LIVRE U,— CHAPITRE m
Lorsque les religieuses rentrèrent ensuite dans la cellule de la malade, elles la trouvèrent, les mains étendues, parlant à un personnage qu'elles ne pouvaient voir, et s'inclinant doucement:
— «Bénissez-moi, saint serviteur de Dieu, disaitelle, bénissez-moi. Ah ! vous avez bien travaillé pour moi aujourd'hui ! Et pourquoi donc, grand saint, supportez-vous tant de travaux pour une faible petite femme comme moi ? »
Les religieuses surprises lui demandèrent à qui elle parlait. Mais, tout absorbée dans sa contemplation^ Disciola ne les entendit pas. Un instant après, dans un épanouissement de joie et de sourire, elle jeta un grand cri et rendit son âme à Dieu. Après sa mort, son corps devint d'une blancheur éclaialile. Au moment où elle expirait, un possédé du démon qui se trouvait dans l'église du monastère, où l'on priait pour sa délivrance, s'arrachait les cheveux avec désespoir en criant :
— « Hélas ! hélas ! voici que saint Michel se charge de la jeune flile, l'emporte au ciel, sans que le diable, notre maître, y puisse avoir aucune part (1). »
Voilà comme on mourait au înonastère de Sainte- Radegonde.' Pour savoir quels trésors de grâce se trouvaient dans la manière de vie qu'on y avait adopté, il faut consulter encore saint Grégoire. Il
(I] S. Greg. Lib. VI, c xxix.
raconte qu'une religieuse, dont il tait le nom, eut un jour une vision. Elle était sur une route : et elle avait fait vœu d'aller à pied jusqu'à la fontaine de vie, mais elle n'en connaissait pas le chemin. Un homme vint à sa rencontre :
— « Si tu veux aller à la fontaine de vie, lui dit-il, je serai ton guide. »
Elle accepta et suivit avec empressement. Ils marchèrent longtemps et arrivèrent enfin à une grande fontaine, dont les eaux resplendissaient comme de l'or et dont les herbes, semblables à des pierres précieuses, rayonnaient de toute la lumière du printemps. Le guide lui dit :
— « Yoici la fontaine de vie que tu as cherchée au prix de tant de fatigues. Bois maintenant de ses eaux, afin qu'elle devienne pour toi cette fontaine d'eau jaillissante jusqu'à l'éternité. »
Elle s'inclina avidement et but à longs traits; elle vit alors l'abbesse qui venait à elle par un autre côté. L'abbesse la dépouilla de ses vêtements; elle la couvrit d'un manteau royal tout brillant d'or, de lumières et de pierreries, et si éclatant que les yeux ne pouvaient s'y arrêtei* :
— <( C'est ton époux, lui disait-elle en même temps, qui t'envoie ces présents. »
Cette belle vision et tous ces détails s'imprimèrent dans l'esprit de la religieuse : ayant roulé longtemps toutes ces choses dans son cœur, elle voulut faire