‹ M. Augustin ThierryChapitre 146 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

éclairé donnera à une âme^ privilégiée et ornée de dons surnaturels ; le pape y rappelle que ce ne sont pas les prodiges qui font le mérite ni la vertu du chrétien et que l'humilité est l'unique fondement sur lequel il doit s'appuyer. Nous citerons fcn entier le passage donné par M. Thierry, nous reproduisons sa propre traduction. « En apprenant les grandes « merveilles que Dieu a voulu opérer par vos mains « aux yeux de la nation qu'il a élue, je me suis « réjoui, disait saint Grégoire, parce que les pro- « diges exlérieurs servent efficacement à donner aux « âmes du penchant vers la grâce intérieure ; mais (( vous-même prenez garde qu'au milieu de ces pro- « diges votre esprit ne s'enfle et ne devienne préce somptueueux ; prenez garde que ce qui vous élève « au dehors en considération et en honneur ne vous v( soit au dedans une cause de chute par l'amorce de « la vaine gloire (1) ! » Que voir dans ces paroles, sinon le souci tendre de saint Grégoire pour une âme, qui lui appartenait à double titre, qu'il aimait non-seulement comme l'instrument heureux et béni d'une entreprise qui avait été le rêve de toute la vie de ce grand pape, mais qu'il avait connue,

(I) Hist. de la conq, (VAngl. T. I, p. 89. Dans sa pouvelle rédaction fortement ei proi'ondément corrigée, M. Thierry, prend encore parti pour l'Eglise pélagienne de Bretagne, — c'est le fond du système — et il accuse le peu de perspicacité du pape et l'orgueil de saint Augustin.

aimée, et dirigée dans Tes voies de Dieu au milieu du silence du monastère de Saint-André, dont Augustin avait été moine quand Grégoire en était abbé.

§ II. — De la conquête de l'Angleterre. — Des droits de Guillaume et de ceux d'IIarold.

Après cet exemple de la dignité de l'historien, il est inutile de relever ce qu'il dit sur les progrès de la foi catholique en Angleterre : les succès de saint Paulin, archevêque d'Yorck, et ses miracles (1) ne sont pas mieux respectés que ceux de saint Augustin. En voyant toute l'explosion de colère, que fait naître cette pacifique entreprise, on comprend combien celle de Guillaume-le-Conquérant a pu éveiller de passion. La partialité de Thistorien, dans une certaine mesure, se concevrait en ce cas, et on est naturellement porté à partager la compassion dont il se dit saisi en présence du sort des vaincus.

On comprend que, dans le récit des divers détails de la conquête, il ait mis quelque exagération aux récits des souffrances des Saxons. Tous les documents historiques proclament qu'il y eut de grands scandales et de grandes misères. L'orgueil effréné des vainqueurs, l'enivrement de leurs succès, toutes

(I) Hist. de laconq. d'Angl. T. I, p. '100 et suiv. Les miracles des compagnons et des successeurs de saint Augustin sont rejeiés par M. Thierry comme appartenant à la légende el indignes de rhisloire. 12« éd , T. I, p. 90.

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