‹ M. Augustin ThierryChapitre 129 sur 206 · LIVRE II. — CHAPTRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPTRE III

les Gaules le système d'extinction du clergé orthodoxe, que les rois Yandales avaient essayé en Afrique et qu'IIunéric trouvait trop lent à ses désirs. L'espérance des populations menacées dans leur foi se tourna alors avec une nouvelle vivacité vers les Francs, et selon l'expression de saint Grégoire, tout le monde soupirait après leur domination avec un désir d'amour (1). Ce sentiment ne se manifesta que dans les pays d'outre-Loire soumis à la domination arienne. Au nord du fleuve, les Francs restaient un peuple ennemi et païen qu'il fallait combattre. Saint Remy avait déjà d'intimes relations avec ce peuple et ses rois : il s'efforçait de faire pénétrer au milieu d'eux la lumière du Christ. Avant le baptême de Clovis, il avait converti plusieurs de ses fidèles : la nation païenne, à laquelle appartenaient le père et la mère de saint Arnould convertis par l'évêque de Reims, semblerait devoir être celle des Francs (2). Mais les relations de saint Remy avec la famille mérovingienne et les espérances, que pouvait nourrir h. cette ocasion l'évêque de Reims, la liberté même qu'il avaitconquise de donner des conseilssur la conduite à tenir vis-à-vis des évêques et les devoirs à remplir envers les peuples (3) n'empêchaient pas

(<) « Amore desiderabili ». Lib. 2, c. Iliii.

(2) Bolland, 18 julii.

(3) Hist. de Fr., tom. IV, p. 51. Episl. S. Remigii ad Clodoveum. Les Bénédictins, le P. deLongueval et le P. Sirmond

l'animosilé des guerres; les historiens rapportent qu'après la défaite de Syagrius, Clovis eut à soutenir de grandes guerres dans le nord delà Gaule. Un historien de sainte Geneviève dit que la ville de Paris

donnent à celle lelire la dale de 507, et la croient écrite à l'occasion de l'expédition contre les Visigoihs. M. de Pétigny suppose qu'il la faut reportera l'année 4SI, il la croit écrite à l'occasion de l'avènement de Clovis, Le texte de la lettre confirme celte hypothèse. L'évéque y parle en ami et en père: «Que le jugement du Seigneur, dil il, ne vous aban- « donne jamais... Ayez de sages conseillers dont le renom a ajonte à votre répuiaiion. Soyez chasie et hoanêie dans la « pratique de votre puissance. Honorez les évêques eirecou- « rez à leurs conseils. Si vous vous accordez avec eux, tout « ira bien dans voire province. Protégez les citoyens, soula- « gez les affligés, secourez les veuves, nourrissez les pau- « vres; que tous vous aiment et vous craignent en même « temps. Que la justice sorte de votre bouche. Que voire « prétoire soit ouvert à tous et que personne n'en sorte « affligé... Employez vos richesses à racheter les capiifs... Si « un étranger se présente devant vous ne lui faites pas sentir « qu'il est étranger... Délassez-vous avec les jeunes gens, « traitez de vos affaires avec les vieillards..." Celle belle lettre commence par ces mois : Rumor ad nos pervenit administrationem vos secundam rei bellicce suscepisse. C'est ce que le P. LoDgueval traduit: « Le bruil est venu jusqu'à nous que vous allez entreprendre une seconde expédition militaire. » M. de Péiigny propose de traduire : «Que vous avez heureusement pris le gouvernement des affaires militaires, » et il croit que Clovis sueccéda à son père tout à la fois dans le titre de chef des Francs et dans celui de maître des milices romaines dans les Gaules. Les conseils que renferme celte lettre paraissent d'ailleurs s'adresser à l'adolescence de Clovis plutôt qu'à son âge mûr.

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