‹ M. Augustin ThierryChapitre 179 sur 206 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

« Puisse le Dieu tout-puissant avoir merci de son « âme e\ lui accorder le pardon de ses fautes (1). » Un jour cependant, à une des trois grandes fêtes où cet homme, bouffi d'orgueil, tenait sa cour, entouré de la magnificence royale, un de ces flatteurs, dont les cours abondent, voyant le roi la couronne en tête, le sceptre à la main et tout ruisselant de pierreries, s'écria comme frappé d'étonnement à la vue ^e cette majesté :

— « C'est Dieu, c'est Dieu que je vois (2) ! » Lanfranc était auprès du monarque; se retournant vers lui en entendant ces paroles :

— « Ne souffrez pas un tel excès, dit-il, c'est là le « nom incommunicable. Châtiez immédiatement cet c( homme, et si sévèrement que japiais personne a n'ose renouveler une pareille folie (3). »

Le roi ordonna de fouetter le flatteur impudent et blasphémateur.

Pour l'historien anglo-saxon, que nous venons de citer, ce qu'il raconte de la conduite du roi Guillaume, s'applique aussi bien aux Normands qu'aux Saxons. Le crime, aux yeux du roi, n'était pas dans la nationalité, mais dans la résistance à ses ordres :

(1) Chron. sax.

(2) « Ecce Deum video, ecce Deum video. » Vila S. Lanf., p. 14.

(3) 0 Nolite talia pati imponi vobis, non sunthsec hominis sed Dei : Jubite illum acriter verberari ne audeat unquam talia iierare. » Vita S. Lanf., p. 15.

et l'exemple de l'évêque deBayeux est pour prouver que les paroles de l'écrivain s'appliquent à l'élévation des condamnés et non à la justice de leur cause. 11 a voulu montrer qu'il n'y avait pas de grandeur, qui pût échapper à la justice et à la sévérité de Guillaume. Le chroniqueur saxon ne pouvait, en effet, chercher à rappeler de la sentence qui avait frappé l'évêque de Bayeux.

Lorsque Guillaume était à son lit de mort, on le suppliait de mettre cet évêque en liberté. « Je m'é- « tonne, répondait le roi, je m'étonne de votre de- « mande, ne savez-vous pas que c'est un contem- « pteur de la religion, un habile artisan de com- « plots; il devait être un juste gouverneur de l'An- « gleterre il n'y a été qu'un inique oppresseur des c( peuples, un destructeur des moines : vous faites « mal de demander la liberté de ce séditieux; je le « connais ambitieux et frivole, attaché aux désirs de « la chair, plein de cruauté et de vanité ; sans au- « cun doute, s'il est une fois mis en liberté, il trou- « blera encore le royaume et occasionnera de grands « malheurs. Je ne dis pas cela par haine ni parce « qu'il est mon ennemi ; mais en père de la patrie, « je prévois les dangers du peuple chrétien.... S'il « se conduisait modestement et chastement, comme <i il convient à un prêtre et à un ministre de Dieu, « mon cœur en ressentirait certainement la plus « grande joie qu'il puisse encore éprouver, mais

Page 1