LIVRE
La gloire de celui-ci cependant paraissait de son temps sans égale ; et pour la célébrer dignement les historiens épuisent toutes les formules de l'admiration. En même temps qu'un si grand éclat entourait ce moine qui n'avait voulu apprendre qu'à prier Dieu et à le servir, les dignités vinrent le trouver dans sa solitude. Le duc Guillaume avait distingué les solides vertus de Lanfranc; il appréciait les qualités de cet esprit vigoureux, plein de gaîté, de finesse et d'énergie ; il usa de toute sa puissance pour élever le prieur du Bec et le mettre en position de rendre de plus grands services à l'Eglise. Quand il fonda l'abbaye de Saint-Etienne à Caen, il y mit Lanfranc pour abbé. Plus tard il voulut l'élever au siège de Rouen (1067) (1). Mais malgré les instances unanimes du clergé et des fidèles, Lanfranc refusa énergiquement cet honneur. Pour en éloigner plus sûrement le fardeau, il proposa de le confier à Jean, évêque d'Avranches, dont il connaissait le zèle et la vigueur (2). 11 employa toute son activité à écarter les obstacles qui s'opposaient à cette installation ; il fit le voyage de Rome à cet effet et en rapporta luimême le pal Hum au nouvel archevêque. Pour lui,
(I) Les scandales de ce siège étaient déjà effacés, Maurille l'avait tenu douze ans environ; son prédécesseur, Mauger, de la famille des ducs de Normandie, avait été déposé et exilé à Jersey (lOob).
',. (2) Ord. Vii.,lib. IV, l III. — Vila S. Lanfranci, p. 7.J ■
il aimait mieux obéir que commander ; s'il l'eut pu, il se serait volontiers démis de son abbaye de Caen pour retourner au Bec, à son humble charge de prieur. Mais le temps de la solitude et du repos monastique était fini pour Lanfranc. L'an 1070 Stigand avait été déposé, au concile de Winchester. A celui de Windsor, qui eut lieu quelques semaines après, Guillaume déclara que pour le remplacer à l'archevêché de Cantorbéry, il avait songé à Lanfranc. Les conseillers du roi et les légats du Pape, l'évêque de Sion (1), Ermenfred, et les deux cardinaux Pierre et Jean, applaudirent à cetie pensée. On trouvait qu'une lampe aussi brillante serait bien placée à ce sommet pour dissiper les ténèbres et les brouillards des mauvaises coutumes^ qui enveloppaient l'Angleterre, et tout purifier de son salutaire éclat (2). . Mais il y avait à prévenir la résistance qu'on craignait de la part de Lanfranc. Les légats vinrent en Normandie, et rassemblant les évoques, les abbés et les grands, ils annoncèrent l'intention du roi. Tout le monde l'approuva. Lanfranc seul voulut contredire ; au nom du Saint-Siège les légats lui ordon-
(1) Pourquoi M.Thierry a-l-il traduit: Sedunensis episcopus par évêque de Sienne ? — La nouvelle édition a corrigé cette erreur matérielle.
(2) « Uberrimum luminare in hac arce elalum, nebulas undique pravilalum etcaligines diluerct, saluberrimo fulgore cuncia honeslans. » Vit. S. Lanf., p. 7.