LIVRE II. — CHAPITRE III
pelant les liens de dévotion qne les reliques de saint Julien établissaient entre l'Auvergne et le diocèse de Vienne, il demandait à saint Mamert de lui envoyer le texte des prières qu'il avait composées, et de soutenir de ses suffrages l'entreprise que la défense de la foi allait lui faire tenter (1).
Pour résister aux Yisigohts, Clermont n'avait en effet d'autre force que le concours de sa noblesse gallo-romaine : l'empire, absorbé dans les tumultes de son agonie, n'avait point de troupes à envoyer. Saint Sidoine convoquait à la défense de leur patrie les héroïques enfants de l'Auvergne. Il ne pouvait manquer d'appeler Hecdicius, son beau-frère, fils de l'empereur Avitus, et retenu alors en Italie, oii il avait soutenu le parti d'Anthyme et celui de Nepos. Revêtu de l'honneur du patriciat, Hecdicius vint en effet au secours de sa patrie. Il amenait avec lui une petite troupe de vingt-deux cavaliers.
En arrivant, ils trouvèrent l'armée des Visigoths entourant Clermont déjà en proie à la famine et presque aux abois. Hecdicius n'hésita pas. En plein jour, avec cette audace dont notre histoire offre tant de traits tout aussi incroyables, cette poignée de braves, l'épée au poing, s'ouvrit à travers l'armée ennemie un passage jusqu'à la ville assiégée. Dieu protège les vaillants. Les vingt-deux compagnons
(i) S. Sid., Epist.,\\h. Vif, ep. 1,
d'Hecdicius entrèrent avec lui dans Clermont ; ils y furent accueillis comme des libérateurs au milieu d'une explosion de cris, de pleurs et d'enthousiasme ; on se pressait autour de leurs chevaux ruisselant de sueur^ on couvrait de baisers leurs armures souillées de sang et de poussière : chacun voulait les voir, les toucher,, les remercier. On s'empressait de les débarrasser du poids ds leurs armes, et c'était un honneur, dont tous étaient jaloux, de porter le casque ou la cuirasse de ces braves. On comptait les brèches des glaives, on se montrait avec admiration les traces des coups que portaient les autres parties de l'armure toutes faussées et bosselées, et au milieu de ce peuple oublieux de ses douleurs et enivré d'espérance, les héros avaient plus de peine à s'ouvrir un passage qu'à travers l'armée ennemie (1).
L'arrivée d'Hecdicius ranima l'énergie d'une résistance désespérée. Fatiguant les assiégeants par des sorties continuelles, soutenu par les prières de saint Sidoine, et voyant se multiplier le courage de ses concitoyens^ il porta plus d'une fois le désordre et le ravage dans le camp ennemi. Si on en croit saint Sidoine, pour cacher l'importance de leurs pertes, les Tisigoths en étaient réduits à trancher la tête de leurs morts; dans ces vigoureuses attaques conduites par Hecdicius, l'abondance des cadavres fut telle que
(1) S, Sid., Epist.,]\h.\U,cp. 1.