‹ M. Ambroise Rendu et l'Université de FranceChapitre 7 sur 38 · Mémoires, t. 111, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. 111, p

La note Iraitait successivement des écoles primaires et des écoles secondaires.

<c Avant la Révolution, il y avait presque partout des éco^ plimaires. Les parents seuls choisissaient les maîtres de leurs enfants et oyaient leur salaire. Ici, on affectait un revenu communal à cet usage; là, on nourrissait iMnsti tuteur , et on lui assurait en outre une légère solde. Dans plusieurs communes, le maître d'école exerçait une profession, ce qui rendait son traitement moins onéreux. Ailleurs, il parcourait successivement plusieurs communes, et arrivait à jour et à heure fixes dans chacune, pour y donner des leçons.

te Dans 1^ villes, les écoles primaires étiaient généralement desservies par les Frères ignorantins, admirable institution dont les membres ont constamment réuni Tart d'enseigner aux mœnrs les plus sévères.

« Tout cela a disparu sans doute; mais il est aisé de tout rétablir et d'améliorer. »

Qu*on remarque cette appréciation de rinstilut des Frères des Écoles chrétiennes. Elle ne sera pas perdue; on la retrouvera formulée en disposition légale, dans le décret constitutif de fUniversité.

Quant à l'enseignement secondaire, les propositions que se faisait adresser le premier consul avaient un caractère plus hardi encore de retour vers les institutions auxquelles ont avait dû la . gloire de l'enseignement dans Tancieniie France.^ ministre ée^' l'intérieur exposa formellement le plan d'une reconstitution en harmonie avec les besoins nouveaux, de la aélhhte <;orporation de VOratoire. « Il appartient au génie, disait-il, de puiser dans les souvenirs du passé tout ce qui peut s'allier avec les créations nouvelles. L'Oratoire, tout pjtrticulièrement, a offert l'union des lumières, du patriotisme et de la tolérance*. »

Chaptal affirmait qu'il était possible de réunir encore cinquante oratoriens disposés à reprendre des fonctions d'enseignement. On confierait k la congrégation rétablie trois ou quatre lycées ; elle s'engagerait à suivre les règlements généraux, et serait soumise à la surveillance des autorités compétentes. Du reste, elle aurait le droit d'établir un nombre d'écoles secondaires double ou triple du nombre des lycées gouvernés par elle.

.4 . Chaptal, dans son Rapport de 4804 , n'avait pas faéwté à écrire : a On peut poser comme base fondamentale que, dans les temps qui ont précédé la Ré?olutioo, la nature de l'instruction publique exigeait quelques réformes; mais on ne peut pas nier que la méthode de renseignement ne fût admirable. » (P. 9.)

Les supérieurs, élus par la congrégation, seraient confirmés par le gouvernement; à ces supérieurs il appartiendrait de proposer les nominations, renvois et mutations des directeurs des lycées et des professeuiS'

c Dans ce système, disait le ministre, le vœu des parents sera rempli, et les instituteurs les plus capables d'exercer une influence resteront dans la main du gouvernement On fera tourner ce mouvement naturel des choses au profit des établissements nationaux.

« On aura un point de comparaison utile, un moyen d'émulation puissant pour les autres lycées. On aura utilisé des éléments précieux qui survivent, mais qui restent disséminés et inutiles. Enfin, on obtiendra une économie sensible, un enseignement garanti par Texpérience et surtout une éducation morale. »

Ce projet, exclusivement relatif à l'Oratoire, fut suivi d*un plan conçu sur des bases plus larges, et dans lequel le ministre de l'intérieur faisait entrer, en les groupant dans une organisation nouvelle, les trois corporations de l'Oratoire, de la Doctrine et des Bénédictins de Saint-Haur.

y Les iieux premiers articles de ce plan étaient ainsi conçus :

c Trois associations connues sous le nom de première , deuxième et troisième division de (Professeurs secondaires, sont établies.

a La première a son chef-lieu à Tournon , correspondant à celui de la ci-devant congrégation de l'Oratoire; la deuxième à La Flèche, correspondant à celle de la Doctrine; la troisième à Sorèze, correspondant à celle de Saint-Maur. *

Les atttrfi3 articles les plus importants étaient ceux-ci :

< L'association est absolument soamise au gouvernement; elle reçoit de lui les plans d'éducation , les méthodes d'enseignement et tous les règlements intérieurs et extérieurs qu'il juge convenables; elle travaille sous la surveillance du ministre et des inspecteurs généraux des études.

