LIVRE II. — CHAPITRE III
évêque de Langres, accompagné d'un nombreux cortège de prêtres, parcourir les murs de sa ville assiégée par les Vandales : il relevait le courage de ses défenseurs, leur rappelant le fondement et la vérité de leur foi. « Nous sommes les serviteurs du « Christ, nous honorons le Christ, notre Seigneur, « le Dieu vivant, « répétait-il sans cesse. Ce nom du Christ, prononcé en présence des ennnemis païens ranimait le courage des assiégés et attira la colère des Vandales sur le saint évêque (1).
Bien loin de trouver dans la foi et l'épiscopat catholique des alliés et des complices de l'invasion, on y voit le principal élément de la résistance, qui persévéra même quand l'empire fut vaincu, et combattit les Barbares jusqu'à ^ce qu'ils aient courbé la tête pour adorer ce qu'ils brûlaient.
Cette énergie se signale surtout dans un fait merveilleux, que la plupart de nos auteurs ont négligé malgré son immense intérêt et la gloire qui en rejaillit sur les populations gallo-romaines. M. de Pétigny (2) en a marqué toute l'importance et relevé les détails. Je veux parler du siège de Clermont en 472. C'est là une date importante dans l'histoire de l'invasion l c'est le moment où l'empire romain, défait de toutes parts, se retire des Gaules et n'y
(1) BoU.AclaSS., 23 mai.
(2) Etudes sur les institutions mérovingiennes. S vol. in-8 < 843-44.
conserve plus que la seconde Narbonnaise ; c'est aussi l'instant, où les anciens fédérés commencent à dédaigner la majesté de l'empire et à traiter comme leur égal son faible représentant. L'évêque de Clermont était un homme illustre, dont lé nom est encore célèbre aujourd'hui. L'Église l'honore comme un saint : les historiens contemporains l'ont cité souvent, mais ne l'ont jamais montré que comme un philoso{)he aimable, de mœurs douces, d'un esprit cultivé et d'une grande faiblesse de caractère. M. Thierry et M. Guizot se sont l'un et l'autre arrêtés sur ce personnage : ils n'ont pas voulu y montrer autre chose. Saint Sidoine Appollinaire en effet par la finesse de son esprit, son goût peu sûr, sa politique sans énergie, son amour des aises et du luxe, représente très-bien l'ancienne civilisation romaine dans tout ce qu'elle pouvait avoir encore d'aimable et de policé au moment où elle expirait; mais il a eu le bonheur de représenter aussi le monde nouveau. Ce poète, ce panégyriste de l'empereur Majorien, ce sénateur gallo-romain et efféminé reçut l'onction épiscopale; et dans ces siècles de foi cette onction opérait de merveilleux changements. En descendant sur les cœurs qui semblaient les moins préparés, elle les transformait. On connaît les histoires de saint Ambroise et de saint Germain : c'étaient des jeunes gens que rien ne semblait disposer aux étroits devoirs du sacerdoce et qui courbés vio-