‹ M. Augustin ThierryChapitre 109 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

Childcbert le congédia. Comme il sortait, deux portiers le saisirent par les pieds. Il tomba sur les marches du seuil, au Irayers de la porte, la moitié du corps hors de rapparlenicnt. Des hommes apostés se précipitèrent sur lui et le massacrèrent à la porte même de la chambre royale. On jeta son corps par la fenêtre, en laissant à ses amis le soin de l'ensevelir. Pendant ce temps sa femme était à Soissons. Toute couverte de pierres précieuses et dans la plus riche parure, accompagnée d'une grande troupe de serviteurs, elle s'en allait à cheval entendre la messe à l'église de Saint-Crépin et de Saint-Crépinien : on était au jour de la fête de ces saints rrjartyrs. Sur la place, elle rencontra un des serviteurs de son mari. Aussitôt après la mort de ce dernier, cet homme était parti en toute hâte pour apporter la nouvelle de ce qui s'était passé. A ce récit, cette femme, au désespoir, revint sur ses pas en déchimtses vêtements et arrachant les joyaux qui la couvraient; elle s'enfuit à l'église de Saint-Médard, heureuse de trouver un asile sous la protection du grand évêque. L'histoire ne nous dit pas que Childebert ait cherché à la faire sortir. Ce roi était respectueux devant le droit de l'Eglise ; il le prouva à l'occasion de personnages qui lui étaient plus importants que la femme de Rauching. Les amis de ce dernier se retirèrent dans une place forte, et il fallut envoyer une armée pour les réduire. Ce dernier

fait est pour faire comprendre la nécessité où se trouvait la justice royale de recourir et de se plier à tous les procédés pour avoir sa place au milieu du monde et assurer le respect de ses arrêts. Personne au VI* siècle ne songeait à nier la légitimité d'exécutions pareilles à celles de Rauching et de Magnowald ; et lorsque la sentence royale revêtait des formes plus en harmonie avec nos idées actuelles de justice et de jugement, il ne fallait pas moins, pour en assurer l'exécution , recourir à des surprises et à des luttes, qui excluent dans nos idées modernes la pensée d'une condamnation et d'une expiation.

Nous avons déjà plusieurs fois nommé Gontran- Boson. Plein de vanité et d'ambition, rongé d'avarice, avide du bien d'autrui, donnant sa foi à tout le monde, ne la gardant à personne, il a été mêlé à toutes les intrigues de cette époque et avait, surtout pendant la minorité de Childebert, tenu un grand rôle parmi ces nobles arrogants qui, sous prétexte d'exercer la tutelle du jeune roi, ne voulaient qu'abaisser la puissance royale et secouer le joug qu'elle pouvait imposer à leur indépendance. Les intrigues, les forfaits, les outrages dont il avait poursuivi Brunebaut, l'avaient rendu odieux à cette reine et dangereux à la royauté. Les ressources d'un esprit subtil et la confiance dans sa propre sagacité qui, à l'aide de parjures et de trahisons, l'avaient si

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