‹ M. Ambroise Rendu et l'Université de FranceChapitre 33 sur 38 · Aujourd'hui archevêque de Rouen · texte numérisé non relu

Aujourd'hui archevêque de Rouen

4. a Messieurs, disait un jour Ozanam aux jeunes hommes réunis è la conrérence litr léraire dont il avait accepté la direction, tous les jours, nos amis, nos frères se font luer comme soldats ou comme missionnaires sur la terre d'Afrique ou devant les palais des mandarins. Que faisons-nous, nous autres, pendant ce temps-là ? Croyezvous donc que Dieu ail donné aux uns la mission de mourir au service de la civilisation et de i'Ëglise, aux autres la tâche de vivre les mains dans leurs poches, ou de se coucher sur des roses? Ah! messieurs, travailleurs de la science, gens de lettres chrétiens, montrons que nous ne sommes pas assez lâches pour croire à un partage qui serait une accusation contre Dieu qui l'aurait fait, et une ignominie pournous qui l'accepterions. Préparons-nous à prouver que nous aussi nous avons nos champs

raison ; de rhomme, en un mot , qui entra dans la gloire par la porte qu*ouvrirent pour Tui les mains étroitement unies de la science et de la religion, le nom de Frédéric Ozanam.

Le souvenir de Thomme illustre qui, en dépit de bien des défaillances ^ restera comme le héros de la littérature chrétienne au dix-neuvième siècle, se trouve aussi mêlé aux débuts du Cercle catholique, M. Rendu avait, depuis longues années, cessé toute relation avec M. de Chateaubriand. Cette austérité au sujet de laquelle le querellait M. de Fontanes, n'avait pu s'accommoder des allures faciles où l'ancien collaborateur du Mercure avait laissé s'échapper son génie. Cependant le nom de l'auteur des Martyrs était une des puissances devant lesquelles s'inclinait le siècle. M. Rendu crut utile de présenter ce grand nom à la jeunesse

de bataille oU par/ois Von sait mourir. » On noas saura gré d^avoir sauvé de Toubli une parole qui est le saisissant résumé d'une vie héroïque. Combien d'éclairs brûlants a ainsi jetés, dans les discussions de la conférence littéraire du Cercle catholique, celle âme dévorée de la passion des grandes choses !

Qu'on pardonne à notre amitié encore émue de citer ici une lettre bien simple, mais qui prouve avec quel dévouement l'éloquent professeur de la Sorbonne remplissait son rôle de président d'une modeste réunion de jeunes gens :

a Mon cher ami, dous écrivait Ozanam le 23 décembre 4 844, je suis bien souffrant ce Boir, et je vous prie de m'excuser auprès des membres de la conférence.

« Il y aura lieu à prendre premièrement les noms de ceux qui voudront bien faire partie de nos petites réunions littéraires ; secondement à faire Télection d'un viceprésident; troisièmement à rappeler le règlement de Tannée dernière; enfin à dresser l'ordre du jour de la séance prochaine. A cet effet, on inscrira ceux qui voudront lire des travaux écrits, et ceux qui se proposeront de parler sur les deux questions suivantes :

« Histoire : Qael a été le résultat des guerres des Français en Italie aux quinzième et seizième siècles pour la puissance et la civilisation françaises ?

«c Littérature : Après la critique si vive que notre siècle a fait subir à l'art poétique de Boileau, quel mérite reste-t-il à cet ouvrage? Que renferme-t-il de vérité absolue ? Et dans quelle mesure est-il permis de tracer des règles à la poésie ?

• Je eompte lundi prochain être plus heureux que ce soir ; et j'espère que la conférence voudra bien agréer avec mes regrets l'assurance de mon entier dévouement.

a Votre ami,

« A. F. Ozanam. »

4 . Les premières feuilles de cette étude étaient tirées, lorsqu'à paru le livre si curieux de M. Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire. Nous regrettons de n'avoir pu emprunter à Téminent critique certains passages qui se trouvent entièrement d'accord avec les souvenirs invoqués par nous. (Voy. p. 8.) Les fragments de deux lettres dé M. de Fontanes à M. de Mussy (p. 8 et 4 4), et lu billet cité à la p. 45, lettres et billets que nous avons retrouvés dans M. . Sainte-Beuve , nous avaient été communiqués â nous-même, il y a plusieurs années , par notre excellent ami le doct ear Noël Gueneau de Mussy.

comme une séduction , sinon comme un guide ; et il s'adressa à M. de Chateaubriand pour lui demander de s'inscrire sur la liste des fondateurs du Cercle. Il reçut la réponse suivante :

«Il m'était impossible, monsieur, de vous avoir oublié. Quand bien même tant de souffles divers ne m'eussent pas apporté votre nom, vous étiez trop mêlé au souvenir de ma jeunesse, des amis que vous et moi nous avons perdus!... Vous venez aujourd'hui à moi au nom du Cercle catholique. C'est avec le plus vif regret que je me vois forcé de refuser l'honneur que vous voulez bien m'offrir ; ma santé et surtout mon âge m'ont rendu inutile daiis ce monde. Je m'en vais à Dieu , en le suppliant de bénir tous ceux qui le servent sur la terre. Le vieux missionnaire isolé remercie le Cercle catholiqttej et lui demande un souvenir au pied de l'autel des chrétiens.

« Agréez, etc., Ghateaubriani). »

Le Cercle catholique vécut de 1841 à 1850. Pendant ces neuf années, il fut pour une jeunesse nombreuse un centre de réunions agréables et utiles, un foyer de discussions graves, une école de fortes études et de saines doctrines. Quand il cessa sa bienfaisante propagande sous le coup des embarras que lui créèrent les périls d'une époque tourmentée, un magistrat éminent put écrire à M. Rendu de la province où il habitait : « Vous aviez ouvert un port à nos fils sur cette grande mer parisienne. Notre sollicitude craintive les y suivait avec bonheur ; nous les y sentions sous l'œil de Dieu tout en les y sachant en présence du monde. Merci pour ce qui fut votre œuvre, l'œuvre de votre chrétienne sagesse; et regrets amers pour ce qui n'est plus. »

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Second ministère de M. de Salyandy. — L'instruction primaire en 1845. — Note de M. Rendu. — Ses vues pour raroélioration du sort des instituteurs. — Projet de loi de 1847. — Sentiments de M. Rendu sur la loi du 16 mars 1860. —Retraite de M. Rendu.

Quand M. de Salvandy reprit, en 1845, le portefeuille de l'instruction publique, M. Rendu profita des dispositions d'un ministre avec lequel il était en complète harmonie de vues, pour travailler à améliorer dans ses conditions matérielles et dans ses conditions morales , le système d'enseignement fondé par la loi de 1833. Quatorze ans après cette dernière loi, la France possédait environ 33 000 insXiXuieixvs publics . Ce résultat était considérable; Mais quelle situation était faite aux modestes serviteurs de l'enseignement? 23000 d'entre eux, la plupart pères de famille, n'avaient qu'un revenu inférieur k 600 francs; et en décomposant ce chiffre de 23000, on trouvait que 18155 n'atteignaient pas un traitement de 500 francs ; que plus de 1 1 000 étaient réduits à 400 francs ; et près de 4000 à une somme inférieure à 300 francs, c'est-à-dire à un taux auquel ne descendait pas, dans les contrées les plus pauvres, le salaire du plus misérable ouvrier.

A un autre point de vue, les communes jouissant du droit de présentation, et les instituteurs n'ayant pas à attendre de l'impartiale appréciation d'une autorité supérieure l'avancement qu'ils pouvaient espérer, ceux-ci se trouvaient placés au hasard, selon le caprice de tel ou lel conseil municipal. Devant eux nulle perspective d'avenir; ils devaient rester « là où la fortune de leur premier pas les avait conduits: et s'ils en profitaient, ce n'était que par l'effet de circonstances purement fortuites ou de démarches personnelles ^:»

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