‹ M. Augustin ThierryChapitre 160 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ensuite la justice de sa cause et supplia Dieu de la prendre en main (1). Pendant ce temps, dans l'autre armée, après la débauche s'éveillaient l'inquiétude et l'hésitation ; les frères d'Harold lui rappelaient son serment, le suppliaient de ne pas combattre. Il ne faut pas imiter l'école moderne et conclure du particulier au générai ; il est permis toutefois de trouver dans ces faits comme une indication ; et en considérant les deux armées en présence, il n'y a pas à se scandaliser de celle qui avait reçu les bénédictions du Pape.

Nous ne prétendons pas laver la mémoire de Guillaume de tous les crimes qui excitèrent en lui les remords que nous avons signalés. L'enivrement du succès et les besoins de la politique lui firent dépasser de beaucoup les limites de la justice ; ses successeurs marchant dans les mêmes voies s'attirèrent bientôt de graves démêlés avec l'Eglise. Mais il fallait préciser les premières circonstances de la conquête, marquer l'inanité des droits d'Harold, la légitimité de ceux de Guillaume et le péril de l'extinction complète de la foi catholique où le triomphe de la faction, qîieM. Thierry appelle le nation anglosaxonne, eût mis inévitablement l'Angleterre.

(1 ) « Vultu serenus et clarâ voce suae parti utpote justiori Deum affuturum pronuncians. j G. Malm. De g. reg. Lib. III.

§ IV, — L'archevêque de Cantorbery Sligantl,

Harold et Guillaume sont les héros politiques. A côté d'eux se trouvent les hommes religieux de cette lutte, et l'imagination de M. Thierry ne pouvait pas être en défaut à leur sujet.

Il y a, même dans les élucubrations des muses, une certaine loi mystérieuse, une fatalité ou une providence, qui dévoile le secret des intentions des auteurs et ne leur permet pas, malgré leurs artifices et leur habileté, de trahir ou de déguiser la vérité aussi complétementqu'ilsledésireraient. M. Thierry, sans aucun doute, est fort expert ; et nous avons signalé sa hardiesse à plier les textes à sa fantaisie. Il a néanmoins une manière de franchise, et on a vu combien il ménage peu ses tendresses à l'hérésie. Il ne s'en dit pas moins partisan du christianisme et de l'orthodoxie, qu'il ne fait pas consister, on le sait, dans la soumission à la papauté.

Dans le désir d'élever un monument glorieux à Ja mémoire d'une Eglise aussi pervertie et aussi abaissée que celle des Anglo-Saxons, il eût été adroit peut-être de lui trouver un représentant plusrecommandable et plus illustre que l'archevêque de Cantorbery, Stigand. Ce choix, auquel s'est arrêté l'historien, est comme un aveu involontaire de toutes les infirmités que nous avons reconnues. Ce n'est

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