‹ M. Augustin ThierryChapitre 121 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE m · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE m

lemment, pour ainsi dire, sousTonctionqu'onleurimposa, se sont relevés pleins d'ardeur et de zèle pour la gloire de Dieu, pleins de lumières pour conduire son troupeau, pleins de force contre eux-mêmes.

La merveille fut aussi grande chez Sidoine Apollinaire. Ce n'était pas, il est vrai, un jeune homme qui eût à comprimer la fougue de ses passions ; c'était un de ces héros des décadences, comme notre siècle pourrait eu montrer quelques-uns, flexibles et et mous, relevant de leur esprit et de leur grâce l'habileté de leur faiblesse à se plier à toutes les circonstances : c'était un \ieillard qui avait eu des honneurs sous tous les régimes, dont les changements politiques et les révolutions avaient respecté la gloire et augmenté la fortune, en échange de la condescendance avec laquelle il les avait tous acceptés. Gendre de l'empereur Avitus, il n'avait pas osé se refuser à prononcer le panégyrique de Majorien, rival et successeur de son beau-père. Pour prix de cette complaisance, le poète avait conservé ses dignités et ses honneurs. L'onction épiscopale changea ce faible cœur, il devint l'âme de la résistance contre les Barbares ; il anima et entretint le courage de son peuple ; il travailla avec ténacité à lui créer des alliés et des protecteurs ; il déplora ses revers avec une éloquence à laquelle toutes les grâces du bel esprit n'auraient jam.ais pu atteindre : il fit plus, il embrassa ses ouailles dans une charité ardente, et

l'énergie de son dévouement sut créer à leur détresse d'inépuisables ressources.

Quelque temps après son sacre, l'Auvergne fut envahie par les "Visigolhs. Elle était alors, au dire de saint Sidoine lui-même (1), la porte de l'empire romain. Elle avait été précédemment occupée par les Bourguignons alliés de l'empire et chargés de la défense de cette province. Ces défenseurs-là étaient aussi dangereux que des ennemis ; mais ils occupaient l'Auvergne au nom de l'empire : et l'honneur paraissait sauf. Les querelles des enfants de Gondioch ayant précipité les armes des Bourguignons dans des guerres intestines, toute l'Aquitaine se soumit au pouvoir des Yisigoths. Clermont seul songea à résister. Saint Sidoine explique bien que ce fut le besoin de conservation de la foi catholique qui inspira cette résistance. Le saint ne partage pas, en effet, les sympathies de M. Thierry pour celte domination des Yisigoths ; il ne prend pas aussi facilement son parti sur leur quelque peu de fanatisme arieii (2) ; il montre leur roi Evaric, entouré de l'éclat d'une puissance plus terrible aux lois chrétiennes qu'aux murailles gallo-romaines : il le dit plutôt chef de secte que roi d'une nation ; le seul nom de catholique irritait sa colère ; il ne voulait

(1) S. Sid.,£pw/., lib. VII, ep. \.

(2) Lett. sur l'hisl. de Fr., p. 98.

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