LIVRE II. — CHAPITRE III
rien supporter que son erreur, qu'il regardait comme la vérité et supposait capable d'assurer le bonheur de toute la terre (1). Saint Sidoine ne se contente pas d'apprécier le caractère de l'ennemi contre lequel il se préparait à lutter, il signale dans la même lettre à l'évêque Basile les outrages et les violences qu'Evéric a prodigués à la foi catholique. Bordeaux, Périgueux, Rodez, Limoges, Mende, Eause, Bazas, Comminges, Auch, et un grand nombre d'autres églises, avaient été sous sa domination, privés de leurs évêques. Evaric avait fait mourir les uns, il s'opposait à ce qu'on leur donnât des succeseeurs. Il avait ainsi, dit saint Sidoine, ouvert une large porte à la ruine spirituelle. Les populations sans pasteurs et sans aucune des consolations de la foi, étaient abandonnées aux suggestions de l'hérésie. Les églises tombaient en ruines, leurs portes arrachées laissaient pénétrer les bestiaux jusque dans l'intérieur des temples abandonnés. L'herbe croissait au milieu de plus d'un sanctuaire. Ce n'était pas seulement les paroisses rurales qui étaient dans ce triste état : dans les villes il n'en allait pas autrement. Car, disait le saint évêque deClermont, quand meurt un. prêtre dans ces églises désolées, le sacerdoce meurt avec lui (2).
(\) S. Sid., Epi$t., lib. VU, ep. 6.
(2) S. Sid., Epist., lib. Vil, ep. 6.
A l'approche de Tennemi, saint Sidoine munit sa ville : il l'amna surtout des armes spirituelles. Il demanda à saint Mamert, évêque de Vienne, de lui adresser les prières des Rogations. « On dit, lui « écrivait-il, que les Golhs marchent contre les « Romains; malheureux Auvergnats, nous sommes « la porte de cette irruption ; nous seuls formons « obstacle à ce que le pouvoir des Goths s'étende « sur toutes les contrées entre la Loire, l'Océan et le « Rhône, aussi sommes-nous d'une façon particutt lière en but à leur animosité. Tout le pays qui c( nous environne est frappé de stupeur à la seule « pensée de leur redoutable puissance ; et dans « notre audacieuse entreprise, nous ne plaçons pas « notre confiance dans nos murailles démantelées, « dans nos fortifications chancelantes ou dans les « armes déjà émoussées de nos gardes et de nos a sentinelles. C'est de vous, vénérable frère, que le « peuple d'Auvergne attend son véritable secours, a C'est vous qui avez composé ces belles prières des « Rogations que nous nous efforçons d'établir et de « réciter ici. » Il se souvenait des circonstances où saint Mamert avait institué ces prière's dans son diocèse, et trouvait qu'elles avaient bien quelque ressemblance avec les extrémités dont Clermonl était menacé. Il voyait dans le succès que ces supplications avaient obtenu à Vienne, une raison d'espérer qu'elles ne seraient pas inutiles à sa ville; et en rap-