‹ M. Augustin ThierryChapitre 113 sur 206 · LIVRR II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRR II. — CHAPITRE II

[ours, ont trente pieds de haut et sont larges de quinze ; elles sont, pour la majeure partie, construites en pierres larges et carrées. Les environs possèdent des sources précieuses et salutaires ; cl, pour terminer cette description par ce qui fait encore la richesse de celte contrée, du côté de l'occident, sont des coteaux fertiles couverts de vignes, et produisant un vin si généreux que les habitants dédaignent les vins étrangers (I).

Est-ce une illusion de voir dans ces culture?, ces moulins, ces vignes et ces vins étrangers même les symptômes de quelque prospérité ? Au milieu des désordres et de la violence, il fallait donc qu'il y eût encore quelque chose d'assez stable et d'assez fort pour donner aux intérêts privés certaines garanties. Tout commerce n'était pas détruit. Il offrait des difficultés inconnues de nos jours, il existait néanmoins. Les marchands de Tours se rendaient à Orléans pour l'arrivage des vins (2). La guerre et les armes n'étaient pas les seuls moyens d'acquérir la richesse. Un Franc nommé Samon, accompagné de plusieurs autres négociants, élait allé faire du commerce dans le pays des Esclavons. La guerre n'était pas pour lui sans attraits, et négligeant sans doute un peu le négoce, il rendit dans les combats

H) s. Greg., Lib. III, c. xix.

(2) S. Gr(?goire.

de si grands services aux Esclavons, que ceux-ci rélurent pour roi. Il vécut alors au milieu d'eux et à leur mode, prit douze femmes et eut vingt-deux fils et quinze filles (1).

Des négoces terminés par de pareils inventaires, devaient être assez aventureux. Il faudrait les comparer au trafic des pelleteries qui a lieu aujourd'hui avec les peuplades de l'Amérique du Nord. Mais il y a des exemples qui se rapportent mieux aux allures d'un peuple civilisé, où l'on voit les particuliers trouver l'espérance de leur fortune et les villes une source de prospérités dans des affaires commerciales. Au temps du roi Thierry^ Verdun avait supporté de grands désastres, et l'évêque Désiré, après avoir éprouvé bien des outrages, avait été envoyé en exil. Quand Thierry fut mort, et Désiré rendu à sa ville, l'évêque s'affligeait de la détresse de ses ouailles sans pouvoir alléger leur misère. Il eut recours au roi Théodebert, dont la générosité et la bienfaisance étaient déjà célèbres.

— « Il est partout question, lui disait l'évêque, de ta bonté ; et ta générosité est si grande que tu viens au secours même de ceux qui ne te demandent rien. Si ta charité pouvait disposer de quelque somme, je te prie de nous en accommoder ; nous en soulagerions nos concitoyens, et lorsqu'en faisant le commerce ils

(1) Fredeg., Chron., c. XLViii.

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