LIVRE III
« religion chrétienne, le soutien des pauvres, le pro- « lecteur des orphelins, le consolateur des veuves et « des opprimés (1). » Yoilà ce qui s'accorde peu avec l'opinion sur Lanfranc, que M. Thierry a voulu étayer de l'autorité de Gervais de Cantorhéry.
Il veut l'appuyer aussi des actes des archevêques d'Yorck, composés, au xiv" siècle, par Thomas Stubbs. On sait que l'église d'Yorck se prétendait égale à celle de Cantorbérv. Lanfranc eut à soutenir les antiques droits de son siège (2). Thomas Stubbs défend les prétentions des archevêques d'Yorck, et
(4) Gerv.Cant. mAclus ponlificum cantuariensium d , \Qb^.
(2) M, Thierry ne reconnaît pas ces droits anciens, il n'y voit qu'une innovation ambitieuse de Lanfranc. 11 s'appuie d'Eadmer, et en cite les paroles suivantes : Ut Briiannia uni quasi primati subderelur... nova res huic noslro sœculo et a tempore quo in Angliâ Normanni regnare cœperunt Anglis inaudita. {Hist. de la conq. T. II, p. 138.) Il note la page d'où il a lire cet extrait: p. 3. Nous ne savons de quel texte M. Thierry a fait i^sage, et nous n'avons rien trouvé d'analogue dans celui imprimé à la suite des œuvres de saint Anselme éditées par Dom Gerberon. Mais nous y avons trouvé les paroles suivantes qui contredisent le sentiment sur la nouveauté des prétentions de Lanfranc, attribué à Eadmcr: Quemadmodum ipsum Thomam (archevêque d'Yorck), ad mbnsuram antbcessjrum suorum humiliaverit supervacaneum est... scribere. Ipse (Lanfranc) verum inie veritaleplena et totiuà regni assensu confinnata sub testimonioregii sigilli scripla reliquit {Hist. nov.., p. 31, 2'^ col. A.)
M.Thierry dit encore, à l'occasion de ce démêlé: Thomas... renonça entre les mains de Lanfranc à tout le pouvoir que ses prédécesseurs avaient exercé aL\i sud do l'Humher [Hist .
M. Thierry recueille toutes ses paroles qui peuvent tourner au détriment de Lanfranc. Il embrasse ainsi la cause de l'église d'Yorck contre celle de Cantorbéry, sans avoir d'autre motif que celui de contredire à la décision portée dans cette affaire par la cour de Rome. Nous ne nous arrêterons pas à entrer dans un détail de citations à ce sujet; ce que M. Thierry a avancé de l'ambition de Lanfranc (1) sera d'ailleurs suffisamment réfuté par quelque faits de la vie de ce personnage.
Il était Lombard^ d'une noble famille de Pavie. Yersédans la jurisprudence, et, au dire de Robert du Mont, ayant retrouvé le texte des lois romaines (2), il les étudia elles enseigna quelque temps à Bologne. Comme tous les savants de cette époque, le désir de la science le poussa à entreprendre de lointains voyages ; il vint en France et y fréquenta les diverses écoles, cherchant partout à s'instruire des lettres
de la conq. d'Angl. T. II, p. 4 39j ; et il ciie à l'appui de celle assertion : Rudborne, m Anglia sacra, lom. I, p. 253. Or, que dit Rudborne du droit de Thomas et de ses prédécesseurs ? Après avoir raconté la discussion et énuméré les raisons et les autorités qui appuyaient le droit de Lanfranc, l'historien ajoute ; Succubuit tantis rationibus Thomas. On ne se lasse pas à citer ces merveilles de l'art de l'interprétation. Toutes ces merveilles, l'appel au témoignage de Th. Stubbs, le texte introuvable d'Eadmer ont persisté dans la dernière rédaction, T. II, pp. 121-124.
(1) Tom.II, p. t36.
(2) Dom Luc d'Achery. Opéra Lanfranci, p. 37.