri ne s'échappe-t-il pas du fond de vos entrailles, du plus intime de vos consciences : c'est Vunion qui fera notre force! Unissez- vous, unissez-vous , redirons-nous au clergé , répéterons-nous à TUniversité; unissez- vous; ou, comme les peuples imprévoyants et malhabiles qui, malgré leur nombre et leur courage, laissèrent envahir la patrie', combattant isolément, vous serez vaincus l'un et l'autre. »
Cet appel prophétique ne devait être compris que huit ans plus tard, sous la menace et sous la sommation des convulsions sociales. M. Rendu, au milieu du feu croisé des combattants, n*en continuait pas moins h faire entendre sa calme et sage parole : en invoquant pour l'instruction publique un régime où les forces libres pussent se développer largement à côté des établissements de rËtat, il restait plein de confiance dans les destinées du corps enseignant; ce qu'il attendait du développement des institutions rivales, ce n'était pas l'affaiblissement de l'Université, c'était au contraire cette recrudescence de vie qui naît toujours d'une lutte régulièrement engagée et vaillamment soutenue; c'était une sévérité plus grande de l'Université à l'égard d'elle-même; c'était surtout un sentiment plus vif de la nécessité d'une alliance intime et profonde avec la foi chrétienne. « C'est le clergé, disait-il souvent, qui nous forcera de rentrer dans la voie où nous avait jetés l'Empereur. Si l'Université voulait garder le monopole, il fallait qu'elle restât dans les conditions où l'avait placée son fondateur, et qu'elle se fît absoudre en partageant avec l'Église. » — «Vous m'accusez de n'être pas assez universitaire, répondait-il à certains contradicteurs; c'est que vous faites dater l'Université de 1830; moi, je la fais dater de 1808 ; je sais ce qu'elle était à cette date, et ce qu'elle devrait être aujourd'hui. Voulez-vous connaître les vraies conditions de la vie d'une institution? remontez à