« Tout ministre du culte admis dans l'association renonce à exercer des fonctions salariées dans quelque église que ce soit.

« Nul membre , tant qu'il reste dans l'association , ne peut être lié par le mariage.

« Après vingt-cinq ans d'enseignement, tout membre pourra se retirer soit dans les maisons de l'association , soit dans sa famiUe. »

Sur l'exemplaire du projet retrouvé par nous aux Archives de l'Empire, on lit ces mots :

« Je prie le citoyen Lebrun de me faire connaître son opinion.

« Le premier consul ^

a Bonaparte. >

L'avis motivé du troisième consul est un curieux monument. L'esprit de l'époque s'y trouve résumé en peu de lignes :

«Ce projet serait très-propre à multiplier les écoles secondaires, et à leur donner une direction et un esprit communs.

« Mais ces sortes d'institutions ne paraissent guère dans le goût du siècle actuel. Les philosophes n*y verraient que le retour d'une espèce de mona* chisme.

« Ce ne serait d'abord que des ecclésiastiques qui formeraient ces asso-A dations ; et quoique les congrégations de l'Oratoire , de la Doctrine et de • Saint- Maur eussent, moins qu'aucun autre établissement religieux, un esprit particulier, cependant elles n'avalent pas non plus cet esprit national, cette ^ indépendance d'opinions qui caractérisent les instituteurs d'une grande société.

«Il serait bien utile d'avoir des établissements pour former des professeurs; mais il faudrait que ces établissements n'eussent rien d'ecclésiastique, et qu'ils fussent tout à fait empreints d'amour pour le gouvernement actuel et d'attachement à ses principes. Il faudrait par conséquent des hommes nouveaux.» y

Pour ces motifs et pour d'autres encore, le projet fut abandonné. Mais il convient de noter très-expressément cette tendance non dissimulée du premier consul vers l'esprit et l'organisation des anciennes corporations enseignantes. L'idée- mère qui soutenait ces puissants instruments d'action morale ne sera pas mise en oubli; on la retrouvera adaptée aux nouvelles conditions de la société et du gouvernement, dans la création de l'Université impériale.

Un an après qu'a été mis en avant le plan dont nous venons de parler, l'Empereur tourne de nouveau ses regards vers l'enseignement national; il veut se rendre compte de Télat des lycées : je trouve, k la date du 3 floréal an xm , la lettre suivante , adressée de Turin à Fourcroy, par le ministre qui venait de remplacer Chaptal à l'intérieur, M. de Champagny:

« Turin, 3 floréal an xiii.

« Monsieur le conseiller d'État, l'intention de Sa Majesté est que vous fassiez l'inspection des lycées en exercice.

« Ce qui doit appeler votre attention d'une manière particulière, c'est le moral, la discipline, l'enseignement, la tenue des élèves, l'état de situation et la comptabilité des collèges.

« Vous vous assurerez si la surveillance est telle qu'elle doit être pour le maintien des bonnes mœurs, et si l'on fait accomplir aux élèves leurs devoirs religieux; si la discipline est sévèrement observée, tant dans l'intérieur du lycée que dans les promenades; si les élèves font des progrès, et si les leçons sont données par les professeurs avec zèle et exactitude. »

La pensée de cette inspection émanait directement de l'Ëmpe*

reur. H avail prescrit que Fourcroy fût accompagné d'ua sousinspecteur aux revues et d*un capitaine ou adjudant-major, ees deux personnages devant donner des instructions « pour l'exercice et la discipline, > et pour la tenue des registres.

Tel était le soin minutieux a?ec lequel l'Empereur s'occupait de tous ces détails, que Fourcroy juge devoir écrire au ministre de l'intérieur, pour savoir « si Sa Majesté a l'intention de désigner elle-même deux individus de son choix. »

L'inspection fut faite dans les mois de floréal, prairial, messi- ^ dor et thermidor; Fourcroy était assisté d'un inspecteur général des études, M. Lefèvre-Gîneau.

