‹ M. Augustin ThierryChapitre 153 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

lente pour tout ce qui s'est soumis à l'autorité du Saiut-Siége. Il y a, en effet, un témoignage contemporain en faveur de Guillaume: c'est celui de l'abbé de Croyiand, du Saxon Ingulf: il précise la date, l'occasion et la raison du choix que fit Edouard de son successeur. Il est donc inutile de chercher à faire concorder les témoignages des écrivains postérieurs; et les principes de la composition historique, professés par M. Thierry, lui commandaient de s'en tenir au récit d'Ingulf. Celui-ci raconte qu'en l'an 1063, après la mort de son neveu Edouard Cliton, à qui il avait destiné le trône, le roi Edouard voyant que le jeune Edgar, par son âme comme par son âge, était incapable de régner, surtout en présence de la race perverse de Goduin qui s'augmentait tous les jours en nombre et en puissance, le roi Edouard choisit d'une manière solennelle et authentique son cousin, le duc Guillaume, pour son successeur (1). Ingulf contredit encore, s'il était besoin d'une autorité sur ce point, les prétendus engagements antérieurs qu'Eadmer dit avoir été pris entre le roi et le duc au temps de Texil d'Edouard : racontant la visite du duc Guillaume en A:ngleterre (1031) avant la mort d'Edouard Cliton, il ajoute : Quant à la succession du roi, il

(1) «Cernens... Goduini mullam malamque sobolem quolidie super lerram crescere... Willelmum... sibi succedere in regnum Anglise voce stabili sancivit. Ing. Croy. 899, 900.

n'y en avait pas encore d'espérance^ et il n'eu fut nullement question entre eux (1).

Nous insistons sur ce fait. Il confirme ce que nous avons dit précédemment des facilités avec lesquelles M. Thierry embrasse les assertions les moins sérieuses, lorsqu'elles peuvent prêter quelque relief de pittoresque et de dramatique à ses narrations, ou donner un peu d'aliment à ses antipathies religieuses et à ses préjugés d'esprit fort et libéral. Cela montre aussi en outre combien tout ce que l'historien a prétendu de l'ambition de la cour de Rome et de l'autorité excessive qu'elle se serait attribuée au fait de la succession du roi Edouard, a peu de fondement. On se demande alors ce que deviennent la vérité et la valeur de tout ce grand travail sur la conquête de l'Angleterre. La clé de voûte, pour ainsi dire, de tout l'édifice est imaginaire et ne peut supporter l'examen. C'est l'inconvénient des histoires systématiques. Elles sont susceptibles de plus d'agréments, et surtout elles sont plus faciles à faire que les simples récits des anciens maîtres, que l'on méprise aujourd'hui ; mais aussi elles peuvent contenir des erreurs capitales qui suffisent à faire suspecter la véracité de tout l'ouvrage. Il est fort commode de coordonner les faits selon son ima-

(1) « De successione aulem regni spes adhuc aut mentio nulla facta inter eos fuit. » Ing. Croy. 898.

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