‹ M. Augustin ThierryChapitre 119 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

peuples Barbares se trouvaient eu présence à la fin du V* siècle : les Bourguignons, les Yisigoths et les Francs. Les derniers étaient païens : les deux autres professaient l'abominable hérésie d'Arius. M. Thierry ne comprend pas l'horreur que les propositions blasphématoires d'Arius pouvaient inspirer aux catholiques; il trouve qu'il eût été naturel que les Gaules entières fussent tombées sous la domination d'un des deux peuples ariens. Il ne nie pas que ce soient les évêques qui en aient disposé autrement ; mais il prétend qu'ils se sont conduits en cette circonstance uniquement par un étroit fanatisme, pour ce qu'il appelle avec mépris les doctrines de Rome, et qu'ils ont agi contre l'intérêt et la politique des populations gallo-romaines. Pour mieux établir la vérité de cet intérêt et de cette politique, il trace un tableau aussi aimable que possible des deux peuples ariens : leur établissement dans les Gaules, dit-il, n'avait pas eu lieu sans violence ni sans ravages, mais l'amour du repos et un certain esprit de justice, qui les distinguaient entre tous les Germains, avaient promptement adouci leurs mœurs : ils se laissaient gagner aux mœurs romaines (1) ; ils étaient chrétiens, etc. — Le Bourguignon, que Sidoine Apollinaire repré-

\\) Hist. de la conquête d'Angl , t. I, p. 56, etc. L'édition corrigée (p. 40 et suiv ) modifie un peu ces peintures du Goth et du Bourguignon et indique les raisons qui rendaient odieuse leur domination. — Lelt. sur L'hist. de Fr., p. 95 et suiv.

sente frottant sa chevelure de beurre rance, se civilise sous la plume de ^^\. Thierry ; et l'horrible Gotli, odieux même aux populations Barbares, devient presque attrayant. Nous avons vu que pour dépeindre les Francs notre auteur emploie les procédés contraires. Ainsi il néglige tout ce qui indique quelque civilisation chez eux ou quelque culture et il retranche tout ce qui marque l'injustice, la violence et la barbarie des ariens. Leur ruine n'a dans son esprit ni motif, ni raison. Les succès des Francs sont le résultat d'un hasard et de l'ambition des évéques. Ces évêques, avaient illégalement acquis dans les Gaules une autorité exorbitante (1). M. Guizot s'est chargé de réfuter cette proposition (2), et il a déduit les raisons naturelles et légitimes qui mirent le pouvoir entre les mains de ceux qui subvenaient à peu près à tous les besoins des peuples, soutenaient les charges publiques, veillaient à la défense des villes et relevaient, contre les entreprises des Barbares, le courage des Gallo -Romains abandonnés de l'empire (3).

Dès le troisième siècle, on avait vu S. Didier,

(1) Hist. de la conquête (TAnglet., t. I, p. 58.

(2) M. Thierry ne Ta pas fait disparaître enlièremenl de son édition corrigée; il admet la légitimité de l'horreur de TEglise pour l'hérésie d'Arius el ne nie pas les motifs du crédit conquis par les évéques sur les populations de la Gaule.

(3) Hisl. de la civil, en France.

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