‹ M. Augustin ThierryChapitre 145 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

voir dans ces miracles autre chose que de purs artifices ; les principes de la certitude historique ne sont pas assez puissants sur son esprit pour lui faire admettre ce que son orgueil et son irréligion repoussent. En dépit de tous les témoignages, les miracles de saint Augustin et de s»s compagnons ne peuvent être que des jongleries. C'est un prétendu aveugle à qui le saint rendit la vue, sur les bords de la Saverne, dans sa conférence avec les prêtres cambriens qu'il essayait de ramener à la vraie foi (1). Ces supercheries de saint Augustin étaient d'ailleurs concertées avec le pape S. Grégoire « qui se servait ha- « bilement du bruit des œuvres merveilleuses des « missionnaires de l'Angleterre, pour ranimer dans (c le cœur des rois Francs l'amour et la crainte de « Rome (2). » Toutefois, si on en croit l'incroyable délire de l'historien, le Pape s'émut de jalousie contre l'archevêque de Cantorbéry, en. voyant son « ayent subalterne érigé en émule des Apôtres. Il « existe une lettre ambiguë, où le pape, n'osant exce primer toute sa pensée à cet égard, semble avertir « l'apôtre des Saxons de ne point oublier son rang « et son devoir, et de ralentir modestement Vexer-

(1) Hisl.de la conq. d'Angl. T. I, p. 93. L'édiiion corrigée accepte le miracle de l'aveugle, mais avec réserve : « Si on en croit, dil-elle, un vieil historien ». Le rôle de saint Augustin reste louche pour le lecteur.

(2) Hist. de la conq. d'Angl. T. I, p. 89.

« cice de ses pouvoirs surnaturels. » Il faut citer'de telles paroles : on se refuse à les croire. Comment admettre qu'un historien, qui passe pour sérieux et grave, ait donné dans de tel écarls ? Que Yoltaire ou un autre, dans un jour de joyeuselé, se permette des propositions pareilles, on y verra un horrible libertinage d'esprit condamnable en toutes circonstances; mais qu'une telle absurdité se trouve dans un ouvrage historique qui a pris rang parmi les chefs-d'œuvre de l'étude et de l'esprit de notre siècle, dans un livre qui a ouvert à son auteur les portes de l'Institut, qui lui a attiré une considération universelle et lui a donné un grand renom de science, n'est-ce pas là, nous le répétons, une honte et un scandale ? et qui faut-il chercher à stigmatiser davantage, de l'auteur capable d'inventer de pareilles billevesées, ou du public disposé à les accueillir.

On ne s'attend pas aune réfutation. Il n'y a rien à dire à l'historien, qui travestit aussi honteusement les grands hommes et les grands dévouements, qui fait de saint Grégoire et de saint Augustin des manières de saltimbanques, qui transforme en grimaces de la foire les événements les plus subhmes et les plus solennels du temps passé. Ce n'est pas cependant l'impudence qui fait défaut : notre homme a ses preuves : il les étale, il cite cette lettre ambiguë. C'est simplement un de ces avis, que tout directeur

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