‹ M. Augustin ThierryChapitre 110 sur 206 · LIVRE II.— CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE II.— CHAPITRE

souvent tiré d'embarras dans des circonstances difficiles, donnèrent à Contran l'audace de croire qu'il pourrait encore^ pour cette fois, détourner l'orage qui le menaçait : espérant en imposer au jeune roi et reconnaissant la légitimité de sa puissance, il s'adressa aux évoques et aux grands d'Austrasie, les priant d'obtenir son pardon. Mais le roi ordonna de le poursuivre et de le tuer. Gontran se réfugia alors dans une des églises de Verdun et implora l'intervention d'Agéric, évêque de celte ville. Agéric était parrain de Childebert qui, dit l'historien, ne pouvait rien refuser de ses demandes. La parenté spirituelle constituait alors des droits et imposait des devoirs dont personne n'eût songé à s'affranchir.

Childebert consentit à arrêter les poursuites à condition que Gontran-Boson donnerait caution de se présenter devant le roi Gontran, au jugement duquel Childebert voulait se conformer entièrement. Boson, sans armes et les mains enchaînées, fut conduit par l'évêque en présence du roi ; il s'agenouilla devant lui :

• — «Je t'ai offensé, toiettamère, dit-il, en résistant à vos ordres et en agissant contre votre volonté et contre l'intérêt jmblic, je vous prie de me pardonner tout le mal que j'ai fait. »

Le roi lui ordonna de se relever, et le remettant entre les mains d'Agéric :

— « Qu'il demeure en ta puissance, saint évêque,

jusqu'au jour où il comparaîtra devant le roi Gon- Iran (1). »

Ce jour arrivé, Childebert s'était rendu auprès de son oncle, accompagné de sa mère, de sa femme et de toute la cour, au milieu de laquelle était l'évêque de Trêves, Magnéric. Gontran-Boson vint aussi ; mais l'évêque de Yerdun, qui s'était porté sa caution, ne l'accompagna pas. Cela avait été réglé ainsi d'avance afin que si le coupable était jugé digne de mort, révoque ne pût solliciter son pardon. Les rois réunis trouvèrent Gontran-Boson coupable de diverses trahisons et le condamnèrent à mort. A cette nouvelle, Boson court à la maison de l'évêque Magnéric, en éloigne les clercs et les serviteurs, en ferme les portes, puis dit à l'évêque :

— « Tu es en grand honneur auprès des rois, très-saint évêque, et je me suis réfugié auprès de toi pour échapper à la mort. Mes bourreaux sont à la porte ; mais si tu ne trouves moyen de me sauver, tiens-toi pour averti que je te tue avant de sortir d'ici et d'être tué moi-même. Sois-en persuadé : nous mourrons du même coup, ou nous nous sauverons ensemble. 0 saint évêque, ajoutait-il, tu es le père spirituel du fils du roi, il t'accordera tout ce que tu solliciteras ; crois bien qu'il ne refusera rien à ta sainteté. Obtiens donc mon pardon, sinon mourons. »

(I) S. Greg.,Lib. IX, c. viii.

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