LIVRE lit
pas que M. Thierry ait négligé d'employer les moyens de donner, aux yeux de ses lecteurs, une conduite généreuse à son triste héros. Il épuise en sa faveur les insinuations, les réticences et tous les autres artifices dont il peut disposer. L'intrusion violente dans l'archevêché de Cantorbéry et l'expulsion de Robert de Jumiéges sont racontées sans donner matière à l'apparence d'un grief ; ce fut gratuitement et par une partialité inconcevable que « le pontife et les cardinaux romains en firent un crime au prélat saxon (1). » Toutefois Stigand que M. Thierry appelle u l'élu du peuple anglais,» sans autre motif que de séduire un lecteur ignorant ou prévenu et de contrebalancer autant que possible la condamnation portée par la cour romaine, « Stigand sentant le K danger de nêtre point reconnu à Rome ; négocia « et adressa au Pape régnant la demande du palce lium (2). » 11 n'est pas nécessaire de nous arrêter sur chacun de ces mois ; on y voit aisément comme l'historien s'entend à dissimuler l'aveu que ses chers héros, les évêques excommuniés et simoniaques, ont fait maintes fois de la suprématie romaine.
(4) H. de la conq. T. I, p. 284. La dercière réclaclion corrigée insiste encore sur les torts du pape saint Léon IX, lui reproche de subordonner la question de sûreté nationale à celle de la discipline ecclésiastique, et l'accuse d'être sorti de ses attributions spirituelles pour se mêler des affaires politiques du pays.
(2) Id., ibid*
« Mais un hasard hnpossible à prévoir^ fit naître « de celle demande même d'autres incidents face cheux. » Ce hasard impossible à prévoivy était que le Pape auquel s'adressa Stigand, le pape régnant. comme dilM. Thierry, n'était pas un pape (J). C'était l'anti-pape Benoît (1038), usurpateur du siège de saint Pierre comme Stigand l'était de celui de saint Augustin. Le prétendu archevêque de Cantorbéry s'empressa de reconnaître le prétendu Pape ; et celuici, heureux de trouver au moins un adhérent dans la chrétienté, envoya le pallium à Stigand quia similis simile?n diligebat, dit l'abbé de Croyland (2) qui, décidément, sur ces questions, avait non-seulement plus de lumières mais aussi plus de philosophie que M. Thierry.
Celui-ci a grand soin de dissimuler les griefs reprochés à Stigand par la cour romaine. Il ne parle pas de l'évêché de Winchester que le prélat saxon unissait à l'archevêché de Cantorbéry : il avoue que Stigand s'était emparé et revêtu du pallium que Robert avait abandonné dans sa fuite j il ne dit rien du signe mystérieux, du caractère sacré et réservé de cet ornement ; et bornant de la sorte tous les at-
(1) La nouvelle rédaction a biffé ce hasard, maiselleplaid la bonne foi de Stigand qui ne connaissait pas les vices de l'élection de Benoît IX, élection « en apparence conforme à tant d'autres. » T. 1, p,263.
(2) Indulg. Croyl. 8» 8.