LIVRE II.— CHAPITRE
Car, sans y avoir pris la même part qu'Egidius de Reims, plus d'un évêque était entré dans les projets des grands d'AusIrasie.
11 ne faut pas insister davantage sur cette parole de Gontran ; on pourra la mettre sur le compte de la barbarie de l'époque, ou la croire motivée par quelque circonstance que saint Grégoire n'a pas relevée ; on pourra même s'en indigner à son aise ; mais dans toutes ces anecdotes, la manière dont procède Childebert comporte tout à la fois une conscience du droit royal et indique une véritable administration politique et administrative. Les soumissions de Gontran-Bozon et ses prières accusent nettement le droit : les ordres expédiés au même instant dans toutes les directions et les moyens publics de transport mis à la disposition des envoyés du roi (qu'on entende, par ce mot, des chevaux ou des chars), témoignent de toute une organisation administrative. Le nom seul de Brunehaut, d'ailleurs, rappelle la pensée de communications ouvertes et entretenues entre les diverses contrées de son royaume, de roules construites ou réparées, c'est-à-dire de grandes facilités données au commerce. Car il ne faut pas croire que dans ces temps, au milieu des tumultes, des meurtres et des violences dont nous avons cité des exemples, la vie des peuples fut tout à fait suspendue ; une certaine prospérité matérielle ressort même du texte des
historiens, et elle apparaît plus réelle que l'on ne pourrait croire au premier abord.
La puissance des villes et des cités est attestée par les armements qu'elles faisaient ; sans s'arrêter sur ce témoignage des guerres^ on peut démêler àam les récits de saint Grégoire d'autres traces de la civilisation de cette époque. La description de Dijon, par exemple, indique évidemment une certaine splendeur. Ce n'était pas une ville épiscopale ; elle n'avait pas le titre de cité. C'était une simple place forte, entourée de solides murailles, au milieu d'une plaine agréable et fertile, dont les terres, dit saint Grégoire, n'avaient besoin d'être travaillées qu'une seule fois pour donner d'abondantes moissons. Cette remarque est une preuve de l'usage où on était déjà dans la pîus grande partie des Gaules de donner plusieurs façons à la terre. L'historien continue sa description de la ville. Au midi coule une rivière très-poissonneuse : c'est l'Ouche. Du nord en vient une seconde plus petite : c'est le Suzon, qui, entrant par une porte, passe sous un pont et sort par une porte opposée. Le Suzon baigne de ses eaux tranquilles les pieds du rempart, et, s'échappant ensuite avec violence, fait, aux portes mêmes de la ville, tourner avec une rapidité merveilleuse, un grand nombre de moulins. Quatre entrées, tournées vers les quatre points cardinaux, donnent accès dans l'enceinte des murailles. Ces murailles, flanquées de trente-trois