‹ M. Augustin ThierryChapitre 162 sur 206 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

tentats de Stigand à un petit fait matériel, qu'il s'applique h montrer sans consistance, il poursuit le récit des négociations avec Rome et raconte le dénouement de la ridicule tentative de l'anti-pape Benoît. Il veut trouver dans l'exaltation de Nicolas II des détails analogues à ceux de rusurpation de Stigand. « Le nouveau pape ayant, dit-il, chassé Benoît se i( para sans aucun scrupule des ornements pontifi- « eaux abandonnés par le vaincu (1). »

Nous n'avons pas besoin de dire que l'imagination fait tous les frais de cette ressemblance qui n'a aucun fondement (2). Stigand, qui, par un hasard imposble à prévoir^ s'était ainsi adressé à un faux pape et à un excommunié « ne s'empressa pas d'aller se « justifier devant le rival heureux de Benoît X. Le « voyage de Cantorbéry à Rome était pénible dans « ce siècle (3) » Néanmoins l'archevêque d'York, Elred, l'avait fait : et à la condition de quitter l'évêchéde Worcester, qu'en s'appuyant sur les perverses

1) lîisl. delaconq. cVAngl. Tom. 1, p. 285. Tous ces détails sont reproduits dans la nouvelle rédaction ; ils y sont même allongés, expUquéset aggravés. Stigaud est l'archevêque patriote, et -le pape Nicolas II lui avait donné l'exemple du cumul des charges épiscopales, en gardant lévêché de Florence avec celui de Rome. Tom. I, p. 263.

(2) Rohrbacher Tom. XIV, p. 54, 255. L'antipape futtou» ché de repentir et quitta le S. Siège. Nicolas entra à Rome paisiblement et sans troupes.

(3) Hist de la conq. Tom. I, p. 285.

traditions de l'Eglise anglo-saxonne il avait pensé, avons-nous dit, conserver en même temps que son archevêché, il avait reçu le pallium des mains même de Nicolas. Les légats du Pape vinrent aussi à cette époque, en Angleterre ; ils y choisirent saint Yulstan pour successeur d'Eldred à l'évêché de Worcester. Il était facile à l'archevêque de Cantorbéry de se justifier devant eux. M. Tiûerry n'a garde de faire connaître ces circonstances. Il ne tient pas à lui que le lecteur ne croie à l'injustice de Rome, condamnant un homme laissé dans l'impossibilité de se défendre. La position du héros ainsi éclaircie et rendue autant que possible légitime, M. Thierry sait encore prêter au prélat un rôle généreux, dévoué et persévérant. Un historien du XV^ siècle raconte qu'après la bataille d'Hasting et la prise de Douvres, comme Guillaume marchait à travers le pays de Kent, il lui arriva de voir l'horizon se mouvoir autour de lui et de reconnaître comme une forêt mobile qui s'avançait en l'entourant de toutes parts. Quand celle forêt eut entièrement fermé et suffisamment resserré le cercle, au milieu duquel se trouvaient le duc et son armée glacés de terreur, ils entendirent le son des trompettes, et voyant tomber les arbres, dont le mouvement les avait si fort épouvantés, ils reconnurent devant eux des étendards dressés, des glaives sortis des fourreaux, des arcs tendus, toute une armée enfin qui se préparait à combattre. C'étaient les hommes de Kent,

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