Le rapport rédigé à la suite de cette inspection ne répondit que bien incomplètement au programme étendu qui avait été tracé. Point de vues générales ni de considérations élevées ; d'ailleurs, forme littéraire très-médiocre. J'extrais le passage suivant^ qui seul, et à un point de vue spécial, présente quelque intérêt :

« En général, le tambour, rezerciee et la discipline militaire empêchent les par«nts, dans le plus grand nombre des villes, de mettre les enfants au lycée. On profite astucieusement de cette mesure dans laquelle j'ai reconnu néanmoins la plus heureuse influence sur la bonne conduite et sur la discipline des élèves, pour persuader aux pères de famille que l^Empereur ne veut faire que des soldats. Toutefois je suis persuadé qu'en méprisant ces bruits ridicules et sourds, l'opinion publique se déclarera fortement pour cette institution qui, en exerçant le corps des élèves, les habitue ft la subordination, à Tobéissanee , à la confiance dans leurs chefs. J'ai vu presque partout les jeunes gens obéir sans murmure et sans réflexion à des caporaux et à des sergents plus jeunes et plus faibles qu'eux , éleyés à un grade mérité par leur sagesse et leurs progrès. »

Fourcroy voit tout à louer dans l'état de choses issu de cette loi de 1802 dont l'exécution a été confiée à ses soins. Un tel optimisme n'était qu'une absence de grandes pensées ou un aveu d'impuissance ; et l'on comprend, en lisant le rapport dont je viens de citer un fragment, comment l'Empereur, lorsqu'il créa l'Université, enleva la direction de l'œuvre nouvelle au savant dont l'esprit exact cheminait terre à terré, pour la remettre au lettré éminent dont l'intelligence embrassait naturellement les vastes perspectives du monde moral.

- Cet optimisme de Fourcroy forme un singulier contraste avec rappréaiatloa du ministre de Tintérieur. Gelui«-ci , quelques mois

plufi tard y rédig^it une note où, avec une franicbise et sous Tempire de sentiments qui l'honorent , il mettait à nu la situation :

a I^ vice radical du système actuel, disait M. de Ghampagny, c'est de n'avoir rien fait pour l'éducation. On n'a presque rien fait, ni dans les règlements, ni dans la direction donnée; o& n'a presque rien £ail pour la surveilismce, ni surtout pour le choix des chefs.... On peut affirmer sans exagération qu'une f9rte moitié des chefs ou des professeurs est, au point de vue moral, dans la plus complète indifférence, et qu'un quart, par leurs discours, Uur conduite, leur réputation, déployé le caractère le plus dangereux sous les yeux de la jeunesse. En vain un proviseur, un censeur croiront en avoir conservé le secret à leurs amis, il n'y a point de secrets semblables dans un lycée.... Les idées religieuses déterminées sont la seule garantie certaine de la moralité des hommes. Dans une nation, et sous un gouvernement qui professe le christianisme, il n'y a point d'éducation si l'on ne forme des élèves chrétiens.

« Ce n'est pas seulement en attachant à un lycée un aumônier qui y dit la messe le dimanche qu'on atteindra le but. La religion doit être profondément gravée dans le cœur et dans la raison des élèves. Elle ne le sera jamais si le lycée n*a un esprit religieux, si les chefs n'y portent de la chaleur et du zèle. Or, deux ou trois lycées h peine offrent ce spectacle. De là cet éloignement des parents, que Ton attribue à des préjugés politiques; de là, la rareté des pensionnats payants ; de là le discrédit des lycées , et cette situation contrainte et incertaine qu'ils présentent. L'c^inion publique est unanime à cet égard. > »

On le voit, l'Empereur avait entendu connaître la vérité et il la connaissait en effet. C'est k ce moment (juillet ou août 1805), et sous l'influence des idées et des faits que nous venons de mettre en lumière, qu'il voulut donner corps et vie à Ja pensée dont il était en quelque sorte obsédé.

L'Empereur mande à Saint-Cloud Fourcroy et l'homme illustre à qui déjà, dans son esprit, était destiné le gouvernement de l'enseignement public, le président du Corps législatif, M. de Fontanes. Il leur expose ses vues, et dicte au premier ses instructions pour la rédaction d'un projet de décret.

