‹ M. Augustin ThierryChapitre 103 sur 206 · LIVRE TI. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE TI. — CHAPITRE II

royal qu'il représente, ni même par le pouvoir religieux qui l'accompagne dans la personne de l'évèque. Il invite les principaux citoyens de Marseille à se ranger autour de lui : et c'est entouré d'eux et au milieu des bannières des divers puissances de la cité qu'il pénètre dans la ville encore tout émue (1). Il y avait là une force capable de mettre un frein aux colères du roi Gontran et d'imposer des délais à son ressentiment. Ce roi n'ose en effet s'assurer de la personne de l'évêque, et il attend l'occasion de le saisir en dehors des murs. Ainsi la puissance des rois mérovingiens, qui ne reconnaissait que des limites de fait, en trouvait en réalité d'assez nombreuses. Il ne lui fallait pas seulement ménager les grands et leur esprit turbulent. Les cités avaient assez d'importance pour être respectées et faire redouter leur mécontentem.ent. En dehors même de la protection de l'Eglise toujours étendue sur les faibles, il y avait donc comme une pondération de pouvoirs qui, pour n'être pas réglementée ni transformée en texte de loi, n'en était pas moins efficace. Sans doute, la violence et l'injustice se faisaient souvent passage dans le monde; les barrières destinées à protéger la faiblesse couvraient les plus énormes attentats : le magnifique droit d'asile qu'exerçait l'Eglise, constituait des refuges ouverts aux crimi-

(1) « Diversis honorum vexillis. » S. Greg. loc. cit.

nels. La division des royaumes et leurs enclaves donnaient la facilité d'échapper promptement aux atteintes delà colère des rois. Les criminels en pouvaient user comme les innocents; Leudaste et Gontran-Boson, par exemple, surent bien en profiter. Les querelles entre les rois et les rivalités des grands ne contribuaient pas seules à fomenter les désordres : les cités entreprenaient des guerres entre elles. A la mort de Chilpéric, les Dunois, les Orléanais et les Blaisois s'armèrent les uns contre les autres, envahirent tour à tour leurs territoires et les ravagèrent. Une autorité supérieure intervint : les comtes, malgré la mort récente du roi, eurent le pouvoir d'arrêter ces tumultes, et ils condamnèrent le parti qui le premier avait pris les armes à payer l'amende (1). On sait que, selon l'usage des Francs, tous les crimes s'acquittaient à prix d'argent : on appelait cela composer. La loi salique n'est autre chose que la fixation du taux des diverses compositions.

Ainsi tous les faits qui attestent les violences de cette époque, attestent aussi la présence d'une autorité cherchant à les comprimer. Cette autorité, souvent impuissante, survivait à la mort du roi, agissait à divers degrés et pénétrait partout. Les comtes apaisaient les difficultés qui s'élevaient entre les cités ; et les habitants des cités et des bourgs

(1) S. Greg. Lib. XII, c. II.

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