LIVRE II. - CHAPITRE m
reconnaissaient plus clairement que ne font les hommes discrets et modérés de nos jours. Frédégonde voyant périr successivement ses enfants, sacrifiait, pour les racheter, ses richesses injustement acquises. « Ce sont les larmes des pauvres, les lunientac( tions des veuves, les soupirs des orphelins qui ft les ont fait mourir ! » disait-elle ; sous la verge, qui la frappait, un sentiment de foi se réveillait dans cette âme ; et il s'échappait de ce cœur bourrelé dans un cri adressé à Chilpéric : « Si nous perdons u nos chers enfants, au moins évitons les peines « éternelles !(!).»
Ces retours vers le bien, ces temps d'arrêt, pour ainsi dire, au milieu du crime, ces sacrifices imposés aux âmes les plus abandonnées étaient le travail de l'Eglise. Toujours en lutte contre la barbarie, toujours présente, toujours active, ses enseignements et ses bienfaits pénétraient dans cette société, combattaient les passions et éclataient au milieu du désordre par quelques cris du cœur ou quelques actes spontanés. Cette part que l'Eglise parvenait à se ménager dans tous les cœurs, elle la possédait ouvertement au milieu de la société. Elle avait ses âmes à elle, lui appartenant entièrement, et on sait ce qu'elle sait faire de ces" êtres privilégiés. L'histoire des saints est pleine de merveilles; et ce ne sont pas les miracles
(1) S. Greg. Lib, V, c. xxxviii.
qui en sont les plus étonnantes. Au milieu de la grossièreté et de la brutalité des mœurs de ces époques, on Yoit, sous la culture de l'Église^ s'épanouir de suaves et délicieuses fleurs de douceur, d'humilité et de grâce. Où trouver quelque chose de plus tendre et de plus doux que l'âme de saint Éloi ou de saint Ouen? En lisant la vie de ces hommes aimables, qui ne ressent encore le charme qui éclatait dans leur personne? Ce ne sont pas là des faits isolés. 11 y avait des asiles où cette vie de douceur et d'onction se communiquait à un grand nombre d'êtres choisis. Les monastères étaient remplis et leur nombre était considérable. Sous la protection de la piété et de la prière, la politesse et les lettres y trouvaient des abris. Sainte Radegonde en avait fondé un dont le souvenir est illustre : les désordres et les violences que les filles de nos rois y ont suscités l'ont surtout rendu célèbre de nos jours.
M. Thierry s'est arrêté sur cette histoire. Avec une grande habileté et une extrême délicatesse de touche, il a dépouillé sainte Radegonde de son auréole pour en faire une sorte d'épicurienne lettrée et honnête. C'est un des points de ses histoires qu'il a traités avec le plus de ménagement. Il ne dit aucun mal de la sainte reine : il la vante, il la loue; mais, sous sa plume perfide et savante, la reine fuyant le trône pour se consacrer à Dieu dans la retraite, cette fougueuse fille desroisdeThuringe faisant vœu d'obéis-