LIVRE II. — CHAPITRE III. 21b
lades ou mourants ; il vint réclamer son pardon de l'évêque et satisfaire à ses réclamations (1). L'arbitraire avait donc un contrôle qui, à en juger par l'histoire d'Hortenslus, ne laissait pas d'être efficace.
Pour acquérir et conserver une puissance aussi considérable, les évêques n'avaient rien à faire qu'à se mettre réellement au service des pauvres. Saint Quinlien ne pouvait entendre les plaintes des malheureux sans désirer les soulager tout aussitôt. Devenu âgé et infirme, lorsqu'il les entendait s'arrêter et supplier à sa porte, il pressait et gourmandait ses clercs :
— « Vite, disait-il, vite, portez à mangera ce pauvre; c'est peut-être celui-là qui dit dans l'Evangile qu'on le nourrit en soulageant les plus petits (2). »
Le peuple, habitué à considérer les prélats comme ses protecteurs et ses défenseurs dans toutes les calamités privées ou publiques, les entourait d'un amour et d'une vénération dont nous avons cité des exemples. L'évêque Théodose rentrait à Marseille au milieu d'une explosion de joie unanime. On sait les désolations du peuple d'Auxerre, quand saint Amâtre, prédécesseur de saint Germain, annonça le moment de sa mort (3). Le peuple de Clermont témoignait
(4) S. Greg. De vilis. Vita S. Quinliani.
(2) Id.,ibib.
{3) Bolland. Vita S. Germ.
des mêmes sentiments à l'égard de saint Sidoine, qui, comme saint Amâtre, voulut mourir dans son église au pied des autels :
— «Pourquoi nous abandonnez-vous, bon Pasteur, disait on en pleurant autour de lui? A qui laissez-vous désormais vos enfants orphelins? comment pourronsnous vivre après votre mort? qui pourra, comme vous, nous distribuer le sel de la sagesse ou nous imprimer avec force la crainte du nom du Seigneur? »
Le saint évéque les consolait de la même manière que saint Amâtre consolait son peuple d'Auxerre, et leur annonçait le nom de son successeur :
— « Ne craignez pas. ô mon peuple, disait-il, mon frère Apruncule vit : c'est lui qui sera votre évêque (1). »
Ces rapports de charité avaient une force et créaient une intimité, que les philosophes et les hommes de peu de foi de nos jours ne peuvent concevoir. Quand saint Gall mourut, la désolation de toute la ville de Clermont fut extrême et, selon la naïve expression de saint Grégoire, les femmes pleuraient comme si elles avaient perdu leurs maris, et les hommes s'affligeaient comme s'ils avaient perdu leurs femmes : tous le regrettaient comme ce qu'ils avaient de plus cher au monde: les Juifs eux-mêmes, tenant à la main des flambeaux, suivaient son corps en pleu-
{1} S. Grég. Hist. deFr., liy. II, c. 88.