M. Rendu avait recueilli les détails de cette entrevue de la bouche de M. de Fontanes, et ces détails étaient restés vivants dans sa mémoire. Je crois entendre encore mon père retraçant celte scène imposante : Jamais l'Empereur n'avait paru si grand à M. de Fontanes. « pendant deux heures, avait raconté le^ premier grand maître, cet homme, qui n'a pas eu d'égal sur4es

as*

\. Ce document, comme tous ceux que nous donnons dans la présente notice, est entièrement inédit.

ohHmps de bataille, a passe en revue avec une sûreté et une délicatesse admirables toutes les grandes questions d'ordre philosophique; tout s'est rencontré dans cette magnifique improvisation, depuis Dieu, les lois morales, les lois intellectuelles, les lois politiques, jusqu'aux anciennes corporations religieuses, à la question du célibat , au programme d'enseignement , au rôle des maîtres dVtudes; nous étions éblouis et charmés. L'Empereur ne m'est }>a8 seulement apparu ce joar-Ià comme un politique incomparable ; bien que grand politique, on plutôt parce que grand politique, il s*esl montré vrai chrétien! »

« L^Empereur, dans ce saisissant monologue, ajoutait M. de Fonlanes« changeait k chaque instant de ton ; tantôt calme, simple •I familier; tantôt — et alors il marchait à grands pas devantlio«$% TchI enflammé, et comme s'enivrant de sa propre parole — $'4)evanl au sublime par un trait imprévu, à la manière d'Homère 0l tU Bossuet« Il venait de parler de la nécessité de donner un lest )^ Tàme des jeunes gens par l'éducation : « Il faut, disail-il, me « faire des élèves quisachentêtre des hommes.... £t vous croyez, « $^écria>t-il tout à coup en élevant la voix, et comme s'adressant à « un adversaire invisible , vous croyez que l'homme peut être « homme s'il n'a pas Dieu ! Sur quel point d'appui posera-t-il son « levier pour soulever le monde , le monde de ses passions et de « ses fureurs? L'homme sans Dieu, je l'ai vu à l'œuvre depuis « 1793 ! Cet homme-là, on ne le gouverne pas, on le mitraille; de « cet homme-là, j'en ai assez! Ah! et c'est cet homme-là que vous m voudriez faire sortir de mes lycées? Non, non; pour former « l'homme qu'il nous faut, je me mettrai avec Dieu; car il s'agit « de créer, et vous n'avez pas encore trouvé le pouvoir créateur, « apparemment! »^v

S'il ne m'est ddnné de reproduire qu'un fragment saisi au vol de ce puissant discours , qu'il eût fallu conserver tout entier pour l'histoire, j'ai l'heureuse fortune de pouvoir faire connaître à ceux qui aiment à se donner le spectacle d'une grande institution se dégageant de la pensée d'un grand homme, ce qui, dans le monologue de l'Empereur, se rapportait directement à la question de l'enseignement; la parole du maiin^mapparaura plus dans le document qu'on va lire, pçrtée par le souffle de feu qui entraine et qui

renverse; ou y saisira du moins la pensée même dans son exprès* sion authentique. L'Université ne fait dater son avènement officiel et administratif que du 17 mars 1808; en réalité, elle naquit le jour où furent dictées les curieuses instructions dont le Rapport suivant à l'Empereur n'est qu'une fidèle reproduction.

Ce rapport, conservé par M. Rendu, se trouve d'ailleurs aux Archives impériales :

« Votre Majesté m'a ordonné de préparer et de lui soumettre pour l'époque à laquelle nous sommes arrivés, un travail sur l'établissement et l'organisation d'un corps enseignant.

« De toutes les questions politiques (ce sont les propres expressions de Votre «c Majesté), celle-ci est peut-être du premier ordre. 11 n'y aura pas d'état poc litique fixe, s'il n'y a pas un corps enseignant, avec des principes fixes. Tant « qu'on n'apprendra pas dès l'enfance , si l'on doit être républicain ou monarot chique, catholique ou irréligieux, etc., etc., l'État ne formera point une naa lion ; il reposera sur des bases incertaines et vagues ; il sera constamment a exposé aux désordres et aux changements. »

<K Outre les hautes considérations politiques qui appellent une pareille institution , l'établissement d'un corps enseignant est encpre le seul moyen de sauver l'instruction publique elle-même d'une ruine totale. Les débris des anciennes corporations ont suffi jusqu'à présent pour soutenir l'édifice. Mais ces ressources s'épuisent chaque jour; et si l'on trouve encore des maîtres capables, il est à craindre qu'il ne s'en rencontre bientôt plus. Presque toutes les places, dans les lycées et les écoles secondaires , sont occupées par des vieillards et des hommes qui touchent à la vieillesse, et l'on voit peu de jeunes gens qui se destinent à l'enseignement. Une corporation , telle que celle dont Votre Majesté a conçu la pensée et tracé le plan , peut donc seule régénérer l'instruction publique et en assurer la prospérité.

< La nécessité d'un corps enseignant une fois reconnue, il s'agit de savoir si ce corps ou cet ordre doit être une association religieuse, s'il doit faire vœu de chasteté, renoncer au monde, etc., etc. Votre Majesté a jugé elle-même qu'il n'y avait aucune connexité entre ces idées, a II y aurait, a-t-elle dit, un corps <K enseignant si tous les proviseurs, censeurs et professeurs de l'Empire avaient « un ou plusieurs chefs, comme les jésuites avaient un général, des provin- « ciaux; si Ton ne pouvait être professeur dans les hautes classes qu'après avoir « professé dans les basses; s'il y avait aussi dans la carrière de l'enseignement « un ordre progressif, qui entretînt l'émufetion, et qui montrât dans les diffé- « rentes époques de la vie un aliment et un but à l'espérance. On a senti, «lijoute Votre Majesté, l'importance de la corporation des jésuites; on ne tar> c derait pas à sentir l'importance du corps enseignant, lorsqu'on venrait un a homme d'abord élevé dans un lycée, appelé par ses talents, à enseigner à son « tour, avancer de grade en grade, se trouver, avant de finir sa carrière, dans oc les premiers rangs de l'État. »

c Si l'on jugeait qu'il fût important que les fonctionnaires et professeurs des lycées ne fussent pas mariés, on pourrait arriver à cet état de choses facilement et en peu de temps. Votre Majesté a dit à ce sujet : « Il faudrait qu'un a homme consacré à l'enseignement ne pût se marier qu'après avoir franchi « plusieurs degrés de sa carrière; que le mariage fût pour lui, comme pour « tous les hommes, un terme placé en perspective, où il ne pût atteindre qu'a-

a près avoir ssstrré sa considération et sa fortune par une place dom la rétrilm- « tion suffirait h le faire vivre comme chef de famille sans sortir de son état, a Ainsi j la condition de l'enseignement serait la même que celle des autres carc rières civiles. » Il serait peut-être difficile d'assigner à l'avance le degré où il faudrait qu'un homme consacré à l'enseignement fût parvenu pour être libre de se marier. Le meilleur moyen d'obvier à tous les inconyénients serait de faire une loi du célibat pour tous les membres du corps enseignant , excepté pour les professeurs des écoles spéciales et des lycées et pour les inspecteurs. Le mariage dans ces places ne présente aucun inconvénient. Mais les directeurs et maîtres d*études des collèges ne pourraient se marier sans renoncer à leurs places....

a Sans être lié par des vœux , le corps enseignant n'en serait pas moins religieux. Qu'il y ait pour les exercices de religion des règlements auxquels chacun soit astreint; que les places supérieures soient données de préférence à ceux qui joindront aux lumières et aux talents une conduite irréprochable, et la religion sera en ^honneur dans les établissements d'instruction publique....

« Le corps enseignant étant un , l'esprit qui l'animera sera nécessairement un , et sous ce rapport , le nouveau corps enseignant l'emportera de beaucoup sur les anciennes corporations. Dans les diverses congrégations , l'esprit national était toujours subordonné à Tesprit particulier du corps. Ici, l'esprit sera le même partout. Il sera à Turin tel qu'à Paris, à Bruxelles et à Mayence, tel qu'à Marseille et à Bordeaux ; il sera nécessairement français y c'est-à-dire que tous n'auront qu'un but, celui de former des sujets vertueux par principe de religion, utiles à l'État par leurs talents, attachés au gouvernement et à son auguste chef par amour et par devoir.

c Telles sont les vues générales, vues dictées par Votre Majesté, d'après lesquelles ont été conçues les dispositions du projet de décret que j'ai l'honneur, Sire , de vous soumettre. »

Ce projet de décret — projet de 1805, qu'on veuille bien ne pas oublier la date, — posait en principe que tous les établissements d'instruction publique étaient , dans toute l'étendue de l'Empire, confiés aux soins et soumis à la surveillance de l'Université.

L'Université avait pour chef un directeur général. U était créé un Conseil de F Université, « dans le but d'entourer le directeur général de plus de considération et de lumières^ et de donner au public la certitude que toutes les affaires importantes seraient traitées avec le soin et la maturité convenables. »

Ce qui doit être signalé dans le projet, c'est que l'Université était partagée en sept grandes divisions ou Universités, à la tête de chacune desquelles se trouvait un inspecteur général résidant au chef-lieu de la circonscription et en correspondance avec le directeur général.

Pour quelle raison le projet dont on vient de lire l'exposé des motifs ne fut -il point converti en décret? Il est facile de le deviner : rËmpereur introduisait dans le gouvernement de l'instruc-

tion publique un principe qui, de quelque manière qu'on le jugeât, était une innovation considérable; et qui, même dans les circonstance» exceptionnelles au milieu desquelles il faisait son avènement , devait provoquer le» objections les plus vives , je veux parler du droit exclusif de TÉtat. Un tel principe ne pouvait être consacré que par une loi.

Dès le commencement de Tannée 1806, au lendemain d'Ausierlitz et de la paix de Presbourg , TËmpereur charge le directeur de rin&tructicm publique de soutenir la discussion du projet porté au conseil d*Êtat. Cette discussion commence aux premiers jours de février et se prolonge jusqu'à la fin d'avril. Neuf rédactions sont succi'ssivemeiil essayées. Hais après ce labeur épineux, l'Empereur reconnaît qii'une loi en 140 articles, sur une matière si difficile, présentera quelque chose d'obscur et d'embarrassé; il décide qu'on ne soumettra au Corps législatif que le principe simple, net, et dégagé de ses applications, la création d'un corps enseignant sous le nom d'Université impériale.

Ainsi naquit la loi du 10 mai 1806 qui^ en fondant TUniversité, l'investit du droit exclusif d'enseignement dans tout l'Empire.

Le décret de 1808 ne fut que la mise en œuvre du principe consacré depuis deux ans déjà. Quand donc les adversaires de l'Université, s' acharnant contre l'œuvre de 1808, jettent l'anathème au décret qui , disent-Us, a escamoté la loi annoncée en 1806 , ils se prennent puérilement aux conséquences, sans remarquer que, ces conséquences eussent-elles été supprimées , le principe n'en subsistait pas moins, consacré qu'il était dans une Im.

Qu'on ait redouté ce principe, qu'on ait cherché au moment oti il allait prendre possession des faits , à en empêcher la prédominance absolue , aaeurément , nous le comprenons ; et aujourd'hui qu'ayant abandonné une portion vulnérable, fière à bon titre d'ulie' force qui n'a point pour condition la faiblesse d'autrut, rUftiver»ité multiplie ses triomphes sur le terrain d'une concurrence librement soutenue, il est permis, sans danger pour elle, de faire connaître les objections que de graves esprits soulevèrent , avant la loi de 1806, contre le droit excltmf dont TËtat allait être investi. L'Université, plus puissante que jamais au milieu du libre développement des institutîens privées et des associations ensei-

gnantes » peut se donner la satisfaction d'examiner, dans un retour impartial sur sa propre histoire, si et dans quelle mesure les craintes que faisait naître pour elle la perspective de l'exercice du pouvoir absolu ont pu être, à certains moments, justifiées.

Deux hommes considérables furent invités par l'Empereur à donner leur avis sur le projet préparé par Fourcroy : Portails et le ministre de l'intérieur, M. de Champagny. Portalis n'hésita pas à faire une opposition très-franche au principe du projet. IL se fit l'avocat des droits du père et l'adversaire déclaré du pouvoir exclusif de l'État. « Les mêmes principes, dit-il dans une note à l'Empereur, qui autorisent les pères à faire élever leurs enfants dans leurs propres maisons garantissent à tous les pères le droit naturel de confier leurs enfants à tels instituteurs que bon leur semble. » Et il attaqua sans ménagement « un système qui ne tendrait k rien moins qu'à détruire sur un objet aussi délicat, les droits sacrés de la paternité. »

M. de Champagny se plaça, non au point de vue du droite mais au point de vue de Vutilité : « Convient-il, demanda le ministre, d'avoir un corps enseignant unique, une corporation exclusive, surtout lorsqu'elle doit tenir dans sa dépendance tous les degrés inférieurs de l'enseignement et jusqu'aux établissements privés ? Un tel corps n'acquerrait-il pas un jour une puissance morale et politique dans l'Ëtat, qui le rendrait presque maître de l'opinion , dominateur de toutes les familles ? Avec une telle force, devenu si nécessaire, ne pourrait-il devenir indépendant? L'unité du corps enseignant ne le conduirait-elle pas à une sorte de despotisme dans l'enseignement? Jaloux de ses maximes, de ses usages, esclave de ses préjugés , comme tous les corps , n'éloignerait-il pas toutes les améliorations qui ne seraient point sorties de son sein ? Assuré de ses privilèges , n'étoufferait-il pas un jour l'émulation? Ne deviendrait-il pas peut-être un obstacle aux progrès des luniières, au lieu de provoquer leur développement? Rappelons-nôus combien nos corps enseignants ont repoussé avec obstination les idées de Descartes, les découvertes de Locke, les nouvelles connaissances de la physique et de la chimie. Trois ou quatre grandes universités rivales, ou plutôt émules, ne s'exciteraient-elles pas mutuellement? N'auraient-elles pas une carrière plus vaste et

plus libre? En tendant au même but, n'offriraient-elles pas moins d'inconvénients et plus d'avantages? »

La note qu'on vient de lire fut communiquée par l'Empereur au président du Corps législatif, a Fontanes , que pensez-vous de cela? — Sire, répondit le futur grand maître, si nous avions h « agir sur une société homogène et vivant de ses 'traditions an«c ciennes, je dirais : Ces objections sont invincibles. Mais au len- « demain d'une révolution, au sortir de l'anarchie, et en présence c de partis hostiles, il faut dans l'enseignement comme en toutes « choses, l'unité de vues et de gouvernement. La France a besoin, « pour un temps du moins, d'une seule Université , et l'Université «d'un seul chef. — C'est cela, répliqua l'Empereur, vous m'avez « compris 1 »

Après l'adoption de la loi en trois articles, du 10 mai 1806, l'Empereur revit lui-même, et compara tous les projets diversement amendés par la discussion, et donna de nouvelles instructions à Fourcroy pour le décret qui devait en régler l'application.

La discussion fut reprise au conseil d'État (fin de mai 1806), et le projet adopté dans la séance du 4 juillet.

C'est ce projet que l'Empereur laissa dormir pour des raisons dont la nature ne nous est pas connue, et qui, mis en œuvre trois ans après avoir été conçu, porte la date célèbre du 17 mars 1808.

M. de Foiltaiies et M. Rendu. ^Garactère de lUniversité impériale. — RAIe de Vélêment religieox, — Le clergé ▼i»-è-vi8 de l'Universilé, — Circulaire aux évéqnes. — Réponses de ceuxH:i. — L'abbé Émery.—L'ultramontanisme elle cardinal de Bausset.

La mission que M. de Fontanes avait attribuée k $on jeune ami dans la direction du Mercure, la confiance et raffection du premier grand maître allaient la renouveler, pour, lui, dt^ns TëlaboratioD de Tœuvre capitale qu'il s'agissait de constituer. La note par laquelle Ambroise Rendu fut présenté à TEmpereur (conjointement avec M. de Mussy) pour le poste d'inspecteur général, indique le caractère de cette mission. En 1808 comme en 1800, Ambroise Rendu allait être pour M. de Fontanes un véritable lieutenant,

a M. Rendu, porte la note, appartient h Tune de ces familles tous les jours plus rares, où s'est conservée l'ancienne simplicité des vertus domestiques ; avocat consultant avec MM. Delamalle et Poirier; auteur de la traduction de la Vie d'Agricola et de plusieurs autres ouvrages utiles à l'instruction, auxquels il a eu la modestie de ne pas mettre son nom. Il faut nécessairement que, dans le nombre des inspecteurs généraux, j'aie quelques hommes à qui je puisse donner mon intime confiance, et qui soient les dépositaires de mes intentions les plus secrètes. Je regarde M. Rendu, ainsi que M. Gueneau de Mussy, comme mes principaux adjoints. Nul ne mérite plus qu'eux mon estime et mon affection. Ils sont, en quelque sorte, les yeux et les bras dont j'ai besoin pour voir et remuer la grande machine que vous me confiez. »

En effet, à partir du 17 mars 1808, avant et après sa nomination d'inspecteur général ^ et de conseiller ordinaire ', M. Rendu, à part

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