‹ M. Augustin ThierryChapitre 159 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

lumières de la foi et les saintes austérités de la discipline. Il ne faut pas se placer à un point de vue exclusif et on doit se méfier des formules historiques; toutefois il semble que dans la plupart des hommes^ en qui M. Thierry a cru reconnaître les soutiens et les protecteurs de la nationalité anglosaxonne, on peut bien plutôt démêler les champions de passions basses, grossières et débordées, refusant obstinément tout frein de civilisation et de religion. Tout le règne d'Edouard n'est qu'une lutte oia le saint roi s'efforce vainement de faire briller sur l'Angleterre quelques rayons de science et de piété. Il appelait de France et de Normandie des moines instruits dans les lettres et les disciplines de l'Eglise comme Robert de Jumiéges ; il envoyait ceux des Anglais, qui échappaient à la grossièreté de leur nalion, étudier dans les grandes écoles monastiques du continent. Ingulf avait raison de parler de la barbarie de Goduin et de ses fils. Il ne sert de rien d'opposer à son témoignage un fait particulier, une action éclatante ou même une grande qualité. Harold pouvait obéir parfois à de généreux instincts : il a généreusement rempli son devoir de général et de soldat au champ de bataille d'Hasting. L'historien de la vie de saint Vulstan est même pour prouver que le fils de Goduin aimait et recherchait la compagnie du pieux éyêque ; il écoutait respectueusement ses avis. 11 restait néanmoins le soutien des

évêques prévaricateurs : c'était pour ainsi dire la nécessité de sa position, de son ambition et des intrigues, où elle l'avait engagé lui et son père. Stigand était son conseiller, et M. Thierry le montre comme son ami particulier. La lutte entre la civilisation et la barbarie, que nous reconnaissons à travers la guerre entre les nations normande et anglosaxonne, se signale manifestement au champ de bataille d'Hasling. Tous les historiens sont unanimes ; M. Thierry lui-même n'a pu passer ces faits sous silence. La veille de la bataille, les deux vices anglo saxons, la gloutonnerie et l'ivrognerie, se montrèrent ignominieusement. Le camp d'Harold retentit toute la nuit de cris et de chansons (1) ; on mangeait, on buvait, on vidait rapidement au succès de la bataille les grandes cornes de bœufs remplies de liqueurs enivrantes. Au camp de Guillaume, on priait, on s'humiliait, on se confessait ; on demandait à Dieu son secours ; le 14 octobre, fête de sainte Calixte, et jour de la bataille, l'évêque de Baveux célébra le matin la sainte messe: Guillaume participa aux divins mystères (2), il vint y puiser la force, le courage et la victoire ; d'un visage serein et d'une voix claire, en présence de toute son armée, il attesta

(1 ) « Noctetn insomnem canlibus polibusque ducentes. » G. Malm. De g. Reg. Lib III.

(2) « Divinis sacrameniis corpus et animam munivit. » Ord. Vital. Lib. III.

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