LIVRE II. — CHAPITRE II
Eu parlant ainsi, il tirait son épée.
— « Eli ! que puis-je faire si tu me retiens ici, lui dit révêque. J'implorerais volontiers pour toi la miséricorde du roi ; peut-être aura-t-il en effet pitié de toi, mais laisse-moi sortir.
— Non pas, reprit Boson, non pas, envoie tes abbés et tes hommes de confiance : ils expliqueront aux rois ce que je te dis. »
Cependant on ne raconta pas à Childebert les choses telles qu'elles étaient, on lui dit seulement que Boson était protégé parl'évèque. Le roi s'écria:
— « Eh bien ! si l'évêque ne veut pas sortir qu'il périsse avec le coupable ! »
L'évêque envoya de nouveaux messagers pour exposer toute la vérité ; mais le roi Contran, dont nous avons déjà signalé toute la fougue, irrité de ces obstacles et persuadé sans doute de la nécessité de faire prompte justice, ne voulut rien entendre et ordonna de mettre le feu à la maison.
— « Tant pis pour l'évêque, disait-il, il mourra s'il ne peut sortir !»
Les clercs effrayés parvinrent à briser les portes et à faire sortir l'évêque. Resté seul, Boson se voyant entouré par les flammes, ceignit son épée et voulut essayer de se frayer un passage ; à peine eut-il paru sur le seuil de la porte qu'un javelot l'atteignit au front. Il voulut en vain brandir son épée ; une grêle de traits tomba sur lui et le perça de toutes parts ;
son corps demeura debout appuyé sur les glaives dont il était hérissé. On tua ceux qui étaient avec lui. Ils restèrent tous ensemble exposés au milieu des champs, et on obtint à grand'peine des rois la permission de les ensevehr. La femme et les enfants de Boson furent envoyés en exil ; ses biens, qui étaient considérables, furent confisqués (1).
Ces luttes, ces ruses, ces morts répugnent à nos mœurs ; les condamnations sont prononcées aujourd'hui sous d'autres formes, et les exécutions revêtent d'autres appareils. Mais tous ces faits devraient faire comprendre l'énergie de la résistance que la royauté avait à vaincre ; et il faut les rapprocher aussi de l'obligation où étaient les rois, au dire de Chrodin, de réprimer les actions mauvaises sous peine des châtiments de l'enfer. Cette pensée d'un devoir impérieux expliquerait peut-être les paroles du roi Gontran, ne reculant pas devant l'alternative de frapper un innocent, pourvu qu'il atteigne le coupable. Il est vrai que ce roi, dont nous avons déjà exposé la charité et le respect pour l'Eglise, pouvait supposer, comme il arriva en effet, que sa rigueur même donnerait à l'évêque de Trêves plus de facilité pour s'échapper. Il pouvait craindre en outre quelque connivence, soit de complot, soit même d'artifice charitable pour arracher lecoupalîle àla justice.
(1) S. Greg., Lib. IX, c. x.