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la charge de sa mère impotente ; voilà encore qui était peu brillant, — et il guidait ses deux sœurs, jolies et méritantes, disait-on, mais qui n'avaient pas de dot et travaillaient pour vivre, — en un mot le comble de l'inélégance.
Maximin, âgé do vingt-huit ans, était un brun svelte, au large front pensant, au visage mat, à la fois doux et vibrant. Malgré sa mise correcte, échappant à toute critique, il n'avait pas l'apparence avantageuse et conquérante : il doutait de lui-même, de son talent, de son avenir.
Cette fois, il se produisait dans ce monde avec gêne, car lui, l'artiste sans défaillance, jusqu'alors rebella à toute compromission ambitieuse ou mercantile, lui, l'intransigeant poète, il venait chez madame de Monjanin, — comme les autres visiteurs, — pour la chance du mariage opulent.
Il avait cédé aux sollicitations d'un caniarade mondain, (pii lui avait fait entrevoir l'occasion subsidiaire d'assurer le bien-être de sa nu^e, d'établir convenablement ses sœurs.
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A vrai dire, il tentait cette démarche sans conviction, pour s'aguerrir ; certainement une seule visite suffirait à le classer parmi les refusés sans espoir.
Il ne connaissait pas madame de Monjanin, ne pensait pas qu'elle dût l'enchanter, ni qu'il fût appelé à lui donner le bonheur.
Dès l'échange des salutatioJis, Muximin fut étonné : madame de Monjanin avait grand air sans arrogance, aucun indice ne révélait ni la pose, ni l'aiTabilité apprêtée. La conversation faisait ressortir naturellement sa pensée juste, pleine de finesse et d'indulgence.
Et voilà que, d'instant en instant, le poète, à })eine capable de ({uolques gauches reparties, découvrait des perfections qui augmentaienl son trouble.
Madame de Monjanin, glorieusement blonde, avait les traits purs d'une Minerve, lo nez droit, les sourcils arqués, les yeux limpides. Sa façon candide et majestueuse d'abaisser les paupières prouvait qu'aucune imagination laide n'avait
accès en elle, et tenait à distance les trop audacieux courtisans.
Cette souveraineté de déesse devait inspirer à tout vrai poète une sorte de crainte sacrée et l'admiration la plus fervente, la plus exaltée... En effet, Maximin fut conquis dès la première réception.
Par un curieux phénomène, en même temps qu'il oubliait ses projets intéressés, la dot, les avantages matériels de toute espèce, — il fut irrésistiblement entraîné à des visites assidues.
— Je croyais que vous ne deviez plus revenir et qu'au bout d'une séance vous en auriez assez ? disait avec ironie son introducteur.
Le j)lus cruel accident fut que la haute et craintive et dévote passion du poète devint absolument visible !
Alors que les autres mondains savaient parader et faire mille grâces tout en observant une tenue impénétrable, — le malheureux Maximin livrait son secret par ses moindres paroles, par son silence môme. Plus il s'appli-
quait à être impassible, plus sa ferveur apparaissait. Car il ne pouvait pas empêcher le trouble et l'extase de posséder son visage, ni do changer sa voix ; chacun de ses gestes, jusqu'à sa manière de prendre un siège dans le salon, révélait l'amoureux éperdu.
Ah ! ces messieurs avaient eu bien raison do formuler quelque dédain à l'apparition du poète ; on n'avait pas idée d'une pareille inciviUté.
Bien entendu, madame de Monjanin était censée ne faire aucune distinction entre ses fidèles visiteurs et ne rien remarquer de particulier, pas plus chez Maximin que chez les autres. Quoiqu'il lui en coûtât, peut-être, elle gardait une attitude impartiale.
Mais voilà que Maximin fut prié par le vieux diplomate de lire le recueil de contes. Cette demande d'arbitrage, adressée à un professeur de belles-lettres, devait moins que jamais éveiller les soupçons.
Or, le rusé plénipotentiaire avait compté sans
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lu luurvcilleuse diviiiutioii des aiuuiiroux cl des poètes, que le plus habile protocole ne saurait dérouter. Maximin ne broncha pas, mais il perçut ininicdiatement, et avec la plus formelle certitude, qu'il s'agissait d'une épreuve décisive pour son amour.
Cette enquête lui parut légitime et sagement conçue ; il en interpréta la portée à son propre point de vue :
— Pour savoir quel homme est un artiste, il ne faut pas s'en tenir à sa seule production, où la sincérité même ne va pas sans oripeaux ; il est bon de le juger sur ce qu'il ])cnse de l'œuvre d'autrui ; là, en effet, il se découvie complètement.
Le i)remier mouvement de Maximin fut lum joie sans l)ornes : n'avoir pas semblé indigne, quelle chance délirante ! Certes, il n'osait voir, dans réj)reuve offerte, la nuircfue d'une disposition favorable, mais seulement le signe d'une attention indulgente et il se contentait de cet inunenso bonlieur. On ne lui inlcrdisuit jkis une lointaine, une impcrcej)tible espérance !
Le» sursauts de sa passion l'emportaient malgré lui. H était :iûr, absohinuMit sûr de Tour-