LIVRE H. — CHAPITRE
morale consacrée par le christianisme (1); Arius qui niait là divinité de Notre-Seigneur, Pelage qui niait l'intervention de la grâce, sont des interprèles aussi véridiques et des docteurs plus respectables de l'enseignement divin que saint Atlianase ou saint Augustin. M. Thierry a été conduit à ces axiomes absurdes par l'esprit d'opposition dont il s'est toujours nourri et qui s'est amalgamé chez lui avec un esprit de système étroit et exclusif. 11 s'était piqué, en s'établissant l'historien des races vaincues, de trouver une application généreuse à sa manie d'opposition : si les sympathies, qui accueillirent son entreprise, n'étaient pas pour prouver que toute défaite fut une injustice et toute victoire un scandale, elles témoignaient au moins de la générosité des âmes à compatir au malheur, même quand il est mérité. Sans vouloir en effet honorer le succès en toutes circonstances, on peut dire, d'après les enseignements de l'histoire comme en présence des catastrophes de nos jours, qu'il y a peu de ruines qui ne soient motivées ; il est rare que les races vaincues ne soient pas des races coupables.
M. Thierry ne voulait pas adinettre de tels raisonnements : le malheur de l'innocence est un moyen trop dramatique pour qu'il consentît jamais à y renoncer : encouragé par le succès, il essaya
(I) Hist. de la conq. d'Angl. Inlrod., p. 22. L'édition corrigée a supprimé ces diverses imperlineuces.
de le mettre en œuvre dans les questions religieuses. Il chercha à éveiller les sympathies en fdveur de l'hérésie et du schifme, parce qu'ils avaient été vaincus : au lieu de reconnaître dans leur défaite une preuve de leur fausseté, il prétendit y trouver une raison d'intérêt et de bienveillance. Il ne se doute pas que la vérité doive être respectée surtout en tels sujets ; les événements de l'histoire n'ont pas à ses yeux d'autre but ni d'autre raison d'être que de fournir à l'historien matière à de terribles ou charmants récits. Il avoue qu'il éprouve pour les différentes églises nationales que u l'Eglise romaine ap- « pelle hérétiques ou schismatiques, le même genre « d'intérêt et de sympathie que pour les nations (( vaincues : comme ces nations, elles ont succombé, « ajoute-t-il, sans qu'il existât aucun droit contre «elles; et l'indépendance qu'elles revendiquaient « pour leur doctrine et leur gouvernement, était « une partie de cette liberté morale consacrée par « le christianisme (1). »
L'esprit armé de la sorte et ainsi protégé contre le rayonnement de la vérité, il n'est pas étonnant que M. Thierry n'ait absolument rien compris aux merveilleux événements qui donnèrent à Clovis l'empire des Gaules.
Dans cette Gaule romaine et catholique, trois
(4) Hist. de la conquête d'Angl., Introd., p. 22.