LIVRE II. — CHAPITRE II
rant (1) : ce n'était pas seulement une ville, tout un diocèse, toute une contrée prenait part à un deuil pareil. On pourrait citer partout des exemples analogues.
L'amour des faibles ne contribuait pas seul à donner à l'Eglise son influence auprès des grands. Ses enseignements divins pénétraient l'âme de ces rois et de ces ducs. Ils étaient glacés d'épouvante au milieu même de l'assouvissement de leurs passions. « Ah ! disait le roi Clotaire, quel est donc ce Dieu « terrible qui fait mourir les plus puissants des c( rois (2) ? )) Il n'est pas nécessaire de rappeler les lois que les rois Barbares, sous l'inspiration de l'Eglise, faisaient en faveur de leurs peuples. Nous avons cité les constitutions des rois Childebert, Gontran et Clotaire qui défendaient de profaner le repos du dimanche et interdisaient ce jour-là des divertissements qui peuvent rappeler ceux de nos théâtres et des délassements analogues à ceux des cafés et des cabarets de nos jours. Ce sont là des lois que notre sagesse, notre philosophie et notre civilisation ne sauraient point faire, et sauraient encore moins faire exécuter.
Il y avait en Bourgogne un duc, nommé Amalon, qui s'était épris d'une de ses servantes. Un jour
(1) S. Grog. De vilis PP. Vita S. GalK (•2) S. Greg. Lib. IV, c. xxi.
qu'il était ivre, il ordonna à quelques-uns de ses gens de lui aller chercher cette fille. Les serviteurs l'amenèrent malgré sa résistance. Remise entre les mains du duc, toute meurtrie déjà des coups qu'elle avait reçus, elle continua néanmoins sa lutte et ses cris; voyant ses larmes et ses forces impuissantes à arrêter la brutalité d'Amalon, et apercevant au-dessus de 5a tête des armes suspendues au chevet du lit, elle saisit l'épée, la tira du fourreau, et hardiment et forttjment en frappa son ravisseur. Les serviteurs accoururent ; voyant leur maître navré et expirant, ils voulaient tuer la fille: mais Amalon leur ordonna de la laisser libre :
— « C'est moi qui ai péché, dit-il, en voulant attenter à sa pudeur. Elle n'est point coupable d'avoir défendu sa vertu. »
Il mourut ; et pour éviter le ressentiment de la famille, celle qui l'avait frappé se réfugia près du roi Gontrau. Il la prit sous sa protection et défendit qu'on l'inquiétât à cause de cette mort (1). Ce ressort delà foi qui se réveilla si vigoureusement dans l'âme d'Amalon, pardonnant sa mort et reconnaissant la justice du coup qui l'avait frappé, ce ressort agissait sur les âmes les plus emportées et les natures les plus peryerses. Quand la main de Dieu s'appesantissait sur quelques-uris de ces Barbares, ils la
(1) S. Greg. Lib. IX, c. xxvii.