‹ M. Augustin ThierryChapitre 177 sur 206 · LIVRE UI · texte numérisé non relu

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à croire à la réalité du pouvoir qu'on exerce et à l'utilité qu'il y a de le conserver.

Lanfranc néanmoins ne se faisait pas illusion sur recueil où il courait : il écrivait au pape Alexandre : « Priez Dieu d'accorder une longue vie au roi d'An- « gleterreetd'incliner toujours son cœur vers l'amour « et le respect de la sainte Eglise ; tant qu'il vivra « nous aurons comme une ombre de paix. A sa mort, c. nous n'aurons plus à espérer ni paix ni aucune « espèce de bien (l). » Ce triste pressentiment était pour beaucoup dans le dégoût de la vie et le désir de la retraite que le primat exprimait si éloquemment ; ces angoisses étaient toujours toutes vives dans son âme : il en entretenait douloureusement ses amis : « J'éprouve, écrivait-il a l'archevêque de Rouen, tt tant d'amertumes, et en considérant l'état actuel « des affaires de ce pays, je prévois tant de malheurs « que je n'ai ni le courage, ni le temps de les expri- « mer (2). » Il s'épanchait dans le cœur de saint Anselme ; et prévoyant le temps de la lutte, il entrevoyait la possibilité du martyre; il demandait des conseils et des prières, et épuisant toutes les expressions de la tendresse : « à son seigneur, son père, « son frère et- son ami Anselme, le pécheur Lan- « franc, écrivait-il. Yotre Sainteté connaît parfaite-

(i) Lanfranci. Epist. 1..

{■i) Lanfranci. Epist. 16.

« ment tout ce qui mlintéresse ; à mon départ je « vous ai dit tout ce quej'avais à vous dire sur le triste « état de mes affaires : priez pour moi et demandez « des prières à nos amis; que le Seigneur tout-puis- « sant me fasse produire de meilleurs fruits ou que « mon âme sorte de la prison de ce corps en con- « fessant le saint nom de Dieu. Le pays où nous « sommes est toujours accablé de tant de maux, il « est souillé de tant de crimes et de hontes qu'il n'y a a pour ainsi dire aucune manière d'hommes, qui « pense à son âme ou qui désire même entendre la « doctrine de salut et faire quelques pas vers « Dieu (1). »

Dans cette indifférence et cette opiniâtreté de toute l'Angleterre, abrutie par les vices ou enivrée par la conquête, Guillaume était encore la seule espérance de l'Eglise, le seul appui du bien. Si faible que fût cette espérance, si dangereux que fût cet appui, on comprend que Lanfranc s'y soit attaché. Le Pape saint Grégoire, du reste, avait partagé les bons sentiments de Lanfranc pour le Conquérant, et, après lui avoir rappelé longuement les devoirs d'un prince chrétien, il ajoutait : « Nous insistons sur ces vérités auprès de « vous parce que de tous les rois vous êtes celui qui « les aimez le plus (2). »

(1) Lfinf. Ep. 43.

(2) Ep. Lib. IX, p. 14.

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