LIVRE II.— CHAPITRE II
auront rélabli les affaires dans notre ville, nous te rembourserons ton argent avec les intérêts. »
Le roi lui remit sept mille pièces d'or ; l'évèque les partagea aux habitants de Verdun. Ceux-ci s'appliquèrent au commerce , s'y enrichirent ; et ils sont aujourd'hui en grande considération, dit l'historien. Lorsque Désiré rapporta au roi l'argent qu'on lui devait :
— « Je n'ai pas besoin de le reprendre, dit Théodebert, c'est assez pour moi d'avoir employé mes richesses à relever par une aumône ceux que la misère accablait (1). »
La royauté mérovingienne ne fut donc pas seulement un instrument de dévastation. Elle savait relever lasplendeur des villes, favoriser et aider le commerce. La protection des intérêts du commerce était naturellement dévolue aux officiers du roi ; dans une anecdote qu'il faut citer encore parce qu'elle témoigne des lointaines relations commerciales que conservaient les villes sous la domination franque, on voit que cette protection était exercée avec une àpreté, dont nous avons déjà montré bien d^s exemples et qui ne connaissait point d'obstacles.
Sous le règne du roi Sigebert, des vaisseaux venus d'outre-mer avaient débarqué au port de Marseille des huiles et d'autres liqueurs (2). Des hommes de
(1) S.Grég.,Lib. III, c. xxxiv.
(2) « Transmarinis... olei liquaminisque », Lib. IV, c XLiv.
17i M. AUGUSTIN THIERUy.
l'archidiacre Yigile, à l'insu de leur maître, en dérobèrent soixante-dix jarres. Le négociant, au détriment de qui ce larcin avait été commis (rhislorien ne nous dit pas s'il était Marseillais ou étranger), le négociant s'enquit avec diligence des auteurs de ce vol. 11 apprit bientôt que c'étaient des gens de l'archidiacre. Il se plaignit à Vigile qui, prenant aussi ses informations, reconnut la justice de la plainte, mais, dit l'historien, ne voulut pas avouer la culpabilité de ses hommes et chercha à les justifier et à les défendre.
— « Personne chez moi, disait-il, n'est capable d'une pareille action, w
Le négociant, sans se contenter des dénégations de l'archidiacre, alla trouver le gouverneur nommé par le roi Sigebert, lui exposa l'affaire et accusa Yigile de complicité. On était aux fêtes de Noël, et ce saint jour même, au moment où l'archidiacre, entouré de tout le clergé revêtu d'aubes et portant les encensoirs, allait aux portes de l'église pour recevoir l'évêque et le conduire à l'autel où il devait officier ; le gouverneur, il se nommait Albin, sort de sa place, s'avance vers l'archidiacre, le saisit au milieu des clercs, le pousse, le frappe, et le fait conduire en prison. Rien ne fléchit le gouverneur. Ni l'évêque, ni les citoyens les plus relevés par leur naissance, ni la clameur de tout le peuple ne purent obtenir que l'archidiacre, après avoir donné caution, célébrât