Exposé det molifB du projet de loi de
M. Rendu sentait vivement tes vices d'une telle situation ; il les appréciait en eux-mêmes et dans leurs conséquences : je trouve cette note , adressée à M. de Salvandy sous la date du 8 janvier 1846 :
« La loi de 1833 a été féconde dans son application. L'instruction primaire, on peut le dire , est définitivement fondée en France : plus de 43 000 écoles (communales et privées) de garçons reçoivent 2000000 d'élèves; 23 000 et quelques communes possèdent des écoles; 76 écoles normales préparent des instituteurs concurremment avec les associations religieuses enseignantes; voilà des fruits de la loi qui ne sont pas à dédaigner.
« Pour les filles, nous avons fait depuis 1836 tout ce qui était en notre pouvoir'; et, certes, c'est là une des parties les plus intéressantes et les plus attachantes de notre tâche. N'est-ce pas sur les genoux des mères que se forme l'honnête homme et le chrétien? Il y a aujourd'hui environ 19 000 écoles de filles, dont 7500 communales; et, dans ces écoles, se presse une population d'à peu près 1200000 élèves; 9 écoles normales et 26 cours normaux dirigés, soit par des religieuses, soit par des dames laïques, préparent à nos établissements d'éducation déjeunes filles, de pieuses et intelligentes maîtresses.
dc On a aussi pensé à satisfaire d'autres besoins : nous nous sommes préoccupés à la fois et de ceux qui font les premiers pas dans la vie, et de ceux qui arrivés déjà à l'âge où l'on ne prend plus place sur les bancs d'une école ordinaire, éprouvent cependant le besoin d'acquérir l'instruction dont les circonstances et la force des choses les avait privés jusqu'alors; des petits enfants et des hommes faits. Nous avons 6800 classes d'adultes environ, où se donnent rendez-vous plus de 115000 élèves; et nous pouvons montrer, en regard, 1800 salles d'asile où tout un petit peuple de plus de 120000 enfants vient recueillir les bienfaits d'un premier et maternel enseignement.
a Je le répète, de tels résultats ne sont pas à dédaigner. Depuis 1833 on a fait beaucoup de bien dans le domaine de l'éducation populaire, et peut-être me sera-t-il permis de dire qu'on a empêché beaucoup de mal.
a Mais tout cela une fois établi, on ne peut se dissimuler que nous rencontrons de graves obstacles dans la poursuite du but qu'il est indispensable d'atteindre. 9
M. Rendu arrivait à réduire les obstacles à deux principaux : la misère du plus grand nombre des instituteurs; Fabsence de tout développement régulier de leur carrière :
« Je voudrais, continuait-il, qu'un minimum fût fixé, au-dessous duquel le revenu d'un instituteur ne pût pas descendre. Ce minimum ne devrait pas être uniforme, mais varier avec les classes entre lesquelles il Conviendrait de répartir toutes les écoles du royaume; si, par exemple, ces classes étaient au nombre de trois, les instituteurs de la troisiènw classe ne pourraient pas avoir moins de 600 francs. On réglerait que les conseils municipaux ne pourraient choisir pour les postes de première classe que des maîtres ayant passé un cer-
1 . M. Rendu avait été l'auteur principal de l'ordonnance du 23 juin i 836 , qui avait appliqué aux écoles de filles la plupart des dispositionfl de la loi de i 889.
tain nombre d'années dans la classe immédiatement inférieure ; et ainsi pour ceux de deuxième classe. De cette façon, un mouvement ascensionnel et régulier s'établirait dans tout le corps. L'avancement y serait peu fréquent sans doute, et les lois qui y présideraient ne sauraient être de nature à déterminer une surexcitation fiévreuse; Dieu nous garde de jamais rien voir de semblable dans la sphère de l'enseignement primaire l Mais le mouvement serait suffisant pour entretenir un certain esprit d'émulation; pour faire entrevoir au mérite patient et obscur des chances assurées de récompense; et pour laisser subsister une pensée d'avenir modeste chez les jeunes hommes qui se dévouent à l'honorable mais pénible profession de maître d'école. »
Celle note de M. Rendu est particulièrement digne d'attention. Elle a été l'origine et le point de départ du projet de loi qui fut présenté aux chambres le 31 mars 1847 par M. de Salvandy. Ce projet élait en effet la consécration de l'idée fondamentale de M. Rendu, telle qu'on vient de la voir exposée*.
La répartition des instituteurs en trois classes, et la fixation du minimum de 600 francs y étaient adoptés. Si ce projet eût pu être discuté au sein des chambres; si les événements ne l'eussent précipité dans un oubli auquel certes la justice fait un devoir de l'arracher, l'instruction primaire, dès les premiers jours de 1848, aurait vu se réaliser des perfectionnements qui ne furent consacrés que deux ans plus tard, et incomplètement, par la loi du 15 mars
De 1848 h 1850 M. Rendu, continuant à défendre dans le conseil de l'Université les intérêts qui lui étaient chers*, suivit avec une attention passionnée, mais avec très-peu de confiance